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Théâtre du Galpon
«La panne», farce grotesque et polyglotte

Chez Gabriel Alvarez comme chez Friedrich Dürrenmatt, le rituel théâtral s’apparente au festin.
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Ceux que leurs pas mènent régulièrement au Galpon reconnaissent entre mille la signature stylistique de Gabriel Alvarez, résident permanent du théâtre avec la chorégraphe Nathalie Tacchella et le marionnettiste Padrutt Tacchella. Dans les sous-bois des bords de l’Arve, que le metteur en scène serve Heiner Müller, Valère Novarina, Beckett ou les Grecs, le geste sera à coup sûr cérémonieux, la voix luxurieuse, et la langue infectieuse. Dans le milieu local, Alvarez, c’est le visionnaire, l’obsessionnel, le macabre de la bande.

Tim Burton ne répudierait ni le maquillage ni la gestuelle expressionnistes propres à la distribution de cette «Panne».

Ce coup-ci, l’hurluberlu inscrit sa démarche dans un projet au long cours, dont les prémices se sont jouées lors d’un séjour effectué avec sa compagnie genevoise Studio d’Action Théâtrale dans sa Colombie natale. C’est à Medellín que se noue l’idée d’un potlatch avec le Pequeño Teatro, à l’occasion de son demi-siècle d’existence, autour de «La panne» de Friedrich Dürrenmatt. Match aller, une version francophone de la coproduction se donne au Galpon ce mois d’octobre 2024; match retour, elle se produira en mars 2025 dans la deuxième ville colombienne, en espagnol cette fois. Trois comédiennes et comédiens implantés à Genève donnent la réplique à trois comédiennes et comédiens en provenance de Medellín.

Une parodie de justice acculera l’intrus Alfredo Traps (Andres Moure, tout à droite) à la culpabilité.

A priori, on ne penserait pas forcément au texte publié en 1956 par le grand écrivain suisse comme à la passerelle idéale pour enjamber l’Atlantique du Léman à la cordillère des Andes. Son pitch: victime d’une panne de voiture, le représentant en textiles Alfredo Traps est invité par un juge à la retraite entouré d’anciens collègues à participer au simulacre de procès auquel les juristes s’adonnent autour d’un savoureux banquet. Au gré du divertissement, Alfredo passe de faux accusé à vrai coupable passible de peine de mort.

Hèctor Salvador Vicente, Omaira Rodriguez, Clara Brancorsini et Albeiro Pérez dans «La panne» de Gabriel Alvarez.

Écartant pour sa part tout risque d’accident, Gabriel Alvarez trouve le moyen d’accommoder l’œuvre à sa sauce. L’avocat devient avocate (Justine Ruchat), le procureur procureure (Clara Brancorsini), et la juge (Omaira Rodriguez), de même que le bourreau (Albeiro Pérez), assaisonnent les dialogues de formules hispaniques ou latines. Au-delà des maniérismes, auteur comme officiants trouvent à communier dans une vision également grotesque d’une société consumériste en proie au cannibalisme.

«La panne», jusqu’au 20 octobre au Théâtre du Galpon, www.galpon.ch