Tartan: L’imprimé tendance à adopter cet hiver 2024-25
Le tissu traditionnel écossais est partout dans les collections automne-hiver. Zoom sur son histoire mode.

- Le tartan se modernise, abandonnant les genres pour des formes contemporaines.
- Dior rend hommage à Marie Stuart dans sa dernière collection en Écosse.
- Vivienne Westwood réinvente le tartan dans ses créations depuis les années 1970.
Cet article du 28 octobre 2024 a été importé de Femina.ch et republié sur notre site le 7 janvier 2025.
Les collections croisière sont souvent l’occasion pour les marques d’expérimenter plus en profondeur certains aspects de leur histoire. C’est le cas de Dior qui a présenté sa collection au début de l’été dans les jardins du château de Drummond, en Écosse, en hommage à la reine Marie Stuart. Un retour sur les terres écossaises, car Monsieur Dior avait présenté ses vêtements pour la première fois en 1955, dans la salle de bal de l’Hôtel Gleneagles.
Dans cette collection, des looks à l’allure guerrière qui mettent le tartan à l’honneur, étoffe emblématique chargée d’histoire de la région. Symbole d’appartenance clanique, le tartan est aussi celui de la révolte et de l’insurrection punk. Plus qu’un tissu, c’est un étendard qui a traversé les siècles. De Burberry à Vivienne Westwood, en passant par Alexander McQueen et plus récemment Rabanne ou Loewe, les marques continuent de tisser son histoire.


D’où ça vient?
Quand on parle de tartan, de quoi parle-t-on exactement? Techniquement, c’est un tissu en laine, mais pas obligatoirement, à carreaux, tissé. Les fils de trame et de chaîne, teints dans la masse, sont entrelacés pour créer le motif caractéristique. Bien que les premières traces de tartan datent de trois siècles av. J.-C., ce n’est qu’à partir du XVIIe siècle que la matière est utilisée par les Celtes pour se vêtir. Elle est tissée par les habitants des Highlands où chaque village développe ses propres variations de dessins et de couleurs, souvent en fonction des teintures disponibles localement. Au fil du temps, le tartan a évolué pour devenir un symbole d’appartenance à un clan spécifique, il est surtout porté par les hommes.
En 1746, à la suite de la défaite des jacobites à la bataille de Culloden, le gouvernement britannique interdit le port du tartan et du kilt dans le cadre du «Dress Act» (Actes de proscription), dans le but d’homogénéiser sa culture en bannissant les démonstrations identitaires. Une période qui a duré une quarantaine d’années. Le tartan a connu un regain de popularité au début du XIXe siècle, grâce à des figures comme le roi George IV, qui encouragea la renaissance des traditions écossaises, notamment lors d’une visite à Édimbourg en 1822 à la Celtic Society où il est apparu vêtu d’un kilt. L’ère victorienne marque la sortie du tartan de la clandestinité. La reine Victoria et le prince Albert ont même fait créer leur motif, le Balmoral.
Premiers pas dans la mode
S’il y a bien un motif reconnaissable parmi tant d’autres, c’est celui de Burberry. La marque britannique fondée par Thomas Burberry en 1856 prend véritablement son essor après la Première Guerre mondiale avec son tristement célèbre trench-coat en gabardine. Le roi George V lui-même y contribuera en la nommant habilleur officiel, une manière de la remercier pour l’effort accompli durant la guerre. En 1924, Thomas Burberry crée le motif «Nova Check» et l’utilise comme doublure pour les manteaux de pluie. Le motif sera déposé et, avec le temps, il sera indissociable de la marque, ce qui va contribuer à implanter le tartan dans la société britannique, en le détournant de ses origines.
Dans les années 60, le «Nova Check» apparaît pour la première fois sur des accessoires grâce à Jacqueline Dillemman, une acheteuse de la boutique parisienne. Alors qu’elle préparait une présentation pour l’ambassadeur britannique Patrick Reilly, elle a eu l’idée d’enlever une des doublures afin d’en faire une housse pour parapluie et pour bagage. Et on connaît la suite.

Temps de la révolte
Les seventies sont des années de contestation en Grande-Bretagne où divers mouvements émergent, comme le punk. La critique de la société et le refus de l’establishment passent aussi par l’habillement. Les éléments de la féminité classique, comme les bas résille, le cuir et les imprimés animaliers sont déchirés et attachés par des épingles à nourrice. Le tartan, symbole d’oppression, s’impose. La créatrice Vivienne Westwood devient une figure emblématique en ouvrant en 1970 sa boutique dans le West End à Londres, baptisée Sex. Elle manie le détournement avec une dose de scandale et d’audace en s’appropriant des codes vestimentaires chargés d’histoire. L’utilisation du tartan sera récurrente dans sa carrière.
En 1987, elle lui donne un nouveau souffle avec sa collection «Harris Tweed», le tissu en laine vierge tissé à la main dans les Hébrides d’Écosse. Afin de garantir son authenticité et sa qualité, la production est soumise à une régulation très stricte, comme s’assurer que la laine est teinte et même filée localement. Puis il y a aussi sa collection Anglomania de 1993-1994 pour laquelle elle a collaboré avec le tisserand Lochcarron of Scotland. Elle casse les traditions tailleur en travaillant la matière selon la technique du flou. Elle conçoit ainsi son propre tartan qu’elle nomme MacAndreas en référence à son mari Andreas Kronthaler ou encore MacPoiret, clin d’œil au couturier français Paul Poiret. D’ailleurs, ce sont des tartans ajoutés officiellement au registre écossais des tartans.



Liberté d’héritage
Considérée comme matière classique, elle apparaît sur les podiums de la saison de manière plus légère et moins connotée. C’est même un terrain de jeu fertile pour laisser libre cours à la créativité. Le tartan se défait de son genre et prend des formes plus contemporaines sans toutefois renier son héritage. Loewe en fait un imprimé graphique géant sur une robe en lycra ou réinvente un nouveau tissage, toujours en version XL, qui interprète l’original. Helmut Lang joue avec des imprimés évanescents sur de la transparence. Thom Browne associe en superposition divers motifs ton sur ton. Anna Sui propose une allure d’inspiration rétro, référence aux uniformes d’écolières. Tandis que Rabanne imagine des pièces plus traditionnelles, comme la jupe ou le blazer en retravaillant les proportions et en les mixant avec de la maille. Bien sûr, les couleurs sont un arc-en-ciel de possibilités qui réchauffent et adoucissent la brume hivernale.


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