Quand Zurich donne le ton

Les enjeux dans les cantons (3/4)Les élections cantonales d’avril ont donné ce qui pourrait être les tendances au niveau fédéral.

L’UDC zurichoise est majoritaire au National (11 sièges). A la chambre basse, elle devrait réaliser un score stable cet automne.

L’UDC zurichoise est majoritaire au National (11 sièges). A la chambre basse, elle devrait réaliser un score stable cet automne. Image: KEYSTONE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Des villes, de la campagne et des agglomérations: par son hétérogénéité et sa taille, Zurich est régulièrement désigné comme le laboratoire électoral de la Suisse. Les Zurichois représentant un électeur suisse sur six, leurs choix électoraux se reflètent forcément sur le plan fédéral.

Actuellement, l’UDC est majoritaire au National (11 sièges), suivie par le PS (7), le PLR (4), les Vert’libéraux (PVL) (4), les Verts (3), le PBD (2), le PDC (2) et le Parti évangélique PEV (1).

A l’instar du reste du pays, un nombre record de candidats se sont lancés dans la course au Conseil national: 873 candidats se disputent les 35 sièges attribués au canton.

Stabilité des partis

De l’avis des politologues, cet enthousiasme pour la Chambre du peuple ne devrait pas pour autant bouleverser l’équilibre actuel ni provoquer de grandes surprises. Les élections cantonales d’avril permettent déjà de donner une prévision assez fiable du résultat du 18 octobre. «A moins qu’un imprévu ne survienne, on peut partir du principe que les changements iront dans la même direction, analyse Peter Moser, politologue et chef de la section Etudes et analyses de l’Office statistique du canton de Zurich. Soit une légère augmentation pour le PLR, une petite perte pour les Verts, les Vert’libéraux et le PBD.»

Le PLR, qui a enregistré sa première progression depuis 1991, se sent pousser des ailes. Cela se ressent dans la campagne. «Ils sont très présents dans la rue. Normalement, les libéraux-radicaux axent plutôt leurs campagnes sur les personnes, mais cette fois les affiches mettent surtout le parti en avant. Le journal de tradition libérale NZZ a également repris des forces et se permet de se montrer très critique envers l’UDC, commente Michael Hermann, directeur de l’institut d’analyse politique de l’Université de Zurich Sotomo. Ils profitent: le succès rend sexy.»

Quant à l’UDC, au PS et au PDC, ils ont tous réalisé un score stable et devraient donc poursuivre dans cette voie. Les petits partis, qui n’ont pas réitéré leur succès de 2011, ont plus de souci à se faire. Les sièges des Verts et du PBD se retrouvent en mauvaise posture.

Conseil des Etats: le vrai suspense

Pour Peter Moser, la campagne pour le National présente une certaine mollesse. «En vérité, je n’ai pas l’impression qu’elle ait véritablement commencé.» Le spécialiste cite tout de même quelques noms «à surveiller» le 18 octobre: le rédacteur en chef atypique de la Weltwoche, Roger Köppel (UDC), ou le socialiste et diplomate Tim Guldimann.

Le réel enjeu se trouve plutôt dans la campagne pour le Conseil des Etats. Les deux poids lourds Felix Gutzwiller (PLR) et Verena Diener (PVL) tirent leur révérence, après plusieurs décennies sous la Coupole. Les partis ont sorti l’artillerie lourde pour conquérir ces places très convoitées.

Du côté de la droite, le PVL tente de conserver le siège laissé par Verena Diener en partant avec le président du parti, Martin Bäumle. Si le PDC possède une faible force à Zurich, sa candidate Barbara Schmid-Federer peut se révéler un adversaire redoutable: en 2007, alors parfaitement inconnue, elle a réussi à être élue à la Chambre du peuple grâce à une habile campagne basée sur une très bonne utilisation des médias. Elle compte bien renouveler son exploit.

Le PLR veut également conserver son siège en présentant Ruedi Noser, ancien vice-président du PLR suisse, membre du Conseil national depuis 2003, et président de la Commission de l’économie et des redevances du National. Une figure connue au niveau national qui devrait probablement s’imposer, selon Michael Hermann.

Du côté de la gauche, les socialistes partent en force avec Daniel Jositsch, conseiller national apprécié jusque dans les rangs de la droite pour ses positions modérées. Le PS récupérerait ainsi une place perdue depuis 1983. Les Verts lancent Bastien Girod, qui, malgré sa grande popularité, a, selon Michael Hermann, peu de chances de l’emporter face au bulldozer Jositsch.

Michael Hermann voit ainsi Ruedi Noser et Daniel Jositsch l’emporter. Mais l’UDC, qui échoue depuis 2007 à récupérer un siège, montre elle aussi un grand appétit pour le «Stöckli». Ueli Maurer (en 2007) puis Christoph Blocher (2011) se sont successivement cassé les dents face à Verena Diener. Le parti a cette fois changé de stratégie et mise sur l’atypique Hans-Ueli Vogt. Michael Hermann lui donne peu de chances: «Le profil de Hans-Ueli Vogt n’est pas assez conservateur pour la base du parti. Il l’est cependant trop pour la frange plus libérale, notamment en tant que père de l’initiative sur la prévalence du droit national sur l’international. S’ajoute encore le fait qu’il reste très peu connu au niveau national.»

Peter Moser lui donne plus de chances. «Hans-Ueli Vogt ne présente pas le profil habituel: intellectuel, homosexuel, urbain… Il sera intéressant de voir quelle influence cela aura sur les choix des électeurs UDC et surtout sur ceux des autres partis. Les candidatures de l’UDC zurichoise pour la Chambre des cantons ont souvent échoué car elles ont rarement trouvé de résonance en dehors de sa base.»

Des thèmes nationaux

Les thèmes qui portent la campagne peuvent-ils encore renverser les tendances? De nouveau, à titre de laboratoire de la Suisse, les débats zurichois se portent principalement sur les questions nationales. Ainsi, le PLR et l’UDC se disputent les thèmes financiers, à l’instar du franc fort ou des relations avec l’Europe. Des questions qui touchent directement la place financière zurichoise.

A Zurich, où se trouve l’un des centres fédéraux de procédure d’asile, le bouillant débat sur l’immigration n’échappe pas à cette règle. «Les Verts s’étaient pas mal concentrés sur le sujet. Puis l’UDC a mis la pression sur le débat, et l’ensemble des partis a dû suivre, explique Michael Hermann. C’est donc clairement l’un des thèmes dominants.»

Peter Moser juge qu’il reste difficile de prédire l’influence réelle des récents événements en Europe sur le scrutin national. «Il peut se passer encore de nombreuses choses au cours des prochaines semaines», conclut le politologue. (TDG)

Créé: 22.09.2015, 10h02

Grisons

L’UDC seule contre tous

La campagne grisonne est pleine de rebondissements. Le PLR, le PBD et le PDC ont constitué un apparentement de listes pour la Chambre du peuple. En 2011, la manœuvre leur avait permis de gagner un mandat. Le but cette année est surtout d’éviter que l’UDC ne rafle deux des cinq sièges, notamment grâce à la candidature star de l’héritière Magdalena Martullo-Blocher. L’alliance bourgeoise a raison de se méfier: les derniers sondages sont très optimistes envers le premier parti du pays.

Le PS et les Vert’libéraux forment aussi une alliance qui ressemble davantage à un mariage forcé. Le PVL aurait préféré partir avec le bloc bourgeois plutôt qu’avec la gauche, et par la même occasion ravir un siège à la gauche. Or les partis bourgeois ont refusé: une première alliance entre les Vert’libéraux et les socialistes en 2011, désirée cette fois-là, avait coûté un siège au PLR au profit de l’élection du candidat PVL Gasser. Cette année, l’avenir de ce dernier sous la Coupole est plus que compromis. Malgré l’alliance, le président du PS grison, Jon Pult, appelle ses troupes à ne pas voter pour le candidat PVL afin d’augmenter les chances de remporter un deuxième siège socialiste.

Quant au Conseil des Etats, les dés sont déjà jetés. La réélection du PLR Martin Schmid et de Stefan Engler, président de la section cantonale du PDC, ne souffre d’aucune concurrence.

Suisse orientale

Minicampagne pour les petits cantons

Les élections des cantons de l’est de la Suisse devraient réserver peu de surprises. La Thurgovie, où six conseillers nationaux se retirent, est également connue pour être un «canton miroir»: son chef-lieu, Frauenfeld, a enregistré les scores les plus rapprochés des résultats nationaux au cours des onze dernières élections fédérales. Les six sièges laissés vacants par ses conseillers nationaux devraient ainsi profiter au Parti démocrate-chrétien (PDC)
et au Parti libéral-radical (PLR).

Les deux demi-cantons d’Appenzell, qui occupent chacun un siège au Conseil national, ne vont, quant à eux, pas se ruiner en affiches électorales. Deux candidats, un socialiste et un PDC, se présentent pour Appenzell Rhodes-Intérieures. Les électeurs d’Appenzell Rhodes-Extérieures doivent, quant à eux, choisir entre trois candidats: un PLR, un de l’Union démocratique du centre (UDC) et un PS. Le PLR, en tant que force dominante du canton, devrait probablement remporter le siège.

Quant au canton de Glaris, aucun suspense n’est permis: le conseiller national sortant et président du Parti bourgeois-démocratique (PBD) Martin Landolt est l’unique candidat à sa réélection. Même situation pour la Chambre des cantons, où les deux conseillers aux Etats actuels sont les seuls à se représenter.

Suisse centrale

Campagne intense pour les Etats

Cinq des onze démissionnaires du Conseil des Etats viennent de cantons de Suisse centrale. Les partis y voient tous l’occasion de renforcer leur influence, en particulier la gauche, qui espère ainsi enrayer le glissement vers la droite de la région. Dans le canton de Lucerne, le PS a de bonnes chances de ravir la place laissée vacante par le PLR Georges Theiler, grâce à la candidature de l’actuelle conseillère nationale et présidente de la Fédération suisse des consommateurs Prisca Birrer-Heimo.

Dans les petits cantons tels Schwytz, Obwald et Nidwald, le défi le plus important revient au PDC, qui tentera de récupérer son terrain largement grignoté par l’UDC. A Schwytz, le parti a retenu deux candidats afin de récupérer au moins l’un des deux sièges ravis par l’UDC il y a quatre ans. A Obwald, le PDC reste la plus grande force du canton et tentera de se réimposer grâce au départ du PLR Hans Hess, tandis qu’à Nidwald il s’agira de ne pas perdre la place laissée vacante par Paul Niederberger.

Le parti a également de bonnes chances à Zoug, avec la candidature du conseiller d’Etat en charge des Finances Peter Hegglin, nommé pour remplacer le poids lourd Peter Bieri (PDC). Le parti devrait, grâce à ce directeur de la Conférence des directeurs cantonaux des Finances, maintenir son siège dans l’un des cantons donateurs les plus chargés par la péréquation financière.

Articles en relation

A la recherche de l'influence perdue

Les enjeux dans les cantons (2/4) L'arc jurassien ne pèse pas lourd à Berne. Va-t-il rebondir en élisant de nouvelles personnalités? Plus...

Le Valais sans ses éléphants

Les enjeux dans les cantons (1/4) Avec un siège supplémentaire et le départ des ténors, la course s’annonce très ouverte. Plus...

Publicité

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Le Matin et 20 Minutes regroupés
Plus...