Les violents orages prennent les villes suisses par surprise

IntempériesComme Lausanne en juin, Sion a vécu lundi un déluge d'une intensité inouïe mais extrêmement difficile à prévoir avec précision.

Avec 57 millimètres d’eau tombés en une heure, les rues de Sion se sont transformées en rivières, voire en piscines.

Avec 57 millimètres d’eau tombés en une heure, les rues de Sion se sont transformées en rivières, voire en piscines. Image: SABINE PAPILLOUD

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Quand l’alerte rouge de MétéoSuisse de niveau 4 (sur 5) a clignoté sur leurs téléphones, lundi soir, les Sédunois étaient déjà trempés.

Quelques minutes plus tard, les rues du centre-ville s’étaient transformées en rivière et la capitale valaisanne buvait la tasse. Caves, parkings, commerces et passages souterrains ont été subitement inondés.

Cinquante-sept millimètres d’eau en une heure, c’est du jamais-vu. «D’un point de vue purement statistique, un tel orage a un temps de retour supérieur à trois cents ans», indique André-Charles Letestu, météorologue chez MétéoSuisse. Cet événement extraordinaire rappelle la tempête hors norme qui s’était abattue sur Lausanne en juin, causant d’importants dégâts. Ici aussi, les Vaudois avaient été pris de court.

Et pour cause, un orage d’une telle puissance est complexe à prévoir. «Nous arrivons à avoir une idée plutôt précise du risque orageux et de son intensité, mais il est très difficile de savoir comment et où les cellules vont se développer. Les modèles sont extrêmement perfectionnés et les algorithmes très précis mais de nombreux paramètres rendent l’évolution très difficile à estimer. Il s’agit par exemple du vent, de l’humidité, du fait que l’orage soit stationnaire ou dynamique ou encore de la quantité d’humidité qu’il absorbe», précise encore André-Charles Letestu. En raison de ces nombreux éléments, il n’est pas possible d’émettre des alertes longtemps à l’avance.

Rapidité extrême

Météorologue privé, Daniel Masotti a fait de la surveillance des orages valaisans sa spécialité. Il assure une veille sur les réseaux sociaux. Sa description de la situation qui s’est produite lundi est édifiante. «Le risque d’instabilité était élevé, mais pour ce qui concerne la cellule orageuse qui a frappé Sion, je l’ai vue se créer en une vingtaine de minutes. Vingt-cinq minutes plus tard, elle s’est déplacée sur la ville à environ 10 km/h et il pleuvait des torrents.» Pour lui, prédire précisément le lieu et l’intensité d’un orage reviendrait à estimer, à la milliseconde près, le moment où la première bulle remonte à la surface dans une casserole en ébullition.

En plus du délai court dans lequel il est survenu, le déluge était ultralocalisé. «Il faut bien se rendre compte qu’aucun seuil d’alerte n’a été franchi dans des régions éloignées d’à peine quelques kilomètres, relève André-Charles Letestu. Si ces phénomènes ne s’étaient pas abattus sur Sion ou Lausanne, mais dans des zones inhabitées, on n’en aurait presque pas entendu parler.» Et d’ajouter que ces épisodes orageux diffèrent nettement des situations de danger liées par exemple à des crues, prévisibles à moyen terme. La dernière alerte émise au niveau fédéral concerne d’ailleurs la canicule qui perdure et sert de base à l’action des autorités cantonales et communales.

Outre MétéoSuisse, qui dépend de la Confédération, de multiples organismes privés émettent leurs propres alertes, chacun avec ses propres codes et procédures, ce qui peut être compliqué à démêler. Sans compter qu’il faut y être abonné ou disposer de l’application ad hoc. Fin 2017, répondant à un postulat des Chambres fédérales, le gouvernement avait renoncé à imposer une harmonisation. Une nouvelle application est toutefois en phase pilote (lire l’encadré).

Optimiser la réaction

Mais aussi sophistiquées que soient ces applications, leurs effets de prévention sont limités en cas d’orage aussi soudain et violent. Dans cette optique, le Conseil fédéral admettait que l’alerte sur les dangers induits par la météo devait s’orienter davantage sur les répercussions possibles, c’est-à-dire les dommages et les perturbations que des intempéries peuvent engendrer.

Très exposé aux dangers naturels, le Valais fait figure de pionnier dans leur gestion. Mais lorsque la part d’imprévisibilité de l’événement est élevée, il s’agit d’optimiser la réaction. Quelque 800 personnes (états-majors communaux de catastrophe, pompiers, polices, etc.) sont rattachées à un système d’alerte par SMS et ce sont elles qui prennent le plus souvent des mesures sur les territoires concernés. «Dans le cas présent, l’orage s’est formé et déplacé si rapidement que nous sommes dans un temps de réaction quasi simultané. L’essentiel est donc de gérer cette capacité à régir et d’évaluer les probabilités que le scénario se répète», expose Claude-Alain Roch, chef de l’Office valaisan de la protection de la population. Signe d’une situation toujours sensible, il était justement en réunion mardi pour se préparer à de prochains orages.

(TDG)

Créé: 07.08.2018, 21h43

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Gros orage sur Sion et ses alentours

Gros orage sur Sion et ses alentours Un orage s'est abattu en fin d'après-midi sur la région de Sion. La route du Grand-St-Bernard est également partiellement coupée.

Une nouvelle application uniformisée à l'automne

Sans application, sans inscription préalable, les téléphones connectés sur les principaux réseaux mobiles des États-Unis reçoivent automatiquement les alertes émises par les autorités et les agences météorologiques d’État. Appelé «Wireless Emergency Alerts», ce système diffuse des alarmes sous forme de courts messages aux téléphones situés dans la zone de danger, dans le rayon des antennes qui s’y trouvent. Il concerne aussi bien les cas de tsunamis, de tornades ou encore d’inondations rapides en cas d’orages. Les alertes de sécurité nationale y sont aussi relayées.

En Suisse, l’idée d’un tel système de diffusion cellulaire avait été abandonnée en 2016, les opérateurs de téléphonie craignant notamment des risques d’abus publicitaires. Dans la foulée, la Confédération avait également renoncé à une alarme généralisée par SMS au motif que celle-ci mettait trop de temps à parvenir à ses destinataires.

Mais un nouveau projet d’alarme, encore en phase de test et piloté conjointement par la Confédération et les cantons, entend aller un pas plus loin pour mieux informer la population. Appelé à se greffer sur l’application «Alertswiss», il a pour but d’uniformiser les alertes en cas de danger. Ces dernières donneront aussi des indications sur le comportement à adopter et tiendront compte, par exemple, de la géolocalisation de l’abonné en fonction des dangers. Ce système devrait être opérationnel à l’automne.

Pas plus de tempêtes

Les violentes intempéries qui ont frappé Lausanne et Sion cet été sont-elles des conséquences du réchauffement climatique? Les experts météorologues que nous avons contactés ne sont pas affirmatifs. D’abord parce que les scénarios traitant de l’évolution du climat en Suisse évoquent des étés plus chauds, mais aussi toujours plus secs.

C’est en hiver que les précipitations devraient majoritairement augmenter. Ensuite parce que les derniers événements extrêmes ont été générés par des situations météorologiques particulières et très localisées.

Dans son rapport sur les changements climatiques en Suisse à l’horizon 2050, l’organe de consultation sur ce domaine indique par ailleurs «qu’aucun pronostic n’a pu être fait jusqu’ici sur les tempêtes d’été et qu’il n’est pas possible d’estimer si ce risque se modifiera».

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