La violence conjugale chez les aînés, un fléau bien réel

SociétéLe Bureau de l’égalité a consacré sa Journée annuelle contre la violence domestique aux personnes âgées.

Dans l'imagerie commune, la violence conjugale s'exerce chez les jeunes, le plus souvent en provenance d'un homme. Or, les couples de seniors n'échappent pas au phénomène.

Dans l'imagerie commune, la violence conjugale s'exerce chez les jeunes, le plus souvent en provenance d'un homme. Or, les couples de seniors n'échappent pas au phénomène. Image: DR

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Plus de 150 professionnels de la santé, du social et du droit se sont réunis jeudi dans la salle du Grand Conseil pour aborder un sujet peu connu du grand public mais bien réel. Au sein des vieux couples se niche parfois la violence, souvent tue par les victimes, souvent minimisées par les proches. «Quand on a cinquante ans de mariage, ça ne peut pas être tout rose», s’entendent dire les victimes, qui finissent par céder au découragement.

Le phénomène, confirmé par des travaux scientifiques, n’est pas anodin et pourrait monter en puissance avec l’arrivée des baby-boomers aux portes de la vieillesse. De quoi motiver les professionnels à se former sur ce type particulier de persécution, en vue de l’établissement de bonnes pratiques, voire d’une solide politique de santé publique.

Cheville ouvrière de la Journée annuelle du réseau vaudois contre la violence domestique, la déléguée à l’égalité, Maribel Rodriguez, observe que les recherches sont encore peu nombreuses sur ce segment précis de la violence chez les aînés. Les derniers chiffres recensent 133 hommes et 183 femmes de plus de 60 ans victimes de violences conjugales.

Maltraitance ou violence?

Il y a une spécificité au sein des couples âgés. Delphine Roulet Schwab, psychologue et professeure à La Source, distingue maltraitance et violence. Elle donne en exemple théorique un couple de septuagénaires amoureux de la nature qui avait l’habitude de faire de grandes randonnées. Madame est un peu plus âgée et commence à souffrir d’incontinence et de pertes de mémoire. Le couple ne peut plus sortir comme autrefois et monsieur se retrouve à devoir la changer et la surveiller. Un jour en montant les escaliers, à bout de nerfs, il la secoue. C’est de la maltraitance. Un autre couple est décrit: monsieur est un ancien cadre d’entreprise et n’a jamais voulu que sa femme travaille. Elle n’a pas le droit de faire du bénévolat et se voit surveillée lorsqu’elle téléphone ou se rend chez le coiffeur. Il lui arrive de la gifler: c’est de la violence.

Dans le premier cas, la maltraitance n’est pas intentionnelle et surgit dans une situation extrême d’épuisement du proche aidant. Dans le second, il y a emprise du conjoint sur sa conjointe, emprise qui s’intensifie après la retraite, au moment où le couple vit ensemble à journée faite.

La spécialiste engage à prendre les choses avec circonspection. «Il n’y a pas de profil type de personne âgée, fait valoir Delphine Roulet Schwab. La «personne âgée», à la limite, ça n’existe pas. L’âge chronologique n’est qu’un aspect.» La prise en charge doit tenir compte de ces importantes nuances.

Abus psychologiques

Reste que certains éléments caractérisent la violence au sein du couple âgé. Chargée de recherche à l’Unité de médecine des violences, Jacqueline De Puy note qu’avec les années la violence physique diminue. Mais elle fait l’hypothèse que les abus psychologiques prennent le relais. Il existe aussi une violence «financière» exercée par le conjoint qui tient les cordons de la bourse.

Les victimes, souvent découragées et convaincues qu’il n’y a plus grand-chose à faire, ne vont pas facilement se plaindre. Le «sens du devoir et les valeurs liées à l’union conjugale» pèsent de tout leur poids. Il faut faire attention, dit en substance Jacqueline De Puy, aux signes de la violence dans le couple âgé, où les victimes risquent de demander de l’aide en abordant d’autres problèmes, face à leur médecin par exemple.

Enfin, les personnes âgées d’aujourd’hui ne sont pas facilement atteignables par les campagnes de prévention, souvent lancées sur internet. La multiplication des supports est ainsi indiquée dans les lieux fréquentés par les aînés: chez le médecin, à la pharmacie, et pourquoi pas chez le coiffeur.

Créé: 30.01.2020, 21h01

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