«Les Villes doivent redoubler d’efforts pour intégrer les étrangers»

MigrationLes politiques d’intégration font face à des défis inédits, prévient le professeur Etienne Piguet.

Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale pour les questions de migration, a participé vendredi soir à la fête organisée pour les 45 ans du Bureau Lausannois pour les immigrés, à la Haute Ecole de Musique.

Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale pour les questions de migration, a participé vendredi soir à la fête organisée pour les 45 ans du Bureau Lausannois pour les immigrés, à la Haute Ecole de Musique. Image: Vanessa Cardoso

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Pionnier en Suisse en matière de politique d’intégration des étrangers, le Bureau lausannois pour les immigrés (BLI) a soufflé ses 45 bougies vendredi soir lors d’une soirée à la Haute Ecole de Musique, au Flon. Parmi les intervenants figurait Etienne Piguet, vice-président de la Commission fédérale pour les questions de migration. «Cette dernière s’appelait auparavant la Commission fédérale consultative pour le problème des étrangers. On voit le chemin parcouru en matière de politique d’intégration!» Entretien.

–Comment jugez-vous l’intégration des immigrés dans le canton?

–Le bilan est très favorable ici, comme ailleurs en Suisse. Différents indicateurs montrent que la mobilité sociale des deuxièmes générations est bonne. Les enfants d’immigrés arrivés comme ouvriers peu qualifiés il y a deux ou trois décennies ne sont en général pas confinés aux métiers de leurs parents; ils arrivent souvent à les dépasser. On observe également peu de ghettos. Ces bons résultats sont dus au fait que les générations précédentes ont été directement intégrées sur le marché du travail. Mais on n’est pas sûr que cela continue. Les villes suisses en particulier font face à des défis inédits qui doivent les pousser à redoubler d’efforts.

–Quels sont ces nouveaux défis?

–J’en identifie deux principaux. Comme l’a relevé une étude de l’OCDE, les écoles suisses peinent aujourd’hui à offrir aux enfants immigrés une égalité des chances. Ensuite, l’accès au marché du travail devient plus compliqué. Cela n’a rien à voir, comme peuvent le dire certains, aux différences culturelles ou confessionnelles. Celles-ci ne deviennent problématiques que lorsque des personnes se retrouvent au chômage ou ont des problèmes scolaires.

–Comment expliquez-vous alors les obstacles à l’intégration aujourd’hui?

–La raison tient au nouveau visage de la migration. Dans les années 1960 et 1980, les migrants arrivaient souvent en Suisse avec un contrat en poche. Aujourd’hui, on observe une augmentation de la migration d’asile et du regroupement familial. L’intégration de ces personnes provenant de pays en guerre, au parcours migratoire compliqués, dans un marché du travail plus exigeant, s’avère plus difficile.

–Quel rôle peuvent jouer les politiques d’intégration dans ce contexte?

–Elles doivent favoriser les moyens pour aider les immigrés à accéder aux différentes composantes de la société. Cela passe notamment par la mise en place de cours de langue intensifs de manière précoce et accessibles à tous. Mais il ne faut pas surestimer l’importance des politiques d’intégration. Certains éléments externes jouent aussi un rôle, comme la vigueur du marché du travail. De ce point de vue, des cantons comme Vaud sont bien placés. Des efforts doivent aussi être consentis au niveau fédéral pour faciliter l’emploi, s’agissant par exemple des permis de séjour.

–Comment se démarque le canton de Vaud?

–En comparaison suisse, les politiques d’intégration vaudoises sont plus énergiques. On le voit par exemple avec l’offre en matière d’appui scolaire. Cela s’explique sans doute par le fait qu’il a une histoire d’immigration plus ancienne. Par ailleurs, l’orientation et la sensibilité politique vaudoise sont plus favorables au financement de ce genre de politiques sociales. (TDG)

Créé: 13.12.2015, 15h03

Vers des mesures plus ciblées à Lausanne

La Ville de Lausanne fait figure de pionnière lorsqu’elle fonde en 1971 le Bureau lausannois pour les immigrés (BLI), à la suite de revendications de la société civile. Dans le canton, Renens, Yverdon, Vevey et Nyon suivront son exemple en créant un poste de délégué à l’intégration.

Quarante-cinq ans après sa naissance, le BLI a verni vendredi soir un livre retraçant le chemin parcouru. Il a choisi de fêter cette date anniversaire à une période «charnière» de son existence, explique Gabriella Amarelle, déléguée à l’intégration. Le programme 2017-2021 est en effet en train d’être préparé. «Nous proposons actuellement des prestations généralistes de qualité, souvent novatrices. Nous souhaitons désormais mettre sur pied des mesures plus spécifiques répondant à des besoins plus ciblés.»

Le BLI a notamment pour mission d’accueillir, orienter et conseiller les étrangers. Il soutient aussi des projets d’intégration et de prévention du racisme. Parmi les plus grandes réussites, Gabriella Amarelle cite les cours de français organisé chaque été à Vidy-Plage depuis 2010 et qui attirent en moyenne 90?personnes par soir. «Personne n’y croyait vraiment au début. On se disait que s’il y avait 20?personnes par soir, ce serait un gros succès.»

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