Les villages français sont accusés d’assécher l’Orbe

Vallée de JouxLe non-respect des bassins versants en France priverait la rivière de millions de litres d’eau. A prouver, souligne le Canton.

L’Orbe a retrouvé un débit satisfaisant après des mois critiques dus à la canicule exceptionnelle de l’été 2015.?

L’Orbe a retrouvé un débit satisfaisant après des mois critiques dus à la canicule exceptionnelle de l’été 2015.? Image: Olivier Allenspach

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Elle serpente à travers la vallée de Joux, entre tourbières, forêts et pâturages. Reliant le lac des Rousses à celui de Joux, l’Orbe est au cœur des préoccupations. Cet été, au plus fort de la canicule, elle a atteint un seuil critique à la frontière suisse. Seuls 7 litres par seconde s’y écoulaient, contre 100 habituellement. Pis encore: pendant environ quarante jours, le lac des Rousses, dont le niveau était très bas, n’aurait apparemment pas pu l’alimenter, alors qu’il fournit d’ordinaire à la rivière plus de 60% de son eau. Sa température a grimpé et les poissons l’ont désertée.

Cette situation a fait bondir le Pehvo, groupe de pêcheurs et de défenseurs de l’environnement suisses et français œuvrant pour la protection des eaux de la haute vallée de l’Orbe, à son chevet depuis 2008. «Cet été, le problème de l’Orbe, totalement asséchée sur des kilomètres, était tellement évident, commente le président du Pehvo, Joël Meylan. Il faut que les instances politiques le prennent à bras-le-corps, qu’elles se posent la question de nos ressources en eau.»

Le problème provient en partie, selon le Pehvo, du non-respect des bassins versants du côté français. «L’eau pompée dans le lac des Rousses pour alimenter une demi-douzaine de communes en eau potable, soit près de 10'000 personnes, est ensuite reversée dans la rivière la Bienne et non pas dans le lac, détaille Joël Meylan. Du coup elle coule vers le Rhône et non le Rhin.»

Dérèglement hydrologique

Par an, ce serait près de 1 million de m3 d’eau usée qui ne cheminerait pas sur le bon bassin versant. Cela aurait pour conséquence de causer un dérèglement hydrologique, donc de l’écosystème, notamment en période de canicule. Un chiffre bien plus impressionnant que les 53 m3 d’eau volés en juillet dernier par l’armée suisse aux Français pour abreuver les vaches sur les alpages. Une affaire qui avait défrayé la chronique. «C’est préoccupant, confirme le député combier Dominique Bonny. Il y a des conventions internationales qui règlent les cas des bassins versants. Cette problématique va revenir sur la table à un moment ou un autre.»

Selon lui, les deux tiers de l’eau pompée par le Syndicat intercommunal des eaux du plateau des Rousses (Siepr) terminent leur course sur le mauvais bassin versant. «L’eau pompée permet d’alimenter huit communes, rappelle Jean-Sébastien Lacroix, président du Siepr. Et, en effet, une partie des eaux usées est déversée sur l’autre bassin versant. La situation est complexe, mais nous n’avons pas d’autre solution, l’alimentation de certaines de ces communes ne dépend que du lac.»

Il ajoute que le réseau d’eau a été amélioré pour limiter les fuites et qu’aujourd’hui la neige de culture n’est plus faite à partir de cette eau. «En général, il n’y a pas de problème, conclut-il. Mais cet été était exceptionnel, je n’avais jamais vu le lac des Rousses aussi bas.»

Le Pehvo ne souhaite pas lâcher l’affaire, quitte à passer par la voie juridique pour faire réagir les acteurs politiques franco-suisses. Le Canton, lui, salue avant tout le respect de la convention assurant le débit de l’Orbe depuis 2013. Le sujet est sensible. «Le débit a augmenté, ce qui est une bonne chose, note Philippe Hohl, chef de la Division eau à la Direction générale de l’environnement vaudois. Mais, pour l’instant, nous n’avons pas été saisis d’un problème légal sur la disproportion de l’utilisation des eaux de ce lac.»

(TDG)

Créé: 11.10.2015, 11h50

Un premier combat remporté en 2013

Le Pehvo a été fondé en 2007 par des pêcheurs et des défenseurs de l’environnement, suisses et français, «parce qu’on voyait notre rivière dépérir», explique son président, Joël Meylan. Les causes de ce dépérissement sont multiples: ce tronçon sinueux d’une vingtaine de kilomètres est peu arborisé. Lorsque le niveau d’eau de la rivière est bas, sa température monte vite. «En 2004 déjà, elle était arrivéeà 27 degrés. C’est presque tropical», poursuit Joël Meylan.

Le Pehvo a tiré la sonnette d’alarme en 2008 par le biais du député PLR Dominique Bonny. Une mobilisation qui a débouché sur la signature d’une convention en 2013 entre les communes suisses et françaises – sauf Bois-d’Amont – destinée à assurer un débit minimal de 100 litres/seconde dans l’Orbe, assortie d’un suivi de trois ans. Le Pehvo souhaite aujourd’hui qu’il soit prolongé et qu’il soit accompagné d’un reboisement des rives pour créer de l’ombre pour... l’ombre, un salmonidé de plus en plus rare dans l’Orbe. En juin, le Grand Conseil a été à nouveau interpellé sur ce point par Dominique Bonny.

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