Il veut mettre la sécurité au service de l'humain

PortraitChef du Réseau national de sécurité, André Duvillard se bat pour une police ouverte.

Domicilié à Neuchâtel, André Duvillard aime aussi se ressourcer à la montagne, où sa famille possède un chalet.

Domicilié à Neuchâtel, André Duvillard aime aussi se ressourcer à la montagne, où sa famille possède un chalet. Image: Vanessa Cardoso

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«La sécurité est l’un des biens les plus chers d’une société. Elle contribue au bien-être de chacun.» Ce credo est celui d’André Duvillard, responsable du Réseau national de sécurité (RNS). À 57 ans, ce Neuchâtelois a consacré de nombreuses années à la police. Ne résumez pas le sujet au nombre de personnes qui surveilleront le Forum de Davos! Avec lui, il est question d’enjeux politiques et juridiques, de vivre-ensemble et de transparence. Dans un domaine où le silence est roi, il répond aux médias sept jours sur sept. L’an dernier, il a participé à trente-neuf conférences publiques pour expliquer, voire défendre, sa fonction et le rôle de ses collègues.

La montagne pour se ressourcer

Quand on propose de faire son portrait, André Duvillard nous donne rendez-vous le lendemain. Ce sont les vacances de Noël, le temps ne permet pas de skier… On le rejoint à Villars-sur-Ollon. Enfant, il aurait aimé se rendre sur la Costa Brava en été, comme ses camarades. Mais il revenait toujours dans les Alpes, où sa famille possède un chalet de longue date. Depuis, il s’est réconcilié avec la station vaudoise, qui est devenue le lieu où il se ressource. Il y donne même des cours de ski! Cela lui permet aussi de nourrir des contacts. «J’aime être avec les autres. Avant les vacances, j’ai passé deux jours seul au bureau, je m’ennuyais. Je n’aurais jamais pu travailler dans la recherche!»

Ce roublard de la communication nous accueille en grosses chaussures et jeans. Par la fenêtre, quelques sommets se détachent des nuages. Celui qui a participé trois fois à la petite Patrouille des Glaciers est détendu. «L’autre jour, je suis allé aux Écovets. J’ai fait la crête… La montagne impose l’humilité, c’est toujours la plus forte.» L’œil reste rieur quand il répond aux questions. Mais vacances ou pas, l’homme maintient cette frontière floue entre public et privé. La rencontre se tient dans un chalet qui n’est pas le sien, pour garder l’intimité de sa famille. Quand on évoque son enfance, il mentionne simplement son père chef de gare et sa mère d’origine suisse alémanique, ce qui lui permet de maîtriser l’allemand.

Confronté à la mort

Ancien commandant de la police neuchâteloise, André Duvillard n’a jamais fait l’école de police. Il a appris le métier sur le terrain. En se frottant aux violences et à la mort. «Les décès qui nous touchent le plus ne sont pas les plus horribles, mais ceux dont on se sent proche. C’est le cas quand un père de famille doit gérer la mort d’un enfant.» Et même si un agent apprend à mettre de la distance, il est parfois «difficile de garder ses émotions». Il évoque les décès de son ami Olivier Guéniat et d’autres anciens collègues. Pascal Lüthi, qui a été son adjoint à la police neuchâteloise avant de lui succéder, ajoute que son ancien chef a parfois «l’émotion à fleur de peau». «On l’a vu la larme à l’œil durant des moments cérémoniaux. Il est sensible et ne peut pas toujours le cacher.»

À la tête du RNS depuis cinq ans, André Duvillard doit améliorer la collaboration entre cantons et Confédération. La mission nécessite du tact, dans un domaine qui est de compétence cantonale. Cela tombe bien, le Neuchâtelois a la réputation d’être diplomate. L’ancien conseiller d’État neuchâtelois Jean Studer évoque son sens des relations et son charisme. «Certains commandants de police sont stricts, lui était aussi chaleureux.» Pascal Lüthi complète: «Il a une certaine rondeur mais aussi une volonté, celle de faire bouger les choses, de casser les barrières pour améliorer le travail de la police. Il s’est souvent retrouvé seul à défendre cette position.»

Son entregent, André Duvillard l’avait déjà pratiqué au Comité international de la Croix-Rouge (CICR), où il a travaillé comme délégué après ses études. «J’ai vécu dans des pays en conflit. Quand vous êtes face à des dizaines de milliers de prisonniers ou que des bombes vous tombent dessus, vous relativisez les problèmes helvétiques.» Il a dialogué avec des interlocuteurs divers, y compris ceux qui étaient peu respectables. La leçon de tout cela? «Même dans un tel cas, on peut essayer de négocier pour améliorer la situation.»

Derrière les actes, des hommes

Son engagement pour la société ne se limite pas à la sécurité. Inscrit au Parti libéral-radical, le quinquagénaire est actif dans le scoutisme à Neuchâtel et participe à l’organisation des finales du championnat suisse junior de volley-ball. Les institutions lui sont chères et ce n’est pas un hasard s’il a fait des études de droit! Cet attachement aux règles transparaît lorsqu’il critique la France, sous état d’urgence depuis dix-huit mois. Bien sûr, c’est une réponse à la menace terroriste. Mais, pour lui, le risque est de «déshumaniser» la sécurité. «Derrière ces questions, il y a des hommes, qu’ils soient auteurs ou victimes. Il faut respecter leurs droits. C’est difficile à accepter lorsqu’on est touché, mais il y a des règles du jeu. Il faut les respecter pour que le système fonctionne, même face à des djihadistes.»

Avec le temps, André Duvillard s’est forgé une réputation dans la lutte contre le terrorisme. Récemment, son nom a circulé pour reprendre la tête du Service de renseignement de la Confédération (SRC). Il a renoncé à postuler. Il a encore des défis à relever dans sa fonction actuelle. Et puis, il ne voulait pas se lancer dans cette activité à huit ans de la retraite. «Il faut se préparer à cet arrêt du travail. J’ai vu trop d’anciens collègues désespérés au moment de prendre leur dernier café.» André Duvillard pense déjà à se consacrer davantage au monde associatif. Sans oublier la lecture de romans policiers, une autre passion. (TDG)

Créé: 19.01.2018, 09h51

Biographie

1960 Naissance à Lausanne. Alors qu’il est âgé de 7 ans, sa famille d’origine vaudoise déménage à Neuchâtel.

1987 Après ses études de droit, il devient délégué au CICR, notamment en Irak et en Israël.

1991 Retour en Suisse. Après une période de service militaire (il a le grade de colonel), il rejoint la Confédération comme secrétaire du Conseil national et des Commissions de la politique de sécurité.

1993 Il se marie et aura trois filles, âgées de 16 à 24 ans. Il vit aujourd’hui à Colombier (NE), où son épouse est dessinatrice en bâtiment.

1997 Porte-parole de la police neuchâteloise, il en devient commandant en 2005.

2012 Il prend la tête d’une nouvelle structure, le Réseau national de sécurité (RNS).

2018 Après avoir publié des recommandations en matière de prévention du terrorisme en 2017, le RNS doit rendre un rapport sur la cybersécurité.

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