«La vague socialiste est due au débat sur les rentes»

Elections cantonalesLe politologue Claude Longchamp explique le succès de la gauche et pourquoi Doris Leuthard n'est pas une locomotive.

Pour le politologue, le glissement à gauche d'Argovie est une vraie surprise.

Pour le politologue, le glissement à gauche d'Argovie est une vraie surprise.

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Le PS qui exulte, l’UDC qui se maintient et les partis du centre, comme le PDC, qui pleurent. C’est en résumé la photographie des élections législatives cantonales qui se sont déroulées ce week-end à Bâle (voir infographie ci-dessous) et en Argovie. Ce dernier canton, qui passe pour une Suisse miniature au niveau politique, a vu les socialistes prendre 5 sièges d’un coup au Grand Conseil. Interview du politologue Claude Longchamp.

Le Parti socialiste gagne à Bâle et fait même un carton en Argovie, un canton conservateur. Comment l’expliquez-vous?

Si on analyse les résultats des élections cantonales de ces douze derniers mois, on voit que le PS fait d’assez bons résultats dans les villes mais perd en campagne. Bâle n’est donc pas une surprise, mais l’Argovie oui! Même dans les arrondissements les plus conservateurs, le PS gagne des voix. Ce n’est pas grâce à une hausse de la participation mais essentiellement au fait que le parti a capté des voix ailleurs. Le plus intéressant, c’est qu’il prend des suffrages non pas chez les Verts, comme d’habitude, mais au PDC et au PBD. Il y a donc une rupture.

Quelle rupture?

Pour moi, elle s’est passée lors de la dernière session du parlement sur les rentes. Il y a eu un tournant à droite avec la discussion sur l’âge de la retraite à 67 ans ajoutée à la diminution des prestations pour le 2e pilier. C’était trop et cela explique le ras-le-bol d’électeurs centristes qui passent du côté PS.

Après le glissement à droite, la victoire du PS est-elle un nouveau «trend» ou un épiphénomène?

C’est une vague qui peut durer quelques semaines ou quelques mois. On le verra lors des prochaines élections fribourgeoises. Mais je suis réticent à parler d’un nouveau trend. Aux dernières votations fédérales de septembre, la gauche a perdu trois fois.

Le PDC continue de perdre. Son nouveau président, Gerhard Pfister, essaie de tirer le parti à droite. Ça peut marcher?

Cela peut fonctionner à la campagne ou dans la Suisse centrale comme à Zoug. Mais dans les villes non. Le PDC a subi un lourd échec à Lucerne. A Bâle, il est aussi en recul. Même en Argovie dans les circonscriptions campagnardes, il perd. Cela veut dire que la volonté de Pfister de ramener le PDC dans ses anciennes traditions catholiques n’annonce pas des lendemains qui chantent. Mais c’est difficile pour le PDC. Son ancien président, Christophe Darbellay, avait essayé de positionner le parti au centre en se distinguant du PLR et de l’UDC. Cela n’a pas été couronné de succès.

La conseillère fédérale argovienne Doris Leuthard est populaire. Pourquoi son action n’a aucune retombée sur son parti?

Parce qu’elle joue plus sa carte personnelle que celle de son parti. Il n’y a qu’en 2007 que le PDC a pleinement profité de l’image de Leuthard, alors ministre populaire qui venait d’entrer au gouvernement. Mais depuis, il n’y a plus aucun effet.

Est-ce à dire que l’élection de Guy Parmelin au Conseil fédéral n’aura aucune influence dans les futures élections vaudoises?

L’UDC a bien profité de la campagne au Conseil fédéral avec ses trois candidats Parmelin, Gobbi et Aeschi. Les sondages, que nous avions faits à l’époque montraient que le parti était crédité de 30 à 33% des voix. Parmelin élu, il était la star du Conseil fédéral. Tout le monde l’aimait. Puis il y a eu le faux pas du Vaudois sur la question des privilèges pour les paysans. Dès lors, il est redevenu un conseiller fédéral tout à fait normal. Donc il n’aura pas une influence notable pour le score de l’UDC en Suisse romande

Le PBD encaisse encore une nouvelle défaite. Ce parti est-il condamné à disparaître?

J’ai toujours défendu ce petit parti, surtout lorsqu’il avait comme ministre Eveline Widmer-Schlumpf, dont le travail a été exceptionnel. Mais il faut reconnaître qu’il y a trop de partis bourgeois. Le PBD va devenir un parti régional, représenté aux Grisons, à Glaris et à Berne. Il est bien probable qu’il disparaisse de la scène nationale en 2019. Il aurait dû s’allier ou fusionner avec le PLR, dont il est le plus proche politiquement. (TDG)

Créé: 24.10.2016, 21h52

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