La vague «No Billag» frappe les Alémaniques

Votation fédérale du 4 mars 2018L’initiative populaire, qui veut complètement supprimer l a redevance obligatoire pour les radios-TV publiques, est très débattue outre-Sarine.

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L’initiative «No Billag» enflamme les esprits en Suisse alémanique. Il n’y a pas un jour qui passe sans qu’on trouve un article sur l’avenir des radio-TV publiques, sur la nécessité ou non d’avoir une redevance obligatoire, sur le danger d’une «blochérisation» des médias ou sur la pertinence de tel ou tel programme public. Dernier rebondissement en date? L’exclusion du comité «No Billag» de la plate-forme de récolte de dons Wemake­it. Hurlement des initiants, qui crient à la censure et au scandale. Sourires goguenards des opposants, qui y voient une illustration magnifique des dangers de laisser le champ libre exclusivement aux privés.

En Suisse romande, à part quelques échanges vifs sur les réseaux sociaux ou un montage photo où l’on voit des animateurs vedettes de la RTS claquer le fric de la redevance (lire en page 9), le débat est nettement plus feutré. Pourquoi la Suisse alémanique démarre-t-elle au quart de tour sur cet objet? Explications.

Les Alémaniques paient plus qu’ils ne reçoivent

Le produit de la redevance pour la SSR (environ 1,2 milliard) n’est pas partagé proportionnellement au nombre d’habitants. La Suisse alémanique, qui récolte 885 millions de francs, n’en touche en retour que 525. Elle reverse le solde aux Romands, aux Tessinois et aux Romanches. La Suisse romande fournit ainsi 280 millions, mais en touche 400.

Cette péréquation n’est pas frontalement remise en cause en Suisse alémanique. Certains UDC outre-Sarine trouvent même que la Romandie fait un meilleur travail d’information que chez eux. Mais il est clair que l’attachement à la redevance est du coup nettement moindre puisqu’il y a moins à perdre. La Romandie et surtout le Tessin, qui touche six fois plus qu’il n’encaisse, n’ont pas intérêt en revanche à tuer la poule alémanique aux œufs d’or.

Des acteurs plus libéraux et plus tranchants

La Suisse romande, et on le voit dans nombre de votations, est plus à gauche et plus sociale que la Suisse alémanique. Cette dernière se situe politiquement plus à droite et plus en faveur de la responsabilité individuelle. Voilà pourquoi le débat sur la redevance, et sur le rôle que doit jouer l’État dans les médias, est perçu de façon plus critique.

Un exemple frappant? Alors que le conseiller national Hans-Ulrich Bigler (PLR/ZH), directeur de l’USAM, démolit la redevance et ses conséquences pour les entreprises, ses collègues valdo-genevois Laurent Wehrli et Hughes Hiltpold disent exactement le contraire en conférence de presse. On retrouve la vieille fracture entre libéraux et radicaux. Le conseiller national Benoît Genecand (PLR/GE) est l’exception romande qui confirme la règle. Philippe Nantermod (PLR/VS), lui, a déjà mis son libéralisme anti-SSR en sourdine depuis qu’il est vice-président du PLR Suisse.

Un doublement du budget pub SSR qui interpelle

En Suisse alémanique, la question du service public est du coup bien plus disputée. Où commence-t-il et où s’arrête-t-il pour la SSR? C’est toute la question du périmètre. On reproche au «colosse», au «mammouth» d’avoir multiplié ses canaux de diffusion: hausse du nombre de chaînes de radio (17) et TV (7) publiques, offensive sur Internet, lancement de nombre d’applications pour smartphone, etc. La conseillère nationale Natalie Rickli (UDC/ZH), grande pourfendeuse de la SSR et employée jusqu’à peu par une agence de placement publicitaire pour médias privés, a calculé que les recettes SSR sont passées de 644 millions à 1,36 milliard. Soit une hausse de 112%.

La conseillère fédérale Doris Leuthard avait promis de discuter du périmètre SSR en 2015, après le vote sur le changement de système de perception. La promesse est restée lettre morte. D’où un certain malaise du président du PDC, Gerhard Pfister, pourtant opposé à «No Billag». Ce dernier n’admet pas que la SSR se considère comme une entreprise privée quand il s’agit du salaire de ses cadres et comme une entreprise de service public quand elle veut étendre ses prestations. Les grands éditeurs, qui sont tous dans la région zurichoise, dénoncent aussi une distorsion de concurrence quand la SSR marche de plus en plus sur les plates-bandes du privé.

Des éditeurs remontés qui attendent un signe

Les éditeurs suisses, qui organisent une conférence sur le service public à Berne, écouteront ce mardi avec attention leur invité vedette Gilles Marchand, directeur de la SSR. Ils espèrent que ce dernier annoncera une modération des appétits de son entreprise dans les prestations qu’elle offre. Ils sont déjà remontés comme des coucous en raison de la régie publicitaire commune SSR-Swisscom-Ringier portant le nom d’Admeira.

Une plainte est encore pendante au Tribunal fédéral. Et le département de Doris Leuthard vient de mettre un peu plus d’huile sur le feu en autorisant la SSR à faire de la publicité ciblée. À l’inverse, une commission du National vient de voter une motion pour limiter un peu le champ d’action de la SSR. Cette bataille médiatique trouve un fort retentissement dans une presse alémanique elle-même en pleine restructuration.


Une initiative radicale qui rappelle un vieux vote sur l’armée

Les plus jeunes ne peuvent pas s’en souvenir. En 1989, une initiative radicale fait sensation. Lancée par le Groupe pour une Suisse sans armée, elle demande rien de moins que l’abolition de l’armée suisse. Indignation, polémiques et controverses. L’initiative est refusée, mais elle fait un score inespéré en recueillant 35,6% de oui. C’est une onde de choc dans le milieu politique qui amènera l’armée à se réformer. «No Billag», c’est un peu l’équivalent de droite de l’initiative anti gris-vert. Elle a été lancée par un groupuscule libertaire. Elle ne propose pas une solution de compromis mais une suppression pure et simple du système existant. Elle reçoit des soutiens du grand parti le plus proche. C’était le PS à l’époque, c’est l’UDC aujourd’hui. Et, enfin, elle s’attaque à une «vache sacrée», dépeinte comme nécessaire à la cohésion nationale et à l’indépendance du pays. Dans ce rôle, la SSR a remplacé l’armée.

Alors, va-t-on vers une sensation le 4 mars? Les sondages en ligne, parus ces dernières semaines en Suisse alémanique, disent tout et son contraire. La SSR, qui souffre d’un déficit auprès des jeunes, peut néanmoins compter sur des atouts que l’armée n’avait pas. Elle a un public fidèle avec qui elle est en contact jour après jour. Elle est assurée du soutien de la majorité des partis, des milieux culturels et sportifs et des radios-TV privées. Enfin, la SSR a encore un joker dans sa manche. Pour que «No Billag» passe, il faut qu’une majorité de cantons disent oui. Impossible pour une initiative aussi extrême. L’initiative anti-armée n’avait reçu le soutien que de deux cantons. La grande inconnue, donc, c’est l’ampleur du oui. Au-delà de 30%, c’est un succès d’estime pour les initiants. Et la pression sur le montant de la redevance repartira alors de plus belle. (TDG)

Créé: 13.11.2017, 07h38

«La SSR et les TV privées se repose nt sur l’oreiller de paresse de la redevance»

Il y a dix jours, les élus romands, entourés des responsables des radios-TV publiques, lançaient à Lausanne l’offensive contre «No Billag». Réplique de Nicolas Jutzet, président du comité romand des initiants, qui regrette un débat plus timide en Suisse romande, de par le fait d’une péréquation financière favorable.

– Que reprochez-vous à la RTS?

– Rien. Ce n’est pas notre postulat. Notre initiative s’oppose au fait qu’on force les gens à payer pour un service de prestations non désiré. Nous avons la même attitude envers les privés. Nous ne nous opposons donc pas à la RTS. Nous en sommes même très contents. Selon ses propres rapports, elle a un public qui est très satisfait, fidèle, et qui sera d’accord de payer un abonnement pour ses prestations.

– La RTS affirme que, si votre initiative passe, elle n’a plus qu’à éteindre la lumière. Vous êtes qualifié de tueurs d’emplois, de démocratie directe, de cohésion nationale…

– La RTS – et d’autres – agite des peurs sans fondement. Elle communique à tout va qu’elle fait un excellent job et ses rapports internes montrent que les gens apprécient énormément ses prestations. Si la SSR a un public fidèle, il n’y a donc aucune raison qu’il disparaisse au lendemain de la votation. Si l’offre est de qualité, il y a forcément un marché.

– Même si les gens sont satisfaits, vous ne pouvez pas retrouver le même taux d’abonnements volontaires qu’avec une taxe obligatoire…

– C’est clair que l’on ne peut pas garantir un même taux qu’avant. Notre initiative veut donner la liberté de choix aux consommateurs. Dans un système libre, chacun doit se battre pour ses recettes. Mais en libéralisant complètement le marché, on offre à la SSR des possibilités dont elle ne dispose pas pour l’instant. Comme celle de se développer sur Internet, que ce soit au niveau du contenu ou de la publicité, ce qui lui est interdit. À la SSR d’adapter ses prestations, ses formules d’abonnement, comme le font les médias écrits.

– La SSR répète qu’il n’y a pas de plan B et qu’elle disparaîtra…

– Je trouve inquiétant que la direction de la SSR et d’autres télévisions privées refusent d’envisager l’avenir alors que le marché médiatique est très changeant. Cela signifie qu’ils n’ont pas un esprit entrepreneurial et se reposent sur l’oreiller de paresse de la redevance. Ils savent depuis 2015 que notre initiative sera soumise au peuple.

– Le marché médiatique est très difficile. On voit que la publicité diminue, que les journaux licencient. Donc on va se retrouver avec une SSR toute rabougrie qui perd la moitié ou les trois-quarts de ses moyens?

– Les rapports montrent que 95% des gens sont satisfaits des programmes de la RTS. Il n’y a donc pas de raison qu’ils perdent 50% de leurs moyens. La RTS pourra proposer des abonnements différenciés dont certains pourront être plus chers que la redevance actuelle. L’essentiel, c’est que personne ne soit contraint d’avoir un abonnement. Nous voulons rendre la liberté au citoyen.

– On vous accuse d’être les fossoyeurs de l’information diversifiée, de la qualité des débats démocratiques, du service public…

– Ces attaques me font sourire. On oublie toujours de parler du service public fourni par la presse écrite. Peut-on dire qu’un citoyen est un mauvais citoyen s’il lit seulement un journal et qu’il ne regarde pas la RTS? Je ne le crois pas. Quant à la diversité des médias, je relève que 91% de la redevance va à la SSR et… 5% aux radios-TV privées, soit presque autant que pour Billag (4%). Le système actuel favorise le quasi-monopole de la SSR.

– Pourtant les radios-TV privées sont main dans la main avec la SSR dans cette campagne pour défendre ce système…

– On a acheté le silence des radio-TV privées en leur donnant quelques miettes supplémentaires. Leur part de redevance passera en 2019 à 6%.

– Supprimer toute redevance publique, cela ne se fait nulle part ailleurs…

– Oui, mais il faut bien qu’un pays commence. Comme on l’a fait pour les chemins de fer ou les Postes et Télécommunications. Nous serons des pionniers.

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