Un papa «secoueur» récidive après la mort de ses deux bébés

JusticeDécrit comme un «papa poule», un boulanger comparaît pour avoir secoué sa fillette de 2 mois. Il avait déjà purgé onze ans pour avoir secoué à mort ses premiers nés.

Le procès pour tentative de meurtre s'est ouvert lundi devant le Tribunal d'arrondissement de Lausanne

Le procès pour tentative de meurtre s'est ouvert lundi devant le Tribunal d'arrondissement de Lausanne Image: ARCHIVES

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Devant la Cour, l’homme agite mollement d’avant en arrière le mannequin d’un bébé. D’une voix mal assurée au timbre un brin aigu, il accompagne son geste: «Reste avec moi, reste avec moi!» Ce sera la ligne de défense de Patrick* à l’entame de son procès pour tentative de meurtre, ouvert lundi à Lausanne: s’il a secoué sa fillette de 2 mois en cet après-midi de septembre 2016, c’était pour essayer de la sauver: «Quand elle s’est réveillée, elle semblait s’étouffer avec du lait qu’elle avait régurgité. Dans la panique, je l’ai juste stimulée pour qu’elle revienne à elle.»

Sauf que le quadragénaire franco-suisse était bien placé pour savoir que manipuler un nourrisson de cette façon peut être fatal. Il en a fait l’expérience avec ses deux premiers enfants. Secoués dans des épisodes d’énervement, ses bébés sont décédés, respectivement en 1997 à Yverdon et en 2000 en France. Ces drames ont valu au boulanger de purger 11 ans de prison, à la suite d’un jugement français.

«J’ai vu que sa tête partait dans tous les sens. J’ai compris que je n’avais pas eu un geste adéquat alors j’ai sauté dans la voiture et je l’ai conduite au CHUV»

Par chance, la petite Sara n’a pas connu le même sort que ses aînés. Elle doit sa survie à un sursaut d’intelligence paternel: «J’ai vu que sa tête partait dans tous les sens. J’ai compris que je n’avais pas eu un geste adéquat alors j’ai sauté dans la voiture et je l’ai conduite au CHUV.»

L’homme installé dans le prétoire peine à expliquer ses agissements. Peu expressif sous son crâne dégarni, paupières mi-closes, bouche entrouverte, il articule ses réponses d’un ton monocorde et s’avoue peu à l’aise avec le verbe: «J’essaie de m’exprimer avec les mots que j’ai.» Son avocate, Me Yaël Hayat, le rappelle: l’expertise psychiatrique de son client pointe une immaturité et des capacités intellectuelles limitées.

Qu’il évoque son geste ou sa consommation d’alcool, Patrick est confus, revient sur ses dires et semble imperméable à la gravité de ce qu’il énonce. En cours d’instruction, il déclare n’avoir bu qu’une bière ce jour-là, en rentrant du travail. Il finit, en cours d’audience, par estimer avoir éclusé «deux Ricard, une bière et du vin blanc». «L’impression que cela donne, c’est que vous aviez tellement bu que vous ne saviez plus ce que vous faisiez», tance le président.

Sans combler toutes les lacunes du récit de Patrick, les analyses de trois experts médicaux ne laissent planer aucun doute: les lésions de Sara correspondent au syndrome du bébé secoué: «Les hématomes sont typiques», affirme le professeur Tony Fracasso, expert médico-légal. Sara a-t-elle pu être bercée de façon un peu brusque? «Aucune manœuvre que l’on fait normalement avec un enfant en bas âge n’a pu provoquer les lésions constatées.» Quant à la durée ou à l’intensité des secousses, impossible de les évaluer lors des examens ultérieurs: «Cela peut être extrêmement bref, reprend le spécialiste. Une, deux ou trois secondes de secousses violentes, répétées à un rythme rapide, suffisent.»

Le prévenu avait caché son passé

Après deux semaines d’hospitalisation et une première année de vie jalonnée de visites chez des spécialistes, la petite Sara, 16 mois, va bien. «Elle marche, sourit sa maman. Mais j’ai beaucoup de craintes pour son avenir. Son évolution semble normale, mais nous devrons surveiller chaque étape de son développement. Va-t-elle parler? Présentera-t-elle un déficit cognitif à son entrée à l’école?»

L’ex-compagne du prévenu a découvert le passé de Patrick en cours de procédure. Digne, elle le dépeint pourtant sans haine comme un papa poule, prévenant, constamment inquiet pour sa fille, très aimant aussi avec son aînée, née en 2012 d’un autre lit et qui a grandi auprès de sa mère. «Quand la police m’a révélé son passé, ça a cassé quelque chose. Nous avons vécu deux ans ensemble, il aurait eu tout le temps de m’en parler! Je ne sais pas l’influence que cela aurait eue sur notre relation, mais nous aurions pu prendre des dispositions pour éviter ça!» «J’ai fait le choix de ne pas le dire, assume Patrick. Je ne voulais plus qu’on me regarde comme durant mes années de prison où j’étais classé parmi les pires criminels de France…»

Détenu à La Croisée à Orbe depuis son geste, Patrick admet finalement avoir des remords et beaucoup de questions: «Je suis désolé, car ce n’était pas la vie qu’on avait choisie. Je comprends que la maman de Sara ne veuille plus me revoir, mais j’aimerais pouvoir garder le contact avec ma fille.» Le procès se poursuit mardi.

* Prénom d’emprunt

Créé: 04.12.2017, 22h55

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