L’UDC replace l’immigration au cœur des élections de 2019

Programme politiqueLe parti articule son discours de campagne sur les étrangers. Il y a les bons et les mauvais. Et la libre circulation doit être abolie.

Albert Rösti regarde sa montre, Céline Amaudruz relit ses notes et  Thomas Aeschi regarde au loin.

Albert Rösti regarde sa montre, Céline Amaudruz relit ses notes et Thomas Aeschi regarde au loin. Image: ANTHONY ANEX/KEYSTONE

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Retour aux sources. L’UDC a manifestement changé de stratégie après la cuisante défaite de son initiative sur l’autodétermination en novembre dernier. Fini les discussions de juristes sur la primauté du droit national versus le droit international. Pour les élections fédérales 2019, le parti revient à son thème fétiche compréhensible de tous: l’immigration. Il a occupé la majeure partie des exposés de la direction UDC qui présentait jeudi à Berne son programme politique 2019-2023.


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«La vie quotidienne en Suisse est marquée par des trains bondés et des routes surchargées, par des attroupements de requérants d’asile traînant sur les places publiques et dans les gares, démarre Albert Rösti, le président de l’UDC. Un nombre croissant de travailleurs de plus de 50 ans ne trouvent plus d’emplois et des jeunes diplômés ont toutes les peines du monde à trouver une place de travail à la suite de leur formation.»

«Nous ne voulons pas d’une Suisse de 10 millions d’habitants»

Le décor est posé. Et le langage est le même que celui qui avait conduit au succès retentissant de l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse» le 9 février 2014. Il y a d’abord les étrangers en provenance de l’UE, trop nombreux, qui prennent l’emploi des résidents chômeurs et surchargent les infrastructures. Pour l’UDC, cela ne va pas. Il faut y remédier par des contingents et des plafonds. Le parti regrette une nouvelle fois que son texte ait été détourné en une «absurdité bureaucratique indicible». Il fait référence à l’obligation pour les entreprises d’annoncer des places vacantes aux offices de chômage.

Tirer sur le corbillard

Mais l’UDC ne se lamente pas cette fois-ci sur «l’élite politique» qui bloquerait ses projets. Elle mise à fond sur sa nouvelle initiative UDC, dite de limitation, qui prévoit de dénoncer l’accord sur la libre circulation des personnes avec l’UE. Elle a abouti avec plus de 100 000 signatures. Elle est actuellement examinée par le Conseil fédéral et sera transmise au parlement. Fait intéressant, l’UDC en fait un levier central de sa campagne politique pour les élections. Bien plus que la dénonciation de l’accord institutionnel avec l’UE, contre lequel elle s’est toujours battue, et qui provoque des remous à Berne. Apparemment l’UDC considère – comme le PS d’ailleurs – que cet accord est déjà mort. Il n’y a donc pas grand profit politique à tirer sur un corbillard. Autant promouvoir ses propres idées et marteler comme Albert Rösti: «Nous ne voulons pas d’une Suisse de 10 millions d’habitants.»

Si la libre circulation des personnes avec l’UE tombe, il faudra faire une croix sur les Bilatérales et l’accès facilité au marché intérieur européen. Un gros problème économique pour la Suisse? «Non, répond le chef de groupe UDC, Thomas Aeschi. Il suffit de faire comme le Canada qui a une gestion autonome de l’immigration et des accords sectoriels avec l’UE.» L’UDC répète qu’elle n’est pas contre l’immigration mais que celle-ci doit être limitée aux personnes dont l’économie a besoin. Et les bons immigrés sont ceux qui respectent les valeurs suisses. Les mauvais? Ce sont les migrants économiques et requérants d’asile qui pèsent sur les comptes sociaux.

«En semi-esclavage»

Pour son slogan de campagne, l’UDC a choisi: «Liberté et sécurité». Pourquoi liberté? Parce que selon le conseiller national Peter Keller, les Suisses se trouvent dans une situation de «semi-esclavage» (sic) en raison des impôts, redevances ou autres taxes. «Six mois par année, nous nous échinons juste pour alimenter l’État qui se nourrit des prélèvements obligatoires que nous payons.»

La vice-présidente, Céline Amaudruz, enfile presque un gilet jaune avant de dénoncer cette intolérable pression fiscale sur la classe moyenne. Elle note que les charges sociales de la Confédération ont bondi de 14 à 22,6 milliards entre 2000 et 2016. «Prétendre, comme le fait la gauche, que nous sommes en plein démontage social relève d’une profonde ignorance des chiffres ou de la mauvaise foi la plus crasse.»

Quels sont les objectifs électoraux du premier parti suisse pour cet automne? Son président, Albert Rösti, met la pédale douce. «Nous avons recueilli 29,4% des voix en 2015. Il s’agira au moins d’atteindre le même score.» Au Conseil des États, l’UDC espère gagner un ou deux sièges supplémentaires. Mais les élections ne devraient pas modifier grandement le profil de l’UDC. Celle-ci est un géant au National avec ses 65 sièges et un nain au Conseil des États avec ses 5 fauteuils. (TDG)

Créé: 10.01.2019, 19h25

Quatre personnalités UDC font parler d’elles dans la campagne électorale

Le kamikaze

Roger Köppel, le conseiller national le mieux élu de Suisse, part sabre au clair à l’assaut du Conseil des États cet automne. Le rédacteur en chef de la «Weltwoche» et redouté polémiste ne supporte plus que son canton soit représenté par deux élus qui approuvent le futur accord institutionnel avec l’Union européenne. Il s’agit du PLR Ruedi Noser et du socialiste Daniel Jositsch. Les chances de Köppel de créer la surprise sont pour le moins ténues. Il est difficile de déloger un sortant aux États. Et cela l’est encore plus quand on est une personnalité très clivante.

La fille de...

Magdalena Martullo, fille du patriarche UDC Christoph Blocher, est sortie de l’ombre de son père. Elle dirige avec succès la multinationale EMS Chemie et elle a fait son trou à Berne comme conseillère nationale des Grisons, spécialisée dans l’économie. On parle d’elle pour remplacer Ueli Maurer au Conseil fédéral, même si cela donne des vapeurs à la gauche. Seulement voilà. Élue par les poils en 2015, elle est menacée par une possible grande alliance des partis centristes dans son canton. Elle va devoir ramer sec pour conserver son siège.

Le tonitruant

Le conseiller national Adrian Amstutz, l’homme qui ressemble à l’acteur Richard Gere, quittera le parlement cet automne. Ancien chef de groupe de l’UDC, pilier du parti, il avait joué un rôle important en installant la ligne blochérienne dans son canton de Berne. Il est connu pour son style brut de décoffrage. C’est lui qui avait dit à la TV alémanique à la conseillère fédérale Simonetta Sommaruga qu’elle «n’arrêtait pas de raconter des conneries». Amstutz a confessé par la suite qu’il ne pourrait jamais être conseiller fédéral car il n’arriverait pas à se taire.

Le revenant

Le Neuchâtelois Yvan Perrin veut revenir à Berne comme conseiller national. À la fonction donc qui lui avait servi de tremplin pour se faire connaître dans toute la Suisse romande. Quand il a voulu viser plus haut, soit le Conseil d’État de son canton, les choses se sont gâtées. Il a bien été élu mais n’a jamais réussi à assumer sa charge. Problèmes d’alcool, de sommeil, de dépression, tout cela l’a poussé à démissionner de son poste. Après une phase compliquée de reconstruction, il est de nouveau prêt à se lancer dans la course aux élections fédérales.

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