L'UDC impose sa thématique pour les élections fédérales: l’aide sociale

DécodageL’aide sociale s’annonce comme l’une des thématiques phares des prochaines élections fédérales. Après 2007 et 2011, l’UDC mène le bal. Décryptage.

Le traditionnel meeting annuel de l’UDC à Zurich, l'Albisgüetli, avec à gauche Christoph et Silvia Blocher, Toni Brunner et à droite Ueli Maurer.

Le traditionnel meeting annuel de l’UDC à Zurich, l'Albisgüetli, avec à gauche Christoph et Silvia Blocher, Toni Brunner et à droite Ueli Maurer.

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Dès 2007, avec sa campagne des moutons noirs, l’UDC est parvenue à imposer une thématique à l’aube d’élections fédérales, celle de l’aide sociale. 2015 ne fera pas exception. Cette fois-ci, le cas très médiatisé d’une famille érythréenne de Hagenbuch (ZH), coûtant 60 000 francs par mois à la Commune en termes d’accompagnement social, a relancé la polémique. Précisément, ce sont ici les prescriptions de l’Autorité de protection de l’enfant et de l’adulte qui chargent le bateau.

Mais, dans le débat politique, les attaques sur l’aide sociale pleuvent. A Zurich, un comité bourgeois veut que le Canton se détache au plus vite des normes édictées par la Conférence suisse pour les institutions d’aide sociale (CSIAS), qui visent à unifier la pratique en Suisse. Il souhaite aussi que les montants minimaux de l’aide sociale (986 francs par mois pour une personne seule; 1834 francs pour une famille avec deux enfants) soient revus à la baisse. Dans la Berne fédérale, une commission veut, quant à elle, imposer fiscalement les prestations d’aide sociale, tandis que l’octroi de cette aide aux ressortissants européens résidant en Suisse a créé la polémique et a fait l’objet d’un sérieux tour de vis.

L’UDC leader d’opinion

A la manœuvre, l’UDC s’impose comme leader d’opinion dans ce domaine. Comment l’expliquer? «Le débat sur l’aide sociale illustre en quelque sorte la vision de fond de la relation citoyen-Etat telle que la conçoit l’UDC. Etre Suisse ou intégré en Suisse, c’est être parcimonieux, responsable, travailleur», explique Oscar Mazzoleni, politologue et spécialiste de l’UDC. Et cette vision serait en adéquation avec les tendances sociétales actuelles, ce qui expliquerait sa portée populaire. «Nous jugeons sur des valeurs d’autonomie, de capacité, qui sont en phase avec une société compétitive et globalisée», indique le professeur à l’Université de Lausanne.

Si l’UDC domine le débat outre-Sarine sur l’aide sociale depuis presque dix ans, elle ne tape pas toujours sur le même clou. Dans son propos, la cible semble s’être déplacée des «abuseurs» de l’aide sociale à «l’industrie de l’aide sociale». Ainsi, en 2007, des cas individuels avaient mis le feu aux poudres, dénoncés avec plus de force les uns que les autres par l’UDC. Il s’agissait par exemple de cet Iranien arrêté pour trafic de drogue à Berne, propriétaire de deux BMW et à l’aide sociale depuis cinq ans, ou encore de cette Zurichoise vivant à New York, qui sous-louait son appartement en Suisse et se rendait aux convocations de l’aide sociale en avion.

Aujourd’hui, l’UDC ne tire pas à boulets rouges sur la famille érythréenne citée plus haut mais sur le fonctionnement institutionnel qui a conduit à lui délivrer un accompagnement social coûtant 60 000 francs par mois. Changement de paradigme? «Je crois qu’il y avait déjà les deux discours à l’époque. Mais il est vrai qu’on insiste davantage aujourd’hui sur la surcharge des caisses publiques, sur le fait que l’Etat social est devenu trop gros, qu’il distribue mal. Mais je ne suis pas convaincu que l’autre discours se soit estompé du côté de l’UDC. La campagne qui a précédé le vote du 9 février l’a montré: selon ce parti font problème les gens qui «pèsent», immigrés sans emploi, requérants d’asile, etc.», estime Oscar Mazzoleni.

Et pourquoi les autres partis ne parviennent-ils pas à reprendre la main sur ce terrain-là? «Parce qu’ils partagent une partie des valeurs de l’UDC. Tous veulent des caisses publiques saines et des individus responsables. L’UDC radicalise ce discours en attribuant les responsabilités des difficultés à certaines cibles – on songe par exemple à la campagne des moutons noirs. C’est ce qui met en difficulté les autres partis», poursuit le politologue.

Le paradoxe de Bienne

Les autres partis partent également dans les cordes, parce qu’ils sont à la manœuvre dans le domaine de l’aide sociale dans la majorité des Villes et Cantons, au contraire de l’UDC. Bienne est une exception. Dans la ville bernoise qui détient le record suisse du taux d’aide sociale en 2013, le municipal en charge de l’Action sociale est l’UDC Beat Feurer. Elu il y a deux ans sur ses promesses de combattre les abus, il est aujourd’hui sous le feu d’une enquête administrative qui a révélé de graves dysfonctionnements dans son département. «Et, en deux ans, le Conseil de Ville n’a reçu aucune proposition concrète de sa part sur l’aide sociale. Pour moi, c’est la démonstration que l’UDC en reste au stade de l’incantation», constate Mohamed Hamdaoui, coprésident du PS de la ville de Bienne.

Pour autant, le journaliste, observateur de longue date de la politique fédérale, ne veut pas faire un tabou des problèmes. «Bien sûr qu’il y a des abus. Un tiers des bénéficiaires de l’aide sociale ont entre 0 et 17 ans. Or je vois dans ma ville des ados qui préfèrent vivre de l’aide sociale plutôt que de se lancer dans des boulots peu valorisants où en plus ils gagneraient moins. Il nous faut agir au niveau de l’incitation à travailler.»

Un fond de xénophobie?

Mais pourquoi, si le besoin d’action semble évident et partagé tous partis confondus, le mécanisme aide sociale-UDC est-il si bien rodé? «Il y a un fond de xénophobie. C’est un fait que la proportion des gens qui touchent l’aide sociale est plus forte chez les étrangers que chez les Suisses. Mais cela s’explique aussi par les écarts en termes de formation et de connaissances linguistiques. A Bienne, par exemple, pour décrocher un emploi, il faut avoir au minimum des connaissances dans trois langues: l’allemand, le dialecte et le français. Je constate par ailleurs que la pression a augmenté sur l’efficacité de l’aide. Les gens veulent bien être solidaires et payer des impôts, pour autant que leur argent ne soit pas jeté par les fenêtres. Cette pression est un phénomène nouveau», estime Mohamed Hamdaoui.

Pour Oscar Mazzoleni, dans ce débat, le discours UDC ne vise pas toujours les étrangers en tant que tels: «Lorsqu’il s’agit de questions économiques, l’UDC ne fait pas de distinction entre les Suisses et les étrangers mais entre les résidents actifs, ceux qui produisent, et les autres; il y a ceux qui contribuent à la richesse nationale et ceux qui pèsent. Dans ce sens, l’UDC rejoint le discours de la droite économique.»

Créé: 19.11.2014, 09h13

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