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MédecineUn transplanté sur deux risque des infections

Un collectif de chercheurs suisses a démontré que les infections graves menacent les personnes ayant subi une transplantation d'organe.

Plus de 5000 personnes vivent en Suisse grâce à un ou des organes transplantés.
Plus de 5000 personnes vivent en Suisse grâce à un ou des organes transplantés.
Keystone

Plus de la moitié des patients ayant bénéficié d’une transplantation d’organe développent des infections sévères – d’origine bactérienne dans 60% des cas – dans l'année qui suit. C'est le constat d'un collectif de chercheurs suisses publié dans la revue Clinical Infectious Diseases.

Plus de 5000 personnes vivent en Suisse grâce à un ou des organes transplantés. Chaque année, 600 patients reçoivent un cœur, des reins, un foie, un poumon ou encore un pancréas.

Pour éviter tout risque de rejet, ils doivent prendre toute leur vie des médicaments immunosuppresseurs qui les rendent particulièrement vulnérables aux infections (bactériennes, virales ou fongiques). C'est surtout le cas dans les douze mois suivant l’opération, au moment où les doses d’immunosuppresseurs sont les plus importantes.

Depuis les années 1980, des prophylaxies sont prescrites à ces patients afin de les protéger contre certaines pathogènes opportunistes, comme le cytomégalovirus, le toxoplasme et le champignon pneumocystis.

3000 patients

«Il n’existait aucune étude recensant les infections chez ces patients sous prophylaxie», indique Christian van Delden, professeur à l’Université de Genève (UNIGE) et responsable de l’Unité d’infectiologie de transplantation des Hôpitaux universitaires de Genéve (HUG), qui a co-dirigé ces travaux.

«L’impression qui prévalait était que le risque infectieux diminuait progressivement dès le deuxième mois, parallèlement à la baisse progressive des immunosuppresseurs», ajoute le spécialiste, cité jeudi dans un communiqué des HUG.

Près de 3000 personnes ont été incluses dans l’étude, qui s’est déroulée de 2008 à 2014, soit la quasi-totalité des patients transplantés en Suisse. Ces patients sont référencés dans la Cohorte suisse de transplantation (Swiss Transplant Cohort Study), qui en assure le suivi depuis 2008, notamment au niveau des complications infectieuses.

Autres pathogènes

Résultats: les prophylaxies préviennent efficacement les infections à cytomégalovirus, toxoplasme et pneumocystis qui sont devenues rares. Cependant, plus de 50% des patients ont présenté un ou plusieurs épisodes infectieux sévères avec d’autres pathogènes, avec des vulnérabilités très différentes selon le type d’organe transplanté.

Ainsi, les patients les plus à risque dans les semaines suivant la greffe sont ceux ayant reçu un cœur ou des poumons. Par la suite, les transplantés pulmonaires restent aussi très vulnérables aux infections. Par contre, les patients ayant reçu un rein demeurent relativement peu exposés aux infections graves.

Les types de pathogènes en cause ont également été identifiés: plus de 60% des infections sont d’origine bactérienne, en général causées par des entérobactéries, des bactéries intestinales ayant tendance à développer une résistance aux antibiotiques. A noter que la plupart des infections touchent l’organe transplanté lui-même.

Guide pour les médecins

Pour assurer une prophylaxie et un suivi adéquats, il faut donc prendre en compte la chronologie, le type d’organe transplanté et les bactéries le plus souvent en cause, selon les auteurs. «Nos travaux nous ont permis d’établir une sorte de guide à l’intention des médecins», conclut le Pr van Delden.

Cette étude, la plus grande publiée à ce jour dans ce domaine, a été réalisée par un groupe de chercheurs provenant de tous les centres de transplantation suisses, soit Genève, Zurich, Berne, Bâle, Lausanne, ainsi que l’hôpital cantonal de St-Gall.

(ats)

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