Le torchon brûle entre le PLR et la SSR

Bras de ferAprès Petra Gössi, c’est Christian Lüscher qui se plaint du service public. En cause, un reportage qu’il estime litigieux.

Christian Lüscher et Petra Gössi sont tous deux remontés contre le service public.

Christian Lüscher et Petra Gössi sont tous deux remontés contre le service public. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

À dix jours des élections fédérales, la tension monte entre le PLR et la SSR. Fait rare, le vice-président du parti et conseiller national Christian Lüscher (GE) saisit l’organe de médiation de la RTS pour dénoncer la partialité d’un reportage diffusé lors du «19h30» du 23 septembre dernier. Dans un échange de courriers que nous avons pu consulter, il écrit que l’émission litigieuse viole les principes de la loi sur la radio-TV (LRTV), dans la mesure où «elle ne représente pas les événements de manière à permettre au public de se forger sa propre opinion».

De quoi parle-t-on? Le reportage portait sur les activités du Service de renseignement de la Confédération (SRC), où les seules interventions politiques étaient celles de trois élus socialistes, celle de Christian Lüscher ayant été coupée au montage.

La réclamation du Genevois est le dernier épisode d’un feuilleton qui monte depuis plusieurs jours entre lui et Bernard Rappaz. Christian Lüscher avait en effet d’abord posé un ultimatum au rédacteur en chef de l’actualité de la RTS, estimant qu’il s’agissait d’«une violation crasse de la concession». Droit dans ses bottes, ce dernier n’a pas reconnu d’erreur. Pour lui, le reportage est «équilibré». Christian Lüscher est donc passé, comme il l’avait promis, à l’échelon supérieur: «Je fais une réclamation et pas une plainte, ça montre bien que je suis ouvert à la discussion pour permettre à la RTS de sauver la face.»

Cette nouvelle action est-elle liée à la campagne électorale? «Pas du tout. Je réagis systématiquement quand la SSR ne respecte pas la LRTV ou que les médias privés bafouent des règles de déontologie», répond encore le vice-président du PLR. Et de nous rappeler qu’il avait déjà entamé des démarches analogues envers «L’Hebdo» et «Le Temps», qui ont été couronnées de succès. «Je ne fais pas partie de ceux qui fustigent les médias, en affirmant que tous les journalistes sont de gauche, mais quand c’est gros comme une maison, je ne peux pas laisser passer.» Et de préciser qu'il est très attaché à la liberté d’expression. «J'ai déjà souvent, comme avocat, défendu des journalistes.»

Dans sa réclamation, Christian Lüscher estime d’ailleurs que Bernard Rappaz reconnaît «implicitement» la violation de la loi, puisqu’il dit que d’autres reportages traiteront du sujet et permettront aux uns et aux autres de s’exprimer. «En l’état la parole a été donnée aux uns, les autres attendront», glisse le conseiller national genevois.

La RTS reconnaît-elle par cette formulation son erreur? «Non, répond le service de presse de la RTS. Bernard Rappaz ne sous-entendait rien dans sa déclaration. Il expliquait simplement qu’on reviendrait très vraisemblablement sur ce sujet par la suite et que ce serait là encore l’occasion de faire connaître une pluralité de points de vue et d’intervenants sur le sujet.»

Qui gagnera ce bras de fer? C’est désormais à l’organe de médiation de trancher. Reste que cette affaire en rappelle une autre survenue aussi ces derniers jours. La presse alémanique révélait en effet dimanche que Petra Gössi, la patronne du PLR, s’était plainte auprès de Gilles Marchand, le boss de la SSR. Elle a dénoncé une émission satirique qui serait allée trop loin selon elle. Mais la présidente du PLR s’est surtout offusquée d’un traitement inégal des partis par la SRF, dans la mesure où la présidente des Verts intervenait dans l’émission alors que Petra Gössi avait été décommandée. Motif: trop proche des élections.

Contactée, la SSR se défend de toute partialité et conteste l’idée d’une confrontation entre Gilles Marchand et Petra Gössi. «Tout cela est anecdotique, explique Lauranne Peman, du service de presse de la SSR. Le directeur de la SSR s’entretient régulièrement avec des présidents des partis. Cela fait partie des échanges normaux avec le monde politique.»

À force d’attaquer le service public, le PLR n’est-il pas en train de passer pour un Calimero? «Je ne pense pas, répond Fanny Noghero, porte-parole du PLR. Le service public n’est pas un média comme les autres. Il doit respecter certaines règles. Et s’il ne le fait pas, à un moment donné, il faut se faire entendre.»

L’intervention de Christian Lüscher reste toutefois rare. «Il arrive parfois que des politiques adressent des remarques ou des critiques directement à la RTS, négatives ou positives, explique le service de presse. Il est par contre beaucoup plus rare que des politiciens saisissent le médiateur de la SSR.» Le service public ne relève que quelques cas au cours de ces cinq dernières années.



Le résumé de l'affaire

Le reportage en question se base sur une polémique lancée par Margret Kiener-Nellen (PS/BE). Le 22 septembre, la conseillère nationale dénonçait le zèle du Service de renseignement de la Confédération (SRC) en découvrant que ce dernier avait compilé de nombreuses informations sur elle. Cette dernière évoque un retour à l’État fouineur. Dans son reportage, la RTS interroge la principale intéressée, ainsi que Carlo Sommaruga (PS/GE), qui fait part de ses inquiétudes. Sur le plateau, le présentateur Philippe Revaz fait ensuite intervenir Andreas Gross, ex-conseiller national, socialiste lui aussi, qui compare l’affaire à celle des fiches. Par contre, l’avis de politicien bourgeois n’est pas intégré au reportage, bien que deux d’entre eux, Guillaume Barazzone (PDC/GE) et Christian Lüscher (PLR/GE), aient été interrogés avant diffusion, et qu’ils aient défendu le SRC, en parlant d’une non-affaire. La RTS justifie ses choix en expliquant que les positions socialistes sont «contrebalancées» par la réaction du SRC lui-même, ainsi que de celle d’un avocat spécialisé. «Et c’est parce que ces propos […] recoupaient ceux de Christian Lüscher que l’intervention de ce dernier a été coupée au montage.»

Créé: 09.10.2019, 12h25

Articles en relation

La SSR contrainte à une nouvelle cure d'austérité

Médias La baisse des recettes publicitaires oblige la SSR à faire 50 millions de francs d'économies, quitte à passer par la case licenciement. Plus...

La centralisation de la SSR divise les sénateurs

Médias Les déménagements des sites genevois et bernois de la SSR ont occupé les débats durant une heure mardi au Conseil des Etats. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Après l'accord avec l'UE, Johnson doit convaincre le Parlement
Plus...