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Le Togolais aidé par le pasteur Valley vit toujours caché

Le requérant débouté en 2016 livre son témoignage à la veille du procès de l’homme d’Église qui lui avait offert un gîte occasionnel pendant une année.

A Morat (FR), dans l'une des deux églises où il officie depuis sept ans, le pasteur Norbert Valley cite l'Evangile de Matthieu: «J'étais étranger, et vous m'avez accueilli»
A Morat (FR), dans l'une des deux églises où il officie depuis sept ans, le pasteur Norbert Valley cite l'Evangile de Matthieu: «J'étais étranger, et vous m'avez accueilli»
Olivier Vogelsang

«Norbert est venu à mon secours en me tendant la main, et le Ministère public lui a dit qu’il n’en avait pas le droit: c’est inhumain!» Ressortissant togolais, Edem* (36 ans) vit en Suisse depuis 2012. Ou plutôt survit.

Quelques mois après son arrivée au Centre fédéral d’asile de Perreux (NE), le requérant avait été placé au Locle, où un appartement lui avait été attribué. Devenu rapidement un fidèle assidu de l’Église évangélique de la commune, le migrant s’était lié d’amitié avec le pasteur Norbert Valley, lequel venait alors de prendre ses fonctions dans ce ministère, en alternance avec l’Église évangélique de Morat (FR). «Il est devenu un frère», lâche ce natif de Porrentruy (JU), qui a officié dix ans à Gland. Aujourd’hui âgé de 64 ans, l’ecclésiastique comparaîtra ce jeudi devant un juge du Tribunal de La Chaux-de-Fonds.

En cause: une condamnation pénale (peine pécuniaire de 1000 fr. avec sursis) prononcée à son encontre par le Parquet général du Canton en août 2018. La procureure Laure Habersaat avait alors estimé que le sexagénaire avait «facilité le séjour illégal» d’Edem «en lui offrant des repas à plusieurs reprises», et surtout par la remise d’une clé lui permettant de disposer d’un appartement de deux pièces et demie jouxtant l’ex-local de l’Église évangélique du Locle. Et ce durant une année, alors que le demandeur d’asile venait d’être débouté, au printemps 2016. «Mon ami n’a jamais dormi de manière continue dans ce logement, qui fonctionnait comme local du groupe des jeunes, complète Norbert Valley. Je lui avais juste dit qu’il pouvait y passer la nuit s’il n’avait aucun endroit où dormir, sachant qu’il ne fait pas toujours très chaud à 1000 mètres d’altitude...» Celui qui se définit comme un «sociopasteur» précise avoir donné au requérant un total de quelques centaines de francs pour se nourrir. Sa communauté avait en outre financé son permis de conduire, afin d’augmenter ses chances de trouver un petit boulot. Depuis quatre ans, le Togolais survit caché dans le pays, avec la complicité d’autres âmes charitables, lesquelles se réfèrent à la Constitution fédérale, dont l’article 12 prévoit un droit à «être aidé, assisté et à recevoir les moyens indispensables pour mener une existence conforme à la dignité humaine» pour «quiconque est dans une situation de détresse et n’est pas en mesure de subvenir à son entretien».

«Si je n’avais pas fui le Togo, le parti au pouvoir m’aurait fait disparaître»

«Les autorités suisses ne m’ont pas accordé l’asile en faisant valoir le fait que le Togo n’est pas en guerre: c’est facile à dire quand on n’est pas sur place, ils ne connaissent pas la réalité», reprend Edem, qui a accepté de témoigner par téléphone. «Si je n’avais pas fui, le parti au pouvoir m’aurait fait disparaître», explique cet opposant au régime. «J’avais été arrêté à la suite de manifestations révolutionnaires et incarcéré à titre d’exemple. Pour faire comprendre aux autres opposants de ne pas poursuivre la contestation. Dans le lieu où l'on m’a emprisonné, quelqu’un m’a proposé de me faire quitter le pays contre une somme d’argent. Mes proches ont accepté. Mais on m’a fait comprendre que, si je revenais sur le territoire, on allait s’occuper de moi ou de ma famille restée au pays, car ma liberté serait synonyme de travail mal fait...» Lorsque le mandat d’expulsion a été décerné contre lui, il y a quatre ans, le requérant a fait une tentative de suicide par pendaison. Ce qui a conduit à une hospitalisation en psychiatrie, en terres neuchâteloises.

«Je ne suis pas de ceux qui disent que l’on doit accueillir tout le monde en Suisse, se défend Norbert Valley. J’ai même encouragé des Africains à rentrer dans leur pays parce qu’il n’y risquaient rien. Mais quand les gens sont dans le besoin, au bord du suicide... il n’y a pas à réfléchir plus loin.» C’était compter sans le durcissement de la loi sur l’asile approuvé en votation populaire en 2006, entré en vigueur deux ans plus tard. Une révision qui a notamment supprimé une clause de non-punissabilité en cas d’aide apportée à des migrants pour «motifs honorables». La vice-présidente des Verts suisses, Lisa Mazzone, a tenté d’obtenir un retour en arrière par le biais d’une initiative parlementaire, intitulée «En finir avec le délit de solidarité». Un texte balayé mercredi dernier par le Conseil national, avec le soutien décisif du PDC.

Son président, Gerhard Pfister, a expliqué que la législation actuelle permet déjà aux juges d’exempter de peine les quelque 1000 citoyens qui se voient condamnés chaque année pour infraction à l’article 116 de la loi sur les étrangers. Pour autant qu’ils fassent recours, avec les frais d’avocat que cela suppose.

* Prénom d'emprunt

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