Theresa May et son Brexit dur dérangent les partis en Suisse

Union européenne Didier Burkhalter plaide à nouveau pour un accord instituionnel avec l’UE. Vives critiques à droite.

A Davos, Didier Burkhalter a plaidé pour des relations encore plus étroites avec les Britanniques dès que le Brexit sera en vigueur.

A Davos, Didier Burkhalter a plaidé pour des relations encore plus étroites avec les Britanniques dès que le Brexit sera en vigueur. Image: Patrick Martin

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Quand la cheffe du gouvernement britannique Theresa May annonce qu’elle veut sortir complètement de l’UE, ça dépote. «Brexit doit signifier que nous contrôlons le nombre de personnes qui viennent au Royaume-Uni depuis l’Europe», a-t-elle martelé mardi. Elle a fait savoir qu’elle renonçait au marché intérieur de l’UE pour privilégier un accord de libre-échange. Mais pas à tout prix. «Il vaut mieux ne pas signer d’accord qu’en signer un mauvais», a-t-elle lancé bravache à l’Union européenne.

On est très loin du ton employé par le Conseil fédéral à l’égard de l’UE pour renégocier l’accord sur la libre circulation des personnes (LCP). Le gouvernement suisse avait commencé les discussions en se tortillant sur sa chaise. Il a répété que les accords bilatéraux étaient essentiels et qu’il serait «très difficile» de trouver un compromis. Et quand, après des années de surplace, il a brandi un plan unilatéral avec contingents et plafonds à la clé, il s’en est presque excusé. Il a fallu que le parlement reprenne le dossier à la dernière minute. Il a alors imposé, devant un Conseil fédéral muet, une solution qui privilégie la LCP au détriment du respect de l’initiative populaire sur l’immigration.

«May prend au sérieux la démocratie»

Comment est perçue la façon de négocier de Theresa May par rapport à celle du Conseil fédéral. Très positivement, que l’on soit à droite ou à gauche. Le conseiller national Roger Köppel, responsable du dossier européen pour l’UDC, est ravi. «Elle n’était pas personnellement favorable au Brexit. Mais elle prend au sérieux la démocratie et applique le mandat populaire. Tout le contraire du Conseil fédéral qui choisit la voie de la facilité, relativise le vote des Suisses et envoie des euroturbos négocier avec Bruxelles».

Le président du PDC apprécie la méthode May, même s’il nourrit quelques doutes sur les conséquences pour l’Irlande du Nord et l’Ecosse. «Le premier ministre entre en négociation avec l’UE avec une position maximale, quitte à faire des compromis ensuite. Le Conseil fédéral et le parlement n’ont pas eu ce courage en appliquant l’initiative sur l’immigration de masse.» Il estime de toute façon que la libre circulation des personnes sera remise en cause non seulement par les Britanniques mais au sein même de de l’UE. «On va vers des des limitations de la migration. Et ce sera favorable à la Suisse.»

«Loin des mensonges de l'UDC»

Et à gauche, fustige-t-on Theresa May pour sa volonté d’appliquer un Brexit dur? Pas le moins du monde. Le chef de groupe parlementaire PS, Roger Nordmann, trouve logique la position de la cheffe du Gouvernement britannique. «Contrairement au Conseil fédéral, elle n’a pas prétendu qu’on pouvait avoir le beurre et l’argent du beurre. Pour limiter l’immigration, elle sort du marché unique. On est ainsi loin des mensonges de l’UDC qui a fait croire à la population qu’on pouvait limiter la LCP tout en sauvegardant les Bilatérales. Le Brexit selon May conforte indirectement la position du parlement suisse qui, de son côté, a aussi fait un autre choix clair: la préservation des Bilatérales.»

La position de Burkhalter

La Suisse gouvernementale a réagi depuis Davos sur les conséquences du Brexit. Elle l’a fait par la voix de du conseiller fédéral PLR Didier Burkhalter, chef du Département des affaires étrangères. Dans le Tages Anzeiger, il affirme vouloir cultiver des relations plus étroites avec les Britanniques sans que ce soit interprété comme «une alliance contre l’UE». Il réaffirme sa volonté signer un accord institutionnel pour élargir l’accès de la Suisse au marché européen.

Un accord institutionnel avec l’UE? Là, la polémique reprend immédiatement. «Cela signifierait la destruction de la Suisse», lâche grandiloquent Roger Köppel. «Notre pays devrait reprendre automatiquement le droit européen. En cas de litige, il pourrait être sanctionné par la Cour européenne de justice». Et de déplorer que quatre conseillers fédéraux (Sommaruga, Berset, Burkhalter et Leuthard) sur sept soient acquis à cet accord institutionnel. «Ce dernier n’est pas toujours pas connu», s’amuse Gerhard Pfister. «Mais s’il donne du pouvoir à des juges étrangers sur le droit suisse, il n’aura aucune chance devant la population».

«Rouler des mécaniques»

Roger Nordmann, lui, est favorable à l’accord institutionnel pour solidifier nos relations avec l’UE. «La Suisse pourrait en échange demander un accès aux marchés financiers européens» . Mais il estime qu’il n’y a pas urgence à signer un tel accord. Il constate enfin que la Suisse, en restant à l’intérieur du marché européen, aura à l’avenir une position plus enviable que les Britanniques. «Elle obtiendra plus de l’UE qu’en roulant les mécaniques.» (TDG)

Créé: 18.01.2017, 18h42

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