Ce que la tempête Verte peut changer dans le pays

Conseil nationalDe Genève à Saint-Gall, les deux partis Verts engrangent plus de 20% des voix. Ils comptent bien mettre la question énergétique au cœur du débat. Mais les référendums rôderont

La présidente des Verts suisses, Regula Rytz (à dr.), et la conseillère nationale bernoise Natalie Imboden laissent éclater leur joie à l’annonce des résultats, dimanche à Berne

La présidente des Verts suisses, Regula Rytz (à dr.), et la conseillère nationale bernoise Natalie Imboden laissent éclater leur joie à l’annonce des résultats, dimanche à Berne Image: Keystone

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La vague verte annoncée depuis des mois a bien déferlé sur la Suisse. Mais elle a frappé bien plus fort qu’on ne le pensait de Genève à Saint-Gall, emportant sur son passage des sièges de partis traditionnels qu’on pensait indéboulonnables. Les Verts progressent de 5,9%, les Vert’libéraux de 3,3%. À eux deux, les partis écolos totalisent désormais plus de 20% des voix. C’est beaucoup.

Certains penseront que cette progression a un goût marin de déjà-vu. En 2007, les Verts avaient déjà cassé la baraque en frôlant la barre des 10% de voix. Ils avaient ensuite reflué en 2015, victimes d’une autre vague, celle de l’immigration, qui avait profité à l’UDC. Mais la tempête verte du jour est bien plus puissante. Pour la première fois, les Verts atteignent la barre des 13% et dépassent le PDC en pourcentage de voix. Un score canon qui aiguise leur appétit pour le Conseil fédéral (lire encadré).

Sensation à Neuchâtel

Tous les cantons ne sont pas frappés de la même manière par le raz de marée. À Genève, par exemple, il y a eu un véritable tsunami. Les Verts triplent leur représentation au National, deviennent premier parti du canton et placent leur candidate Lisa Mazzone en tête de la course aux États. Les Vert’libéraux, qui végétaient depuis des années, décrochent pour la première fois un siège. À Zurich, les deux partis Verts se hissent pour la première fois à la hauteur du PLR.

Faut-il voir dans cette vague verte le résultat du triomphe de l’écolo-bobo des villes? Ce serait un peu court. À Neuchâtel, Céline Vara crée la sensation en entrant au Conseil des États au détriment du PS. À Glaris, un trentenaire Vert (Mathias Zopfi) taille des croupières à un sénateur UDC. Et ce n’est pas fini. Les Verts pourraient compter jusqu’à six sièges au Conseil des États. Même dans le canton où la voiture est reine, à savoir le Tessin, les Verts réalisent une percée avec une élue prénommée… Greta (Gysin).

Un sommet sur le climat

La bouche ouverte à s’en décrocher la mâchoire, la présidente des Verts, Regula Rytz, accueille avec incrédulité et joie chaque pronostic qui tombe sur les écrans de télévision au café Volver à Berne. Elle est époustouflée par la force de la vague. Mais elle n’en perd pas le nord pour autant. Son parti demande «à toutes les forces politiques de participer à un sommet pour le climat, auquel seront aussi conviés des scientifiques, afin de définir ensemble une stratégie climatique urgente». Le but? «Une réduction rapide et ambitieuse des émissions de gaz à effet de serre.»

Lisa Mazzone, qui est sur son petit nuage en raison de «cette victoire historique des Verts», détaille les revendications. «La loi sur le CO2 doit être améliorée, notamment sur les transports et la place financière. Il nous faut sortir des énergies fossiles.» Est-ce à dire que l’introduction d’une taxe sur les billets d’avion et la hausse du prix de l’essence sont quasi chose faite? «Oui, mais nous voulons des taxes incitatives qui soient redistribuées à la population.»

Référendum sur les taxes?

Il ne faudrait pas croire que l’euphorie verte va gagner tout le monde. L’Union professionnelle suisse de l’automobile a d’ailleurs déjà donné de la voix. «Pour que notre économie reste performante, nous avons besoin que tous les systèmes et moyens de transport cohabitent, aussi bien la route que le rail, les transports publics que le trafic individuel», déclare son président central, Urs Wernli.

Oskar Freysinger, le chef de campagne de l’UDC, se fait encore plus clair en étant prêt à lancer un référendum sur les nouvelles taxes vertes. «Les vainqueurs du jour vont retomber sur terre ces quatre prochaines années. Quand la classe moyenne va s’apercevoir qu’on s’en prend à son porte-monnaie en taxant le carburant et en interdisant les chauffages à mazout, le climat politique va changer. D’autant plus que la migration et l’accord-cadre avec l’Union européenne vont revenir au premier plan.»

A Neuchâtel, c’est la vice-présidente du parti Céline Vara qui a été élue aux États

Isabelle Chevalley, conseillère nationale Vert’libérale, qui représente le second parti vainqueur du jour, estime que la poussée verte ne doit pas faire perdre le sens des réalités. «Si on charge trop le bateau, on risque une défaite en cas de référendum. Comme cela s’était passé dans le canton de Berne sur la nouvelle loi énergétique.» Elle soutient les taxes sur les billets d’avion, mais pas n’importe comment. «Il faut que les vols où existe une alternative rapide avec le train, comme pour Paris, soient les plus taxés. Au contraire, le vol Genève-New York devrait être taxé de 30 francs seulement.»

Va-t-on vers un affrontement UDC-Verts sur toutes les questions environnementales? Pas forcément. Oskar Freysinger se dit ouvert à la question de la diminution des pesticides dans l’agriculture. Il comprend aussi que l’électrosmog via la 5G puisse susciter des craintes.

La ronde des perdants

Comme lors de chaque élection, un débat sur la télévision publique a réuni dimanche soir les quatre présidents des partis gouvernementaux (UDC, PS, PLR et PDC). Cela s’appelle la ronde des éléphants. Mais face à l’ampleur de la vague verte, la présidente des Verts décroche une place sur la piste. Regula Rytz en profite pour faire de la publicité pour son sommet interpartis sur le climat. Écoute polie des éléphants, qui ont tous pris un coup sur la tête dimanche soir. Christian Levrat (PS) et Gerhard Pfister (PDC) expliquent leur recul par le fait de n’avoir pas eu la chance d’avoir le mot «vert» dans le nom de leur parti.

Créé: 20.10.2019, 22h59

Le grand marchandage commence autour d’un siège Vert au gouvernement

Les Verts suisses deviennent le quatrième parti du pays, juste devant le PDC, au Conseil national. Un résultat qui leur permet d’ouvrir le débat sur la répartition des sièges au gouvernement. «Ce résultat est le signe clair que les électeurs veulent du changement au parlement, mais aussi au Conseil fédéral», affirme la présidente des Verts, Regula Rytz. La Bernoise se garde bien d’attaquer frontalement un des ministres mais vise un siège PLR. «Il faut en parler. Après, tout le monde connaît les règles du jeu: ce sont les autres partis qui en décideront. Et le vrai problème, c’est ce qu’ont fait le PLR et le PDC l’an dernier en renouvelant chacun un siège au gouvernement. Aucun fauteuil n’est libre cette année.» Le débat va être nourri jusqu’au renouvellement du gouvernement, en décembre. Voici ce qu’en disent les partis gouvernementaux au soir des élections.

1. UDC: elle défend ses deux sièges

L’UDC, qui s’est battue pour reconquérir ses deux sièges au Conseil fédéral au nom d’une application mathématique de la formule magique, va-t-elle soutenir un Vert? «Vous n’aurez pas de réponse claire de ma part ce soir, répond Albert Rösti, son président. Il faut attendre les résultats finals.» Mais le Bernois ajoute: «La seule chose qui est sûre, c’est que l’UDC reste le parti le plus puissant du pays. Nous avons légitimement droit à nos deux fauteuils au Conseil fédéral.»

2. Parti socialiste: Il veut en parler

Sur le fond, le président du Parti socialiste suisse, Christian Levrat, se range du côté des Verts. «Pourquoi le PLR et l’UDC, qui n’ont plus de majorité au Conseil national ni au Conseil des États, auraient-ils une majorité au Conseil fédéral? La question va devoir se poser tôt ou tard», affirme le Fribourgeois. Mais plutôt tôt ou tard? «Est-ce que ça implique qu’on fasse une correction maintenant? Je ne suis pas certain», indique-t-il. Le PS pourrait être tenté de soutenir un Vert lors du prochain départ d’un ministre, qui devrait être celui du doyen du collège, l’UDC Ueli Maurer.

3. PLR: la stabilité prime

Le PLR, visé comme l’UDC par la fronde rouge-vert, garde la tête froide. La présidente du parti, Petra Gössi, rappelle que la Suisse et sa formule magique sont garantes d’une certaine «stabilité»: «Si un parti gagne une année, ce n’est pas encore un résultat stable. Et si un conseiller fédéral n’a pas fait d’erreur, je ne vois pas de raison de ne pas le réélire.» En résumé, pour la Schwytzoise il n’y a pas à discuter cette année de la composition du Conseil fédéral.

4. PDC: iI faut attendre

Le PDC pourrait trembler pour sa ministre Viola Amherd. Il n’en est rien. Il a bien compris qu’elle n’est pas visée. Le président du parti, Gerhard Pfister, se contente de constater: «Si les autres veulent prendre notre siège, ils ont une majorité pour cela. Mais je ne pense pas que ce soit bon pour le système politique suisse.» Pour le reste, il se positionne contre la non-réélection d’un sortant. Il se garde en revanche de dire si son parti serait prêt à élire un Vert au Conseil fédéral en cours de législature. «Il faut attendre. On ne connaît pas encore la composition définitive de l’Assemblée fédérale. C’est elle qui élit le gouvernement», évacue-t-il.

Lise Bailat à Berne

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