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La taxe sur le sucre ajouté contourne la Suisse

Des incitations financières sont mises en place dans plusieurs pays. Berne se concentre sur des mesures volontaires.

En Suisse, la consommation de sucre par habitant est passée de 3 à 39 kilos entre 1850 et 2014.
En Suisse, la consommation de sucre par habitant est passée de 3 à 39 kilos entre 1850 et 2014.
Reuters

C’est l’ennemi des experts en nutrition. En Suisse, la consommation de sucre par habitant est passée de 3 à 39 kilos entre 1850 et 2014. Ceci explique certainement cela: 42% de la population est en surpoids ou obèse. Pour contrer les maladies qui accompagnent cette évolution dans le monde entier, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) encourage à taxer les boissons sucrées. Plusieurs pays s’y sont mis. Mais en Suisse, la proposition d’imposer le sucre fait un bide.

La commission de la santé du Conseil des États s’est saisie la semaine dernière d’une initiative du Canton de Neuchâtel, préconisant une taxe sur les sucres ajoutés (sans préciser le produit visé). L’idée serait de financer la prévention avec cet argent. Résultat? La commission a proposé de ne pas donner suite au projet, par 9 voix contre 0 et 2 abstentions. Elle estime que cette mesure ne devra être examinée que si les efforts actuels ne sont pas efficaces. Berne mise sur une collaboration volontaire avec les producteurs et les distributeurs. Pour l’heure, une stratégie vise à réduire les quantités de sucre dans les céréales du petit-déjeuner et les yaourts; une autre à restreindre la publicité destinée aux enfants de moins de 12 ans, sous certaines conditions.

Douche froide

Pour ses partisans, le sort réservé à l’initiative neuchâteloise est une douche froide. «J’imaginais tout de même que cette proposition aurait un accueil plus positif et qu’on pourrait avoir une discussion sur le sujet», commente la conseillère nationale Laurence Fehlmann Rielle (PS/GE). Les mesures actuelles? «C’est comme si on proposait de lutter contre le tabagisme en limitant la nicotine contenue dans les cigarettes», s’exclame Laurent Kaufmann. Ce député Vert au Grand Conseil neuchâtelois est à l’origine de l’initiative. «Nous ne pouvons qu’encourager la collaboration qui a déjà été mise en place. Mais notre proposition complète cette mesure.»

Le traitement du diabète et de l’obésité représente de 5% à 20% des dépenses de santé dans la plupart des pays, précise Neuchâtel dans son argumentaire. Dans ce canton, des députés de droite ont soutenu le projet. Mais pas à Berne. En commission, même Hans Stöckli (PS/BE), coprésident de l’Intergroupe parlementaire maladies non transmissibles, s’est abstenu. «Avec la majorité actuelle au parlement, il est difficile de faire passer des projets liés à la prévention», admet-il. Le Biennois concentre ses efforts sur un autre dossier, l’interdiction de la publicité pour le tabac à l’encontre des jeunes.

Plus de trente pays

Si l’idée patine en Suisse, elle fait son chemin à l’étranger. Selon l’OMS, plus de trente pays ont introduit une taxe qui cible les boissons sucrées ou adopté une loi en ce sens. Parmi eux, la France, l’Afrique du Sud et la Grande-Bretagne. La proposition a même été soutenue dans une publication de l’institut de recherche de Credit Suisse. «Nous sommes en retard, et pas seulement concernant la réflexion sur l’imposition», commente Barbara Pfenniger, responsable Alimentation à la Fédération romande des consommateurs (FRC). Elle formule un autre reproche: «En Suisse, des informations nutritionnelles doivent figurer sur tous les produits. Mais, contrairement à ce qui se fait dans l’Union européenne, l’indication de la teneur en sucres et en acides gras saturés sont exclus de cette obligation.»

Information et prévention

Il faut dire que la résistance est forte. Si le conseiller national Raymond Clottu (UDC/NE) n’exclut pas un meilleur étiquetage des produits sur une base volontaire, il est opposé à une nouvelle taxe et brandit la responsabilité individuelle. «Le grand public est informé. L’obésité est un problème, mais la solution passe par la prévention. On doit rester libre de boire ce qu’on veut sans être sur­imposé. Nous le sommes déjà suffisamment.»

La Communauté d’intérêt du commerce de détail juge la proposition neuchâteloise «douteuse sur le plan sociopolitique» et «inopportune pour lutter contre les problèmes générés par l’abus de sucre». Une taxe entraînerait une distorsion du marché, avec le risque d’augmenter le tourisme d’achat dans les régions frontalières, conclut Ernest Daellenbach, secrétaire général de la Communauté de travail de la branche des boissons.

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