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IndeSyngenta accusé d'empoisonner des paysans

Quelque 800 travailleurs agricoles ont été intoxiqués en 2017 en utilisant des pesticides sur les champs de coton. L'un d'eux est fabriqué à Monthey (VS) par Syngenta.

Le mari de cette femme est mort d’intoxication après avoir épandu des pesticides dans un champ de coton.
Le mari de cette femme est mort d’intoxication après avoir épandu des pesticides dans un champ de coton.
Atul Loke / Panos Pictures

Un scandale éclabousse le géant bâlois de l'agrochimie Syngenta. En effet, un insecticide à large spectre, fabriqué sur le site de Monthey en Valais, est mis en cause dans l’intoxication de près de 800 agriculteurs dans l’État du Maharashtra en Inde, en 2017. Une cinquantaine d'entre eux sont décédés. Or, ce pesticide est interdit en Suisse depuis 2009 en raison de ses effets néfastes sur la santé et l’environnement, révèle mardi Public Eye, anciennement Déclaration de Berne), qui publie une enquête réalisée dans le district de Yavatmal.

L'association, qui oeuvre pour l'amélioration des relations politiques et économiques entre la Suisse et les pays en développement, a rencontré sur place des familles touchées par ces intoxications. Les témoignages font froid dans le dos, explique-t-elle dans son reportage: des centaines d’agriculteurs ont dû être hospitalisés après avoir épandu différents pesticides en grande quantité. Bon nombre d’entre eux ont temporairement perdu la vue. Et ceux qui sont décédés sont morts dans des conditions atroces. Les survivants souffrent souvent de graves séquelles, dénonce-t-elle.

Le Polo incriminé

Un produit a été particulièrement mis en cause par les autorités indiennes et les paysans: le «Polo». Il s'agit en fait du diafenthiuron, l’un des 40 pesticides de Syngenta classés comme «extrêmement dangereux» par le réseau international Pesticide Action Network. Cette substance est toxique en cas d’inhalation et peut occasionner des lésions d’organes en cas d’exposition prolongée ou répétée, selon l'Union européenne des produits chimiques.

Cet homme, intoxiqué, n'utilisera plus jamais le Polo de Syngenta.

Enquête ouverte pour «homicide volontaire»

L'Etat indien a ouvert une enquête en octobre 2017 contre Syngenta pour «homicide volontaire». Selon ses conclusions, les arbres à coton étaient bien plus hauts que d'habitude en raison de la météo cette année-là. Du coup, les paysans ont dû pulvériser les produits toxiques à hauteur de visage, ce qui aurait entraîné «une augmentation de la quantité inhalée. Les agriculteurs auraient en outre travaillé sans équipement de protection adéquat, avec un simple tissu sur la bouche. Mais le géant bâlois a nié que son insecticide était responsable des intoxications.

En vertu de la loi sur la transparence, Public Eye a pu, après des mois d’opposition de Syngenta, avoir accès à des chiffres sur les exportations de ce produit. Selon elle, le diafenthiuron a été produit à Monthey, puis exporté vers des pays du Sud. En 2017, 126,5 tonnes ont été exportées depuis la Suisse, dont 75 tonnes vers l’Inde. Et de nouveaux cas d’intoxication ont eu lieu en 2018 dans l’État du Maharashtra, souligne-t-elle.

Pour l'association, la Suisse doit désormais interdire ces exportations toxiques, comme le souligne une motion déposée en décembre 2017 par la conseillère nationale Lisa Mazzone (Les Verts/GE). Cosignée par 41 parlementaires de tous bords politiques, elle devrait être débattue au plus tard en 2019. Le texte demande que le Conseil fédéral change l'ordonnance relative à la Convention de Rotterdam sur les produits chimiques et interdise l'exportation des pesticides dont l'emploi est interdit en Suisse.

Initiative à voter bientôt

Pour rappel, une initiative populaire «Entreprises responsables - pour protéger l'être humain et l’environnement» a été déposée à Berne. Elle veut obliger les sociétés sises en Suisse à examiner régulièrement les conséquences de leur activité sur les droits de l'homme et de l'environnement. Elles devraient aussi étudier les mesures à prendre pour prévenir ou supprimer les atteintes éventuelles et rédiger des rapports sur le sujet.

Les entreprises manquant à ce devoir de diligence devraient répondre des dommages causés, y compris par les sociétés qu'elles contrôlent sans participer directement aux activités incriminées.

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