Suisse-UE: qui pour agir?

Dossier européenLes relations entre Berne et Bruxelles sont au point mort. Quatre Ministres sur les rangs pour tenter de sortir le dossier de l’impasse.

Après avoir annoncé les représailles de la Suisse, Doris Leuthard lance l'idée d'un vote de clarification sur la question européenne.

Après avoir annoncé les représailles de la Suisse, Doris Leuthard lance l'idée d'un vote de clarification sur la question européenne. Image: Keystone

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«Un vote de principe serait utile pour clarifier notre relation avec l’UE.» Dans une interview à SonntagsBlick, Doris Leuthard lance les prémices d’un grand scrutin sur l’Europe. Pour sortir de l’ornière, la présidente de la Confédération veut s’en remettre au peuple. «La voie bilatérale est importante et doit être développée. Il s’agit de savoir où l’on va.»

Cette proposition est le dernier épisode d’un feuilleton dont l’ampleur dramatique va crescendo. Jeudi, la Commission européenne limitait à un an la reconnaissance de l’équivalence de la Bourse suisse. Bruxelles mettait ainsi la pression sur Berne pour pousser à la conclusion rapide d’un accord institutionnel.

Une décision perçue comme une déclaration de guerre. Dans la foulée, le Conseil fédéral ripostait en annonçant vouloir supprimer le droit de timbre. Renoncer à cet impôt soulagerait la place financière suisse. Ueli Maurer, ministre des Finances, est chargé d’y réfléchir. Le gouvernement menaçait aussi de revoir le versement du milliard de cohésion.

Plusieurs journaux dominicaux décryptent cette escalade. Elle aurait trouvé son origine dans la volonté du Conseil fédéral de lier le milliard d’aide aux pays de l’Est européen à l’équivalence boursière. Une stratégie qui se serait ensuite retournée contre lui. L’autre problème viendrait du calendrier. Le Conseil fédéral ne souhaitait pas la signature d’un accord avant les prochaines élections de 2019. Bruxelles n’aurait que peu goûté à ces nouvelles tergiversations, d’autant plus qu’elle a déjà fort à faire avec les négociations du Brexit.

Secrétariat d’État pour l’UE

Dans la SonntagsZeitung et Le Matin Dimanche, le rôle d’Ignazio Cassis est également pointé du doigt. Traité «d’apprenti» par Christian Levrat, président du PS, le Tessinois est pressé de commencer à négocier. «Il doit montrer comment il entend résoudre les problèmes auxquels sont confrontés les marchés financiers», ajoute Gerhard Pfister, président du PDC.

Le nouveau ministre des Affaires étrangères ne reste toutefois pas les bras croisés. Il aimerait créer un Secrétariat des questions relevant de l’UE. Une façon de donner plus de poids à ce dossier, mais aussi de contourner la secrétaire d’État aux Affaires étrangères, Pascale Baeriswyl, dont le profil déplaît aux eurosceptiques du parlement. Le nom de Roberto Balzaretti est cité comme favori si ce poste est créé.

Une avancée que doit suivre Alain Berset de près. En tant que nouveau président de la Confédération, il devra lui aussi mettre la main à la pâte. Ou, pour reprendre l’expression de la NZZ am Sonntag, «tout recommencer à zéro».


Les conseillers fédéraux au cœur de la riposte helvétique

Leuthard la guerrière

Le 6 avril, c’est elle qui annonçait fièrement depuis Bruxelles que tous les dossiers encore gelés entre la Suisse et l’UE étaient débloqués. Le 23 novembre, c’est elle aussi qui annonçait à Berne avec Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, le bilan intermédiaire positif des discussions. Le retour de boomerang fut sévère le 21 décembre: c’est elle encore qui haussait le ton et menaçait l’UE de représailles après l’ultimatum posé sur l’équivalence de la Bourse suisse.

Celle qui espérait finir son année présidentielle sur une avancée cruciale sur le dossier européen se retrouve dans le rôle de général qui sonne la charge contre Bruxelles. Sa dernière idée d’un vote de principe sur les relations avec l’UE peine à convaincre. Bruxelles jouit d’une telle mauvaise presse en Suisse qu’on se demande comment un tel scrutin pourrait être gagné. Le moment choisi par la ministre PDC surprend lui aussi. Doris Leuthard quittera son habit de présidente de la Confédération au 1er janvier, et elle a déjà annoncé son intention de quitter le Conseil fédéral au plus tard à la fin de la législature. Son idée a tout d’un ballon d’essai dont l’utilité reste à confirmer.

Maurer le visionnaire

Quelques jours après la visite de Jean-Claude Juncker à Berne, Ueli Maurer lançait un pavé dans la mare. Sur la Radio alémanique, le ministre des Finances faisait part de son insatisfaction. Selon lui, le Conseil fédéral en attendait plus du président de la Commission européenne, notamment sur le thème des marchés financiers. Pour le Zurichois, le gouvernement avait lâché trop vite le milliard de cohésion. Obtenir comme monnaie d’échange la reconnaissance d’une équivalence pour les Bourses, c’était trop peu pour lui.

Ces déclarations – à la limite de la rupture de la collégialité – résonnent différemment aujourd’hui. On pourrait même les qualifier de visionnaires, compte tenu de l’évolution du dossier boursier. Le ministre UDC est désormais au cœur de la stratégie de riposte du Conseil fédéral. Son département est chargé de réfléchir à l’abolition du droit de timbre, une mesure prévue pour aider la place financière suisse à se défendre des attaques de l’UE. Cet impôt est dans le collimateur des partis bourgeois depuis des lustres. Maurer pourrait donc enfin concrétiser cette revendication et, ironie de l’histoire pour un ministre UDC, ce serait à cause ou grâce à l’UE.

Cassis l'intrépide

Difficile encore de lire la ligne européenne du nouveau ministre des Affaires étrangères. Pour le PS, Ignazio Cassis serait même le principal responsable de l’escalade survenue ces dernières semaines, lui qui aurait refusé d’assumer publiquement le milliard de cohésion pour ce qu’il est, à savoir un geste autonome de la Suisse. L’homme qui a promis une remise à zéro du dossier européen pensait-il que les relations entre Berne et Bruxelles allaient s’aggraver à ce point? C’est un «reset», mais pas vraiment dans la direction attendue, tacle d’ailleurs la NZZ am Sonntag dans sa dernière édition.

Le Tessinois apparaît d’ores et déjà comme un ministre qui n’a pas la langue dans sa poche, comme en témoignent ses dernières déclarations fermes et franches lors de sa visite à Paris. Il propose désormais au Conseil fédéral la création d’un secrétariat dédié aux questions européennes. Son idée convaincra-t-elle le collège? La question est ouverte, tout comme celle de la personnalité qui pourrait prendre sa tête. L’UDC, qui place de grands espoirs dans le nouvel homme fort du DFAE qu’elle a contribué à faire élire, l’a déjà appelé à remplacer les diplomates trop europhiles de son département.

Berset le challenger

Il aurait pu aller récolter à Bruxelles les fruits du travail de négociation de Doris Leuthard, et revenir à Berne avec un accord-cadre; il devra au contraire reprendre un dossier bien plus compliqué encore qu’à l’époque où l’Argovienne s’en était saisie. Selon le tournus institutionnel, c’est Alain Berset qui présidera la Confédération l’an prochain. C’est donc à lui que reviendra aussi le rôle de négocier avec Bruxelles, lorsque les rencontres se feront au sommet. Ceux qui connaissent le Fribourgeois savent que les Affaires étrangères le passionnent, lui que d’aucuns évoquaient pour reprendre la tête du DFAE.

Le conseiller fédéral aura une année pour confronter ses attentes à la réalité diplomatique. Une nouvelle tête, c’est l’occasion d’aborder les questions avec un style différent, mais c’est aussi le risque de devoir recommencer à zéro un long travail de conviction et de confiance, dans un domaine où les contacts personnels sont essentiels. Alain Berset devra dans un premier temps défendre la posture ferme et dure du Conseil fédéral à l’égard de Bruxelles. Un comble pour celui qui est issu du parti le plus europhile du pays. (TDG)

Créé: 27.12.2017, 08h28

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