Pascal Jaussi: «C’est dur. J’ai mal. Mais je vais continuer à me battre»

TémoignageSauvagement agressé, le patron de Swiss Space Systems (S3) se remet de ses blessures.

Hospitalisé depuis une dizaine de jours, Pascal Jaussi se remet lentement. «Je ne sais pas combien de temps je vais rester là ni si je vais subir des greffes…», dit-il.

Hospitalisé depuis une dizaine de jours, Pascal Jaussi se remet lentement. «Je ne sais pas combien de temps je vais rester là ni si je vais subir des greffes…», dit-il. Image: Jean-Paul Guinnard

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La voix est essoufflée, entrecoupée de spasmes douloureux. En arrière-fond, on entend l’agitation d’une salle de soins: bips sonores d’appareils électroniques, bruits d’ustensiles et d’instruments en acier médical qui s’entrechoquent. Au téléphone, Pascal Jaussi parle par petites phrases. «C’est dur. J’ai mal. Mais je vais continuer à me battre», dit-il d’emblée. Tenu au secret par l’enquête, il ne peut rien dévoiler de ce qui lui est arrivé le vendredi 26 août quand il est battu, arrosé de liquide inflammable et brûlé dans une forêt d’Aumont (FR) par deux inconnus (lire ici).

«Je me remets lentement. Je ne sais pas combien de temps je vais rester là ni si je vais devoir subir des greffes…» dit-il. Si l’esprit est rendu cotonneux par les médicaments et la douleur, le propos est clair. «Il y a des hauts et des bas, souffle-t-il. Je pense à mes proches, à leur sécurité. Et aussi à tous ceux qui pensent à moi. Je reçois énormément de messages de soutien, ça fait du bien. J’aimerais dire merci à tous ceux qui me soutiennent. Je veux aussi les rassurer: je vais me remettre et je vais revenir aux affaires.» Meurtri, le patron de Swiss Space Systems (S3) reste combatif.

«C’est un génie»

Ce brillant ingénieur de 40 ans se savait menacé depuis plusieurs mois pour des «enjeux industriels». Qui a bien pu le tabasser et le laisser pour mort les habits en feu? Dix jours après ce drame qui a secoué toute une région, le flou demeure. Le Ministère public fribourgeois a confirmé, mardi après-midi, l’ouverture d’une instruction pour incendie intentionnel, lésions corporelles graves et contrainte, considérant a priori qu’il ne s’agit pas d’une automutilation. Inauguré en 2013 à Payerne, S3 cherche à «démocratiser l’espace» avec des navettes réutilisables à bas coûts capables de lancer des satellites.

«Pascal est un génie de l’aéronautique, un visionnaire! dit un investisseur de S3. Mais c’est un monde où les enjeux financiers et juridiques sont énormes. Tout se chiffre en dizaines millions de dollars. Vous traitez avec de nombreux pays et des sociétés plus ou moins proches des gouvernements. La pression est énorme c’est un domaine hautement stratégique.»

Business de l’espace

Certaines sources parlent de tentatives de détournement militaire des navettes de S3. D’autres évoquent des problèmes financiers ou des luttes de concurrence, le business de l’espace est convoité par des dizaines de sociétés privées.

L’astronaute suisse Claude Nicollier, membre du comité d’experts de S3, est atterré par cette agression. «Le concept de lancement de petits satellites (250 kilos) de S3 est bien avancé, Pascal est très près d’aboutir dans ce domaine, dit-il. A plus long terme, il vise le vol suborbital habité. Et là, la concurrence est très forte. Mais jamais elle ne se manifeste de façon aussi barbare.»

(TDG)

Créé: 07.09.2016, 07h50

Un montage complexe

Rarement une start-up n’aura nourri de sentiments aussi ambivalents dans la Broye. Swiss Space Systems fascine autant qu’elle intrigue. Inaugurée à Payerne en mars 2013 devant les médias de tout le pays, S3 veut révolutionner le lancement de petits satellites avec des navettes réutilisables montées sur le dos d’un Airbus. S3 n’invente rien, mais assemble des éléments déjà existants pour créer ses navettes. Ce projet ambitieux réjouit les autorités locales et cantonales. Les partenaires prestigieux affluent de toute l’Europe. L’entreprise compte plus de 80 salariés.

En 2015, S3 rompt sa relation avec un gros partenaire. Sa santé financière se péjore, son entrée en bourse est repoussée. Jusqu’à la fin du mois de septembre, S3 est au bénéfice d’un ajournement de faillite. «C’est une sorte de protection de l’entreprise. Nous avons demandé cette mesure pour éviter qu’un créancier ne mette tout en péril», explique un investisseur. Pour obtenir cette protection, S3 a dû convaincre un juge que sa situation financière était sur point de s’améliorer. Fin septembre, la mesure pourra être levée, ce qui mettrait S3 en position vulnérable, ou alors l’ajournement sera prolongé ce qui lui offrira un nouveau répit.

Il y a quelques mois S3 Solutions, l’une des filiales de la holding, a reçu une bouffée d’oxygène avec l’apport de 29 millions de francs venu de Singapour. S3 Solutions s’apprête à lancer des activités de vols en gravité zéro grand public à bord d’un Airbus. Cette activité doit injecter de l’argent frais dans la holding et relancer tout S3.

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