Le parler des Romands déborde largement sur la France voisine

LangueL’enquête sur le français parlé a eu un grand succès et brise quelques idées reçues. Un second sondage est lancé.

Il existe au moins cinq autres noms pour parler de la «doucette».

Il existe au moins cinq autres noms pour parler de la «doucette». Image: Sébastien Anex Archives

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«On a été déçu en bien.» Federica Diémoz n’a pas résisté au charme de l’expression pour présenter le premier bilan du sondage en ligne sur les usages du français parlé en Suisse romande et en France voisine. En cinq mois, près de 10 000 personnes y ont participé, dont environ un cinquième au-delà de nos frontières.

«Nous avons été impressionnés par l’engagement des participants», explique Federica Diémoz, cheffe du projet et directrice du Centre de dialectologie de l’Université de Neuchâtel. Nombre d’entre eux se sont fendus de commentaires sur l’enquête et leur vocabulaire. «Nous avons reçu aussi beaucoup de lettres de personnes âgées, avec des listes de mots», ajoute la chercheuse.

Les premiers résultats du sondage permettent de combler des lacunes. En effet, les études menées dans les années 1970 à 1980 concluaient sur le regret de ne pas savoir où certaines expressions typiques étaient utilisées.

De faux helvétismes

Ainsi, l’emploi d’«adieu» (pour «au revoir») n’est pas, comme on le croyait, un régionalisme typiquement romand. «On le retrouve aussi dans les Pyrénées», explique Mathieu Avanzi, chercheur aux Universités de Zurich et de Genève. De même, l’emploi du passé surcomposé – comme dans «il a eu fumé» – est aussi attesté dans le sud de la France. Enfin, «avoir meilleur temps» est également employé dans le Doubs.

A propos de ces expressions, les chercheurs ont reçu des centaines de témoignages tels que «ma grand-mère le dit, mais pas moi» ou «je l’ai déjà entendu mais je ne le dis pas car ce n’est pas du bon français». Ou encore «c’est les Vaudois (ou les Fribourgeois) qui parlent comme ça».

Des nouveautés

Les régionalismes sont souvent attribués à des phénomènes de maintien d’anciens vocables. C’est le cas par exemple du «dîner» pour le repas de midi. Mais d’autres termes sont plutôt récents, comme la «doucette» (pour laquelle il existe au moins cinq autres noms) ou la «ramassoire» («pelle-à-cheni» pour les Jurassiens). Il en va de même du fameux «déçu en bien», souvent attribué aux Vaudois, qui est utilisé en réalité dans toute la Suisse romande.

De vrais germanismes

On a souvent considéré que le parler romand était marqué par la Suisse alémanique. C’est le cas, par exemple, de «pouvoir» dans le sens d’«oser», que l’on trouve surtout à Neuchâtel et dans le Jura, cantons qui ont été dominés par le passé par la Prusse et Berne, respectivement. Par contre, l’inversion comme dans «j’ai personne vu» est usitée aussi bien en Suisse romande qu’en Savoie. «On observe là l’influence du franco-provençal au travers des patois», indique Federica Diémoz.

L’âge et le sexe

Les chercheurs ont aussi analysé les expressions selon l’âge et le sexe des sondés. «J’ai personne vu» ou «il est venu grand» sont plutôt utilisés par des hommes d’un certain âge alors qu’une telle corrélation ne se retrouve pas pour «bonnard», par exemple.

Les chercheurs ont encore un matériel abondant à étudier. «L’une des difficultés sera d’établir des catégories socioprofessionnelles, sans tomber dans les clichés», explique Mathieu Avanzi. Mais, afin de tenir compte des suggestions des internautes et pour étendre le champ de l’enquête, un nouveau sondage est mis en ligne dès maintenant.

Nouvelle enquête en ligne //francaisdenosregions.com/2015/09/07/211/ (TDG)

Créé: 03.11.2015, 21h47

Ecartelés entre le français correct et les parlers locaux

Valdôtaine d’origine, Federica Diémoz est arrivée à Neuchâtel il y a 18 ans. «J’ai été impressionnée, presque choquée, de voir que les gens recouraient tout le temps au dictionnaire. Dans un certain contexte, il y a un poids de la norme et une volonté de parler un français correct. En même temps, les gens sont fiers de leurs parlers locaux.»

L’intérêt de cette première enquête est d’étudier à large échelle des tournures qui ne l’avaient jamais été, de constater la vitalité de certaines expressions et aussi l’utilisation géographique et socioprofessionnelle de nouveautés. «Nous nous inscrivons dans la continuité de travaux menés il y a 35-40 ans, sur la base de documents écrits, de coupures de presse, indique la chercheuse. Aujourd’hui, il convient cependant d’observer une distance, car on reste dans ce que les gens disent utiliser.»

Mathias Avanzi, qui est Savoyard, souligne la nouveauté des questions portant sur la prononciation: «Jusqu’à présent, ce type de recherche était mené sur des échantillons très réduits.»

Au final, l’ambition des chercheurs est aussi de diffuser les résultats des deux enquêtes. En ligne, mais aussi, si un financement est trouvé, dans de petites brochures reproduisant les cartes.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

L'affaire Maudet inquiète jusqu'à Berne
Plus...