Meurtre de Morges: «Le procès nous permettra de tourner la page, enfin»

Affaire AshleighA une semaine du procès du coupable présumé du meurtre de leur cadette, les parents d’Ashleigh, tuée à Morges en octobre 2014, se confient.

Le drame s'est produit dans l'appartement de la jeune femme, à la Grand-Rue, à Morges.

Le drame s'est produit dans l'appartement de la jeune femme, à la Grand-Rue, à Morges. Image: DR

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Le fixer, droit dans les yeux. L’écouter expliquer son geste. L’entendre dire pourquoi leur fille leur a été brusquement enlevée. Le regard meurtri mais dignes, Roland et Sheelag Jenny, les parents d’Ashleigh, cette jeune femme de 25 ans tuée par son compagnon en octobre 2014 au cœur de Morges, espèrent que le procès du meurtrier présumé de leur cadette les délivrera tant soit peu de leur infini chagrin.

«Cela nous permettra de tourner la page, enfin», lâche la maman dans un souffle. A quelques jours de l’audience, fixée au 21 avril, ils ont ressenti le besoin de témoigner. De raconter leur drame. «Pour que la disparition de notre fille ne reste pas dans les esprits comme un banal fait divers.»

De la rage à la lucidité

L’échéance, aussi redoutée qu’attendue, approche à grands pas. Dans une semaine, ce couple soudé sera confronté à celui qui a pris la vie de leur fille chérie en cette sordide soirée du 28 octobre 2014 (lire ci-contre). «Je ne ressens rien vis-à-vis de lui. J’aimerais pouvoir être en colère, mais je n’en suis pas encore là, confie la mère d’Ashleigh, touillant frénétiquement son café. J’ai consulté un psy pour me faire aider, mais il y a comme une carapace dans ma tête.»

Moins introverti, son mari a d’abord laissé exploser sa rage. Puis, au fil des mois, ce sentiment vorace a laissé place à la lucidité. «Aujourd’hui, j’ai dépassé le stade de la colère malsaine, de la rancœur. Mais le pardon n’est pas envisageable. Jamais.» Le prévenu leur a bien envoyé une lettre d’excuses assortie d’une proposition d’indemnités, par le biais de son avocat, Me Gilles Monnier. Dans son for intérieur, le père de la jeune femme ne croit pas à ce repentir. «A mon avis, c’était une stratégie en vue de son procès. J’imagine qu’il nous demandera pardon, à l’audience. Mais je doute qu’il soit sincère.»

«Je ne ressens rien vis-à-vis de lui. J’aimerais pouvoir être en colère, mais je n’en suis pas encore là»

Restent les questions. Lancinantes, elles taraudent le couple depuis une année et demie. «Comment cet homme, avec qui je suis allé boire un verre ce soir-là pour tenter de calmer le jeu, a-t-il pu déraper à ce point? Lors de notre discussion, il était calme. Pourquoi s’est-il emporté en si peu de temps?» s’interroge Roland Jenny. Selon l’acte d’accusation, l’homme avait déjà agressé Ashleigh, alors qu’elle lui avait annoncé son intention de mettre fin à leur relation, peu avant le drame. Ce jour-là, il la plaque contre un mur et lui serre la gorge. Il n’en était pas à son premier geste brutal: trois de ses anciennes amies ont elles aussi subi ses accès de fureur.

Rongés par la culpabilité

A défaut de panser leurs plaies, les explications atténueront peut-être le sentiment de culpabilité qui ronge Roland et Sheelag Jenny depuis plus d’une année. «Au début, j’ai repassé cette soirée en boucle dans ma tête, je me demandais sans cesse ce que j’aurais dû faire, ce que j’aurais pu faire. Je me reprochais de ne pas avoir assez insisté pour qu’elle rentre avec moi à la maison, raconte le papa, les bras croisés. Par la suite, j’ai fait un effort sur moi-même pour me poser le moins de questions possible. Malgré tout, on se sent toujours coupable de ne pas avoir prévu l’imprévisible.» Le regard dans le vague, la maman ajoute: «Il y a toujours ce petit mot: si. Si on avait agi de telle manière, est-ce que…?»

«On se sent toujours coupable de ne pas avoir prévu l’imprévisible»

Ce sentiment de culpabilité, accablant. La douleur, insoutenable. L’absence. Ce tourbillon d’émotions a chamboulé toute la vie de ce couple modeste, simple. «Ce drame a eu une incidence sur nos deux vies, reprend Roland Jenny. A cette époque, j’avais fait un burn-out et j’avais quitté mon emploi. Juste avant la mort de ma fille, j’étais prêt à reprendre une activité professionnelle, mais je n’ai pas réussi.» Malgré les larmes, le choc, les coups de blues, le couple est resté uni dans l’épreuve. «Cette tragédie aurait pu détruire notre mariage, mais elle a renforcé nos liens. On le devait à notre fille, car elle était très fière que ses deux «vieux croûtons» soient encore mariés, alors que les parents de ses amis étaient divorcés», confie-t-il, esquissant un sourire.

Espoir de justice

Le souvenir d’Ashleigh, jeune femme pleine de vie, les accompagne à chaque instant. «Notre fille a eu des passages à vide, mais elle venait de reprendre des études. Elle avait pris un nouveau départ, était épanouie. Et c’est à ce moment-là qu’elle est partie», relate le papa. Les yeux baignés de larmes, sa maman est hantée par l’image de sa fille. «Quand je vois une jeune femme qui lui ressemble, ça me fait un choc.»

«Mon objectif est que le tribunal reconnaisse ce que mes clients ont traversé»

Aujourd’hui, les parents d’Ashleigh espèrent. Que justice sera rendue. Que leur détresse sera reconnue. «Ce qu’on attend, c’est une condamnation juste, à la mesure de la douleur que nous avons ressentie», insiste Roland Jenny. Joint par téléphone, leur avocat, Me Patrick Mangold, ne souhaite pas s’exprimer avant la tenue des débats. «J’espère juste que le comportement de ce monsieur (ndlr: le prévenu) sera correct. Mon objectif est que le tribunal reconnaisse ce que mes clients ont traversé.»

Créé: 14.04.2016, 08h09

Les parents d'Ashleigh ont accepté la publication de sa photo. (Image: DR)

Un drame au coeur de Morges

La tragédie s’est déroulée au cœur de Morges. Ce soir d’octobre 2014, une violente querelle de couple sur fond de jalousie vire au cauchemar. Ashleigh, 25 ans, meurt étranglée par son ami, un cuisinier d’origine mauricienne, qu’elle fréquentait depuis six mois et qu’elle venait tout juste de quitter. L’homme de 31 ans passe la nuit aux côtés de sa victime, puis s’enfuit par la fenêtre au petit matin. Il jette alors le portable de la jeune femme dans le lac.

Comment un tel drame a-t-il pu se nouer Ce soir-là, Ashleigh et le prévenu auraient eu une vive altercation dans un restaurant des hauts de Morges. Vers 22 heures, la jeune femme téléphone à son père. Celui-ci accourt et tente de convaincre sa cadette de rentrer au domicile familial. Elle refuse. Inquiet, il campe au bas de l’immeuble, où il croise le suspect. Les deux hommes vont boire un verre ensemble pour apaiser la situation. Peine perdue, l’arrivée d’Ashleigh dans le bar provoque une nouvelle dispute. Le jeune homme, connu pour sa jalousie maladive et son penchant pour l’alcool, s’en va, tandis que le papa raccompagne sa fille chez elle, à la Grand-Rue. Là, il lui fait jurer de ne pas laisser entrer son ami. Entre 0 h 25 et 1 h 29, le prévenu se rend au domicile de la jeune femme. Malgré la Mise en garde de son père, elle lui ouvre sa porte.

Le lendemain matin, Roland Jenny retourne frapper à la porte et entend un murmure. Une voix, qu’il croit être celle de sa fille, ordonne au chien, Roxy, de se taire. Pensant que sa fille lui a désobéi et qu’elle refuse de lui ouvrir, il rentre chez lui. Il n’apprendra que quelques jours plus tard qu’Ashleigh était décédée dans la nuit. Et que la voix qu’il avait entendue était celle de son meurtrier présumé. Le corps de la jeune femme ne sera découvert que le 4 novembre.

Rapidement, l’enquête se tourne vers son compagnon, qui avait repris son activité professionnelle. L’homme est arrêté le 21 novembre et reconnaît son crime. Ecroué depuis, il comparaîtra pour meurtre, d’après l’acte d’accusation.

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