Lucas Bessard transforme le frêne en plaisir de glisse

ArtisanatC’est dans l’atelier de son père, à L’Isle, que le Vaudois façonne artisanalement des skis en bois sur mesure.

Lucas Bessard crée ses modèles dans le garage de son père transformé en atelier, à côté de la laiterie, à L’Isle.

Lucas Bessard crée ses modèles dans le garage de son père transformé en atelier, à côté de la laiterie, à L’Isle. Image: ODILE MEYLAN

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Un mélange d’effluves de lait et de bois flotte dans la cour de la laiterie du petit village de L’Isle. À gauche, le garage converti en atelier dans lequel des planches de frêne sont transformées en skis. À droite, la bâtisse où sont fabriqués les fromages.

Chez les Bessard, on respecte avant tout la matière première locale. Le fils, Lucas, 27 ans, aurait pu suivre les traces de son papa François en devenant fromager. Il y a longuement réfléchi – il lui donne encore régulièrement des coups de main – mais il s’est choisi un autre avenir, un projet un peu fou qui aurait aussi fait rêver secrètement son père dans sa jeunesse: imaginer des skis sur mesure en bois, «cette matière vivante à l’énergie particulière».

L'amour du bois

Son diplôme d’ingénieur agroalimentaire en poche, le mordu de ski et de freeride part voyager autour du monde durant quatre mois, cherche du travail dans son domaine, seconde son père et se lance lors d’une après-midi de libre dans la création de sa première paire de skis. «Elle n’était pas très convaincante.» Le jeune homme veut combiner esthétique et utilité. Il fabrique en parallèle des savons, brasse de la bière, mais revient toujours au bois. «Je voulais simplement une paire unique, un modèle très large, impossible à trouver dans le commerce.»

Il se remet à l’ouvrage, se renseigne sur Internet et réussit à produire des lattes fonctionnelles avec les outils à disposition dans l’atelier de son père. En terrien attaché à sa région, il privilégie du bois local, le frêne. «Si je pouvais aller chercher mon tronc directement dans la forêt je le ferais, mais c’est compliqué, dit-il en rigolant. C’est l’essence qu’on utilisait déjà à l’époque pour concevoir les skis car elle possède d’excellentes propriétés mécaniques.» Dans la même logique, il baptise sa petite entreprise Woodspirit (l’esprit du bois).

L’aventure démarre vraiment l’année dernière. Ses copains testent ses premiers modèles. Il lance un concours sur Facebook pour se faire connaître et propose de gagner une paire de lattes. La magie des réseaux sociaux opère et lui amène ses premières commandes. «Les gens que je croisais lors de mes sorties en ski de randonnée me posaient beaucoup de questions et je voyais souvent des étincelles dans leurs yeux quand je leur disais que tout était fait à la main.» Ses premiers clients sont d’ailleurs des adeptes du télémark. «Ils partagent comme moi cet esprit nature et cette envie de retour aux sources.»

Modèles personnalisables

Pour convaincre les futurs acheteurs que ses lattes glissent aussi bien que les modèles industriels, il organise des skis tests en station. Il tente aussi de s’associer avec des skieurs dont il respecte la philosophie, et contacte le freerider et réalisateur valaisan Nicolas Falquet. Après une première rencontre en août, les deux hommes décident de s’associer. Nicolas Falquet quitte sa marque pour skier avec une paire signée Lucas Bessard. «Nous partageons le même état d’esprit. Il fait du vrai travail d’artisanat, explique le freerider-réalisateur. Les meilleurs skis aujourd’hui en compétition ont tous un noyau en bois. La différence ici est que les modèles Woodspirit sont entièrement faits de cette matière. J’ai à mes pieds un produit sur mesure. Il est aussi bon qu’un ski industriel, mais il possède ce petit côté sentimental en plus. La seule interrogation que nous avons encore est de savoir comment ces skis vont vieillir. Nous n’avons pas encore assez de recul.»

Lucas Bessard a déjà vendu une quarantaine de paires l’année dernière. Il y consacre pour chacune d’elles entre 20 et 30 heures. Grâce au succès d’un récent crowdfunding, l’artisan va pouvoir migrer dans un local plus grand et compléter ses outils de fabrication. Pour chaque client, il prend le temps d’échanger longuement afin d’adapter le ski aux critères demandés. Il propose aujourd’hui cinq modèles de base personnalisables à partir de 1600 fr.

Quand il s’attaque aux dessins en marqueterie qui habillent la couche supérieure de ses skis, il libère toute sa créativité. Et ne se départit jamais d’une pointe d’humour. «Des clients me disent que mes skis ne font pas le même bruit sur la neige que les autres modèles. Je leur réponds que c’est le chant du bois.» Et sa signature, un simple «hihihi», caché sur le côté de la latte, résume à lui tout seul son état d’esprit. (TDG)

Créé: 11.11.2017, 13h40

Infos pratiques

www.woodspirit.swiss

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