«Une fraction de seconde pour décider si l’on fait feu»

Fusillade à BexLe policier qui a abattu dimanche un Congolais de 27 ans a-t-il suivi la procédure? L’enquête le dira. Rappel des principes enseignés aux aspirants.

L’enquête se poursuit pour déterminer les circonstances qui ont amené un agent de police à ouvrir le feu dans ce bâtiment de Bex, dimanche.

L’enquête se poursuit pour déterminer les circonstances qui ont amené un agent de police à ouvrir le feu dans ce bâtiment de Bex, dimanche. Image: Chantal Dervey

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Deux jours après le drame, le caporal de la Police du Chablais (EPOC) qui a fait feu dimanche soir sur un forcené dans un immeuble de Bex fait l’objet d’un procès virtuel sur les réseaux sociaux. Les échanges sont vifs: «Une balle dans une jambe, l’homme tombe à terre, basta»; «Mettez vous a la place du policier, quand un homme fonce sur vous avec un couteau de cuisine… pas le temps de réfléchir»; «Un coup de feu pour arrêter un forcené, je comprends, mais deux ou trois c’est pour tuer»; «Ils n’ont pas de taser, la police?»

Loin du débat de bistrot, l’enquête menée par la police cantonale vaudoise se poursuit pour déterminer les circonstances qui ont conduit au décès d’un père de famille congolais de 27 ans ( notre édition d’hier ). L’homme se serait rué, couteau de cuisine à la main, sur les agents de l’EPOC. L’un d’eux a riposté, blessant mortellement son agresseur.

Porte-parole de la police cantonale, Jean-Christophe Sauterel reste peu disert sur les premiers éléments de l’enquête, attendant notamment que «toutes les auditions aient eu lieu, que les investigations techniques et scientifiques soient terminées et que le rapport d’autopsie soit rendu». Une certitude à ce stade: dans tous les cas, «l’arme est l’ultime recours. Le policier ne fait feu que s’il est prêt à assumer le fait que son geste puisse grièvement blesser, voire tuer», décrit Jean-Christophe Sauterel.

Trois cas de force majeure

Selon la loi, seules trois situations peuvent amener un policier à faire usage de son arme, explique le porte-parole: «La légitime défense, l’état de nécessité – soit le cas où un tiers est menacé – et, extrêmement rarement, le cas où la mission l’exige – par exemple si l’on pourchasse un meurtrier multirécidiviste représentant un danger pour la population qui essaie de se soustraire à son arrestation.»

À Bex, c’est vraisemblablement le premier scénario qui se dégage. Selon la police cantonale, les hommes de l’EPOC auraient lancé la sommation «stop police» avant de faire feu. Suffisant? «D’une manière générale, le policier a une fraction de seconde pour décider s’il doit se servir de son arme ou non, poursuit Jean-Christophe Sauterel. La justice devra déterminer s’il a fait le bon choix en considérant le cadre légal et la situation spécifique dans laquelle était impliqué l’auteur du tir. L’enquête devra aussi éclaircir les circonstances dans lesquelles le décès est survenu, mais aussi les antécédents de la victime et les procédures appliquées par les policiers qui sont intervenus à Bex.»

Lundi, le communiqué des autorités indiquait que le «caporal de la Police du Chablais a tiré à plusieurs reprises en direction de l’agresseur». Jean-Christophe Sauterel ne révèle pas le nombre exact de balles tirées. Faut-il parler d’acharnement? Selon un officier de police qui s’exprime anonymement, tous les aspirants sont formés à ces «tirs réflexe». «Le recours à l’arme à feu a pour but de neutraliser. A cette distance et à cette vitesse-là, on n’a pas le temps de viser consciencieusement. Le policier en cravate qui dégaine et atteint son agresseur au gros orteil pour l’arrêter, ça n’existe qu’au cinéma. On apprend à diriger l’arme en direction du thorax et à doubler les coups.»

Entraînés à Savatan

A Savatan, une banque, une discothèque ou encore un appartement ont été reconstitués pour entraîner les aspirants en conditions quasi-réelles d’intervention. Contacté, le service presse de l’académie ne s’exprime pas sur la formation de base qu’elle dispense ni sur les règles à appliquer face à ce genre de situation, tant que l’enquête est en cours.

Et l’utilisation d’un taser au lieu d’un pistolet? Aurait-elle permis d’éviter le drame? «Sans me prononcer sur ce cas précis, le débat a déjà eu lieu au sein de la Conférence des commandants des Polices cantonales de Suisse qui a émis des directives, répond Jean-Christophe Sauterel. Cette arme non létale n’équipe que les groupes d’intervention en Suisse, comme le DARD dans le canton de Vaud. Mais peut-être que la question se reposera à nouveau un jour.» (TDG)

Créé: 08.11.2016, 17h36

Soutien à la famille de l’homme abattu


Jean-Christophe Sauterel, Porte-parole de la police cantonale

Qu’est-ce qui a conduit ce jeune père de famille de 27 ans à perdre pied au point d’aller forcer la porte de son voisin à l’étage supérieur, couteau à la main, dimanche soir? Pour l’heure, la police cantonale n’a livré aucun nouvel élément qui permette de mieux comprendre les circonstances du drame.

Une voisine faisait état lundi d’une première altercation dans l’immeuble, samedi soir déjà. Une version que la police ne confirme pas: «A ce stade, la seule certitude que nous avons est qu’aucune patrouille de police n’est intervenue là samedi», précise Jean-Christophe Sauterel.

Ce voisin, un Congolais de 27 ans au bénéfice d’un permis C que les autres habitants décrivent comme «poli et discret», avait-il déjà eu maille à partir avec les autorités? L’enquête cherche encore à déterminer les antécédents de cet homme. Une information semble se confirmer: un seul des cinq policiers présents sur place aurait fait usage de son arme.

Pour l’heure, la police cantonale offre son soutien à la famille du défunt. «Nous sommes en contact quotidien avec eux», ajoute Jean-Christophe Sauterel.

L’enquête se poursuit pour déterminer les circonstances qui ont amené un agent de police à ouvrir le feu dans ce bâtiment de Bex, dimanche.

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