Des étudiants offriront un écrin à une relique sacrée

Saint-Maurice (VS)Une haute école genevoise va créer un reliquaire pour l’abbaye. Il abritera une étoffe censée venir du manteau de Saint Louis.

Jessica Lambert et Mario Lemos ont chacun dessiné un reliquaire pour l’abbaye de Saint-Maurice.

Jessica Lambert et Mario Lemos ont chacun dessiné un reliquaire pour l’abbaye de Saint-Maurice. Image: VANESSA CARDOSO

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L’événement est rare. Le 1er novembre, une nouvelle relique fera son entrée au trésor de l’Abbaye de Saint-Maurice: un petit fragment textile provenant du manteau «dit de Saint Louis». L’objet a été offert en 2015 au monastère par une fervente catholique valaisanne. «Elle tenait à ce que cette relique retourne dans un contexte religieux», raconte Olivier Roduit, procureur de l’Abbaye.

Avant de la placer entre les prestigieux reliquaires agaunois, il s’agit de lui offrir un vaisseau digne de son prestige. Pour ce faire, l’Abbaye a mandaté, le printemps dernier, les élèves de la filière Design bijou et accessoires de la Haute École d’art et de design (HEAD) de Genève. Les vingt-deux maquettes de leurs projets sont visibles dans la salle du trésor. Un jury désignera, le 3 septembre, celui qui entrera au trésor. Les visiteurs peuvent aussi voter.

La nouvelle expo, «Reliquaire en chantier», consacrée à la restauration de la grande châsse qui abrite les restes de Maurice («24 heures» du 18 mai), a servi d’étincelle à cette collaboration: «Il était important pour nous que des jeunes y participent, raconte Denise Witschard, conservatrice-restauratrice en charge du chantier. Plusieurs hautes écoles romandes ont été impliquées: l’Université de Neuchâtel, la Haute École de conservation-restauration de Neuchâtel…»

Travail empreint de respect

La communauté religieuse a laissé une liberté quasi totale aux étudiants genevois. «Parmi les seules conditions qui nous ont été imposées, la relique devait être protégée de la lumière et le reliquaire devait pouvoir être manipulé à l’occasion de rites religieux», explique Fabrice Schaefer, professeur au sein de la filière Design bijou et accessoires de la HEAD.

Une visite du trésor en compagnie de l’abbé Jean Scarcella a permis aux étudiants – qui viennent de terminer leur 2e année de bachelor – de se familiariser avec les reliquaires agaunois. Jessica Lambert et Mario Lemos le reconnaissent: ils ignoraient jusque-là la signification et la fonction de ces objets. Ils n’en ont pas moins approché leur travail avec déférence: «J’ai été touchée par le temps que la communauté nous a consacré, raconte Jessica. La spiritualité est importante pour moi et je voulais que mon projet traduise ce côté sacré.» C’est là que résidait la plus grande difficulté, estime Mario: «On est face à un objet liturgique, pas un accessoire du quotidien. J’ai tenu à l’approcher avec un grand respect.»

Or, marbre, paraffine, émail ou verre… Les étudiants ont recouru à des matériaux très variés, pour une série de projets dont la diversité est saluée par Fabrice Schaefer. «Certains ont opté pour un design très contemporain, d’autres plus traditionnel.» Une poignée d’élèves a choisi de donner à leur pièce les contours d’une maison, à l’image des châsses du trésor. D’autres ont tenu à ce que la forme du contenant évoque son contenu. Jessica Lambert a ainsi lié les trois lobes de son reliquaire par une couture au fil d’or, symbolisant le textile. Une autre pièce s’élève vers les cieux avec le mouvement d’un drapé. Mario Lemos a quant à lui créé son «Monolithe» dans un marbre valaisan pour mettre en valeur cette ressource locale et lui a donné un contour sobre et moderne.

Réunis au sein du jury, l’abbé, Denise Witschard, un représentant de la HEAD et la donatrice tiendront compte du vote du public avant de désigner le lauréat. Il s’agira ensuite de réaliser l’objet avant la Toussaint. À cette date, une messe de bénédiction marquera l’entrée du reliquaire au trésor. Tous confirment le caractère exceptionnel de l’événement. «Les derniers objets entrés au trésor sont une collection de calices des années 30-40», précise Olivier Roduit. Fabrice Schaefer renchérit: «Pour les étudiants, voir une création entrer au trésor de l’Abbaye est une carte de visite inestimable.»

Créé: 17.07.2019, 17h33



Les projets de Jessica Lambert (ci-dessus) et de Mario Lamos. Images: HEAD

Datation confirmée

La relique du manteau «dit de Saint Louis» a fait surface lors d’une vente aux enchères à Paris, en 2015. Une Valaisanne, qui souhaite rester anonyme, l’a achetée et offerte la même année à l’Abbaye de Saint-Maurice.

Pour le monastère, l’objet est d’autant plus symbolique que la communauté de chanoines entretient une longue relation avec le monarque: «le Prudhomme» avait offert à l’abbaye une épine de la Sainte Couronne du Christ, en échange de 25 reliques de Maurice et de ses compagnons afin d’en répandre le culte et de susciter la ferveur des Français. Cette épine est d’ailleurs toujours visible au sein du trésor agaunois.

Difficile de savoir si l’étoffe a bel et bien été portée par Louis IX, d’où son appellation prudente. Des analyses menées par la Fondation Abegg-Stiftung, à Riggisberg, spécialisée dans l’étude et la conservation des textiles historiques, ont en tout cas permis de confirmer que ce fragment est parfaitement contemporain au monarque, dont le règne s’étend de 1226 à 1270.

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