Comment on relève le défi du son à la Fête des Vignerons

VeveyLes compositeurs participent à toutes les répétitions pour régler les infinis détails de l’image sonore du spectacle. En étroit dialogue avec les ingénieurs du son. Reportage.

Maria Bonzanigo, Valentin Villard et Jérôme Berney dans les arènes de la Fête des Vignerons

Maria Bonzanigo, Valentin Villard et Jérôme Berney dans les arènes de la Fête des Vignerons Image: Florian Cella

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Dans l’arène, chaque soir de répétition est une première en soi. Le 2 juillet dernier, c’était la première avec 740 choristes en costumes, la première fois avec les voix des acteurs amplifiées, la première fois que les deux premiers tableaux de la Fête des Vignerons, «Vendanges I» et «Cartes», étaient enchaînés… Dans la régie principale, le créateur et metteur en scène Daniele Finzi Pasca et son équipe conduisent la répétition. Casque et micro sur la tête, Maria Bonzanigo, la compositrice principale, est presque en permanence à ses côtés, mais Valentin Villard et Jérôme Berney, les deux autres compositeurs de la Fête, ne sont pas bien loin: les auteurs des musiques du spectacle restent totalement impliqués dans la complexe mise en sons de leur partition.

On ne dévoile pas un grand secret en évoquant le caractère frénétique de l’ouverture du spectacle, avec le crépitement des 300 choristes-percussionnistes frappant les caissettes à vendanges, en véritables slameurs créoles. Le contraste est saisissant quand soudain le Chœur de la Fête déboule sur les quatre scènes surélevées et que les enceintes au complet amplifient l’«Hymne des vendanges», mélodie chantant le goût de la terre dans une gravité toute vaudoise.

«Clac! Tchac! Hop! Hé!»

Lors du premier filage de cette ouverture, on voit Valentin Villard bondir – alors que ce tableau est signé Jérôme Berney: «Mais ça ne sonne pas comme il faut! Que se passe-t-il?» Un problème technique, aussi vite résolu que perçu. À la reprise, le sourire était de nouveau sur toutes les lèvres. Même pour une oreille non initiée, la différence frappe: l’orchestre de percussions a désormais une palette de couleurs bien identifiables, avec des rythmes secs se détachant du tintamarre des immenses cuves en inox. À ce stade d’avancement, le souci principal réside dans la qualité de la retransmission. Un dialogue étroit s’est tissé avec les ingénieurs du son pour tenter de résoudre les multiples casse-têtes de cette diffusion (lire encadré). Mais la solution n’est pas toujours technique: «On a dû demander aux percussionnistes de jouer moins fort quand le chœur chante, relève ainsi Jérôme Berney. Leur bruit était capté par les micros des chœurs, et en montant le volume des chœurs, on amplifiait aussi les percussions!»

Complicité

Le travail continue à être créatif, avec la mise en place d’effets sonores, en particulier grâce aux 40 enceintes surround placées au-dessus des gradins. «Nous avons fait une liste de desiderata sur la base de sons prédéfinis, parfois naturels, explique Maria Bonzanigo. Chaque jour, on les teste, on exploite toutes les possibilités de la technique. C’est une sorte de dramaturgie sonore qui dessine l’espace.» Tout aussi minutieux et qui ne pouvait être anticipé, le défi de relier les tableaux entre eux, sans temps mort. «Il y a 20 tableaux et autant de transitions, que nous voulons surprenantes, insiste la compositrice tessinoise. Ce sont finalement ces transitions qui nous prennent le plus de temps maintenant.» Un artisanat, certes démesuré, est à l’œuvre ici.

Quand on voit la complicité du trio commenter leur pot-pourri d’arrangements et de pastiches qui bousculent joyeusement les «Noces», on comprend que le temps douloureux de cet hiver est passé. Dans les dernières phases d’élaboration, Daniele Finzi Pasca a supprimé des passages de la partition que les chœurs apprenaient depuis des mois. «Il y a eu des déchirements, confirme Valentin Villard. Mais sur le moment, on n’avait pas la vue d’ensemble. Maintenant, on comprend pourquoi. Daniele a ce sens du tempo du spectacle, et souhaite garder une souplesse jusqu’au bout. On est au service de ce qui se passe ici.» Et de rire aux éclats en entendant les solistes avinés de la noce faire dérailler sa valse!

Créé: 09.07.2019, 11h02

Zoom

Le puzzle géant de la retransmission


Gregor Baumann se balade d’une régie à l’autre, chapeau mou vissé sur la tête (le vent souffle dans les hauteurs des arènes). Avec son écouteur portatif à l’épaule, il est prêt à répondre à toutes les demandes de Martin Reich, le chef son de la Fête.



Le Jurassien est le second dans l’équipe des 16 techniciens répartis dans les conteneurs surplombant les gradins, ou blottis dans les «grottes», ces régies discrètes qui pilotent les sons diffusés par les mâts, et des 26 perchistes mobiles.

L’ingénieur du son roule plus souvent sa bosse dans des stades pour des grands-messes sportives. Et il doit rarement jongler avec cinq scènes (4 scènes surélevées et le led floor), 1136 choristes et instrumentistes mobiles, des costumes passablement tarabiscotés. Surtout quand il s’agit d’équiper cette fourmilière de 5630 oreillettes et en gérer les contenus, variant selon les figurants, les solistes et les chefs…

Sa mission? Donner l’illusion à chaque auditeur que le son qu’il perçoit provient de l’endroit d’où il est émis – «nous devons jouer sans cesse avec le mixage propre du cerveau qui décode chaque son» –, de le mêler le plus naturellement possible aux sons préenregistrés (orchestre symphonique, sons de la nature) et de rendre le tout homogène, beau et intelligible.

Avec 352 sources sonores et 548 consoles de diffusion, les défis sont colossaux: «Ce sera un work in progress jusqu’au dernier jour des répétitions», reconnaît Gregor Baumann. Mais la physique du son dicte sa loi: «En simulant l’effet de chaque morceau selon son rythme et sa localisation, on savait ce qui fonctionnerait ou pas. Cela a été vérifié à 100%. Une fois dans l’arène, les concepteurs de la Fête essaient des variantes mises de côté, mais constatent que ce n’est pas possible.»

Galerie photo

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