«On s’est inventé des règles pour rouler dans les giratoires»

Rond-PointDans les giratoires, les conducteurs appliquent des codes qui n’existent dans aucune base légale en Suisse. Un expert livre son avis.

Vidéo: Frédéric Thomasset/Images drone: Lucien Fortunati

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

C’est une affaire à donner le tournis. Qui ne s’est pas déjà écharpé sur les règles à adopter dans un giratoire à deux pistes? Qui n’a pas pesté contre le conducteur qui, surgissant depuis la voie intérieure, coupe la route pour sortir? Dans le pays où tout ce qui n’est pas permis est obligatoire, cette question n’est – aussi étrange que cela puisse paraître – pas précisément réglée. La consigne la plus fréquemment donnée est de garder la droite pour les deux premières sorties et de prendre la voie intérieure pour les suivantes. C’est aussi ainsi que le Touring Club Suisse (TCS) conseille de procéder dans ses brochures sur le sujet.

Cliquez sur l'illustration pour l'agrandir

Des polices cantonales, à l’image de celles de Berne et du Valais, renvoient d’ailleurs vers ces mêmes consignes. Pourtant, elles ne s’appuient sur aucun article de loi. «On s’invente des règles qui n’ont pas force de loi et qui s’appuient sur le droit français», sourit l’adjudant Patrick Grand, membre du groupe accidents de la police municipale lausannoise. Ce spécialiste compte plus de 8000 expertises à la suite d’accidents dans des giratoires et sensibilise policiers et professeurs d’auto-école vaudois à la question. «Le problème, c’est que même le droit français ne dit pas que l’on doit prendre la piste de gauche pour quitter le giratoire au-delà des deux premières sorties, mais simplement qu’on peut l’emprunter.»

En Suisse, l’ordonnance sur la circulation routière ne dit rien à ce sujet. Tout au plus consacre-t-elle l’obligation d’accorder la priorité aux véhicules venant de la gauche et rappelle que l’intention de quitter le giratoire doit être indiquée. Le conducteur n’a en revanche pas besoin d’indiquer sa direction avant d’entrer dans le giratoire ou dans celui-ci.

La voie de droite, la plus sûre

L’adjudant Patrick Grand nous renvoie à un autre article de cette ordonnance: «Sur les routes marquées de plusieurs voies pour une même direction, les conducteurs doivent suivre la voie extérieure de droite. Cette règle ne s’applique pas lorsqu’ils dépassent, se mettent en ordre de présélection, circulent en files parallèles ou à l’intérieur des localités.» Seuls les vélos font exception et sont autorisés à circuler au milieu de la route, pour éviter de se trouver dans un angle mort. En clair, l’expert recommande aux usagers de prendre systématiquement la voie de droite pour éviter des situations de conflits, la voie de gauche ne servant qu’à dépasser des véhicules plus lents. «Il faut comprendre que vous perdez la priorité lorsque vous changez de voie, c’est donc votre faute si vous percutez un véhicule sur l’autre piste.»

Plusieurs zones grises

Faut-il comprendre que les consignes appliquées par le TCS sont fausses? «Pas du tout. Je ne dis pas que c’est interdit, je souhaite juste éviter des accidents», répond Patrick Grand. Contacté, le porte-parole du TCS, Yves Gerber, nous renvoie vers la brochure qu’édite l’association et évoque une «recommandation qui fait du sens». Celle-ci précise «qu’en l’absence de réglementation contraignante, les conducteurs voulant quitter le giratoire dans l’hémisphère droit empruntent idéalement la voie de droite, et inversement». Le TCS conseille également l’utilisation du clignotant à gauche à l’entrée du giratoire, pouvant s’avérer utile si la circulation est chargée.

Certains cantons, en particulier Fribourg, ont voulu résoudre le problème en mettant du marquage au sol pour réserver les pistes selon certaines directions. Or selon Patrick Grand, cela ne résout rien. «Les flèches ne priment pas sur les panneaux et inversement. Si j’applique cela à la lettre, une flèche qui indique la gauche me conduirait à ne jamais pouvoir sortir du rond-point ou, pire encore, de le prendre à l’envers. Pour que la question soit tranchée, il faudrait qu’un tribunal s’y penche après un accident.» À moins qu’en matière de ronds-points, le bon sens ne prime, au propre comme au figuré.


Webdoc : Réalisez un voyage express à travers les localités de Suisse romande


(TDG)

Créé: 10.10.2018, 07h12

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Amherd, première femme à la tête de l'armée suisse
Plus...