Nouveau souffle touristique au Super St-Bernard

LoisirsA l’abandon depuis 2010, le petit domaine skiable valaisan pourrait revivre avec la construction d’un refuge insolite à 2800 m d’altitude.

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Monter en télécabine à 2800 mètres d’altitude. Passer la nuit en cabane, dans une chambre tout confort. Puis s’élancer sur une pente vierge, skis aux pieds, loin des files d’attente et des pistes bondées. C’est l’offre touristique que Dylan Berguerand, Félicien Rey-Bellet et Benjamin Rohrer espèrent lancer à l’horizon 2020 au Super Saint-Bernard. Avec l’architecte Manuel Bieler, les trois jeunes Valaisans travaillent d’arrache-pied afin de redonner vie à ce paradis du freeride, à l’abandon depuis sept ans au fond du val d’Entremont. Leur société, Saint-Bernard Paradise SA, vient de réunir les fonds destinés à l’obtention des permis de construire.

Pas question de recréer un domaine skiable classique. «Cela impliquerait d’investir 25 millions dans les installations mécaniques, et surtout d’attirer des dizaines de milliers de clients par hiver, analyse Félicien Rey-Bellet, gestionnaire en tourisme de 24 ans. Comme la tendance est à la baisse dans le marché du ski, c’est irréaliste.» Le trio imagine donc un concept novateur, moins onéreux, orienté vers le tourisme durable et susceptible de fonctionner en toute saison.

Fréquentation limitée

L’idée? Construire un refuge insolite, à l’architecture futuriste et épurée, sur les ruines de la gare supérieure de l’ancienne télécabine. A mi-chemin entre hôtel et refuge de haute montagne, l’édifice comprendrait 18 chambres (42 lits au total), un restaurant et un coin wellness. Doté d’espaces lumineux, il viserait l’autonomie énergétique, grâce notamment à de grands panneaux solaires. Ses hôtes profiteraient d’un calme absolu, au cœur d’un paysage préservé. «Dormir là-haut, c’est l’expérience principale que nous voulons proposer», insiste Dylan Berguerand, 22 ans, lui aussi diplômé HES en tourisme.

Pour accéder au Lodge 2800, un seul remonte-pente est prévu: un minitéléphérique automatisé, fonctionnant comme un ascenseur. Dylan et ses associés envisagent le ski comme «la cerise sur le gâteau». Deux itinéraires, sécurisés mais non damés, seront à disposition de leurs hôtes «quand les conditions le permettront»: l’un côté suisse, l’autre sur le versant italien (avec retour en bus navette). Et pour que chacun puisse profiter au maximum de la neige poudreuse qui a fait la réputation du lieu, la fréquentation sera limitée à 50 personnes par jour, la priorité étant accordée aux clients du refuge. Une perspective unique en Suisse. «De nos jours, les gens veulent échapper à la foule durant leurs loisirs», argumente Dylan Berguerand.

Aussi en été

Cet aspect exclusif gêne quelque peu les anciens exploitants du Super-Saint-Bernard. Claude Lattion, président du conseil d’administration lors de la faillite, juge le projet «élitiste». Un redémarrage de la petite station eût été plus profitable à la région, estime cet hôtelier, qui a vu sa clientèle baisser d’un tiers depuis la fermeture définitive du domaine. «Mais on sait bien que c’est impossible.» Il soutient donc la réalisation du Lodge, en saluant le courage de ses jeunes concepteurs.

Les intéressés rejettent l’étiquette de produit de luxe. Le séjour, activités et repas compris, coûtera 150 à 250 francs par personne et par nuit en hiver. «Moins cher qu’à Zermatt», glisse Félicien Rey-Bellet. En été, les tarifs affichés seront plus bas, ajoutent les promoteurs, qui entendent jouer la carte des balades et du ressourcement au grand air. «Les touristes auront la possibilité de cueillir des plantes alpines, puis de les cuisiner eux-mêmes», illustre Benjamin Rohrer. A 28 ans, cet accompagnateur en montagne a rejoint l’aventure après avoir terminé ses études d’ingénieur agronome. En charge du volet estival du projet, il songe déjà à de possibles synergies avec le célèbre Hospice du Grand-Saint-Bernard, situé à une heure de marche.

13 millions de francs

Le modèle d’affaires choisi s’inspire des «resorts» nord-américains, où une société maîtrise l’ensemble des prestations. «Avec 15 emplois à plein-temps et 260 jours d’exploitation par année, le seuil de rentabilité correspond à un taux d’occupation de 36%», calcule Félicien Rey-Bellet. Quant aux coûts de construction de l’ensemble, ils s’élèvent à 13 millions de francs. «Nous avons contacté plusieurs investisseurs, qui se sont montrés très intéressés», assure le jeune homme.

Les trois compères s’appuient sur leur première victoire d’étape: en quatre mois, ils ont trouvé les 250 000 francs nécessaires au lancement de la procédure administrative. Une somme récoltée grâce à des actions de financement participatif, mais aussi à travers l’engagement de bureaux spécialisés, disposés à réaliser «gratuitement» les études d’impact exigées. Reste à décrocher les autorisations nécessaires. «Ce sera le plus difficile», concède Benjamin Rohrer. La résistance s’annonce féroce du côté des défenseurs de la nature (lire ci-dessous). Mais les concepteurs du Lodge 2800 sont déterminés à aller au bout de leur rêve.

Créé: 06.05.2017, 18h39

Les promoteurs devront surmonter les réticences écologistes



Avec ses deux remontées mécaniques et ses 27 kilomètres de pistes entre 1900 et 2800 m d’altitude, le Super Saint-Bernard a longtemps fait le bonheur des amateurs de glisse. Mais ses pentes raides et un enneigement souvent exceptionnel n’ont pas suffi à lui épargner de gros soucis financiers.

Isolé, le petit domaine skiable a souffert de son éloignement avec le secteur prospère de Verbier-4 Vallées. Hiver après hiver, l’argent a manqué pour moderniser la télécabine, construite en 1963. En 2010, Berne refuse de prolonger sa concession d’exploitation. La faillite est inéluctable.

Depuis lors se pose le problème du démantèlement des installations, à la charge des pouvoirs publics. Le projet du Lodge 2800 laisse entrevoir une solution moins coûteuse qu’une démolition complète – ce que l’Etat du Valais a souligné dans une lettre d’intention favorable au dossier.

Reste cependant à changer l'affectation de la zone pour permettre l’implantation d’une nouvelle infrastructure touristique, puis à solliciter les permis nécessaires. Or certaines associations de défense de la nature ont d’ores et déjà indiqué aux promoteurs qu’elles contesteraient tout redémarrage d’une offre de loisirs dans le secteur.

Spécialiste du tourisme à l’Université de Lausanne, l’écologiste valaisan Christophe Clivaz reconnaît plusieurs mérites au concept du Lodge.
«Il s’agit de revaloriser une friche touristique, dans une perspective durable, observe le professeur. D’autre part, l’accès routier existant est un atout. Mais pour aller au bout de la démarche, il faudrait, à mon avis, travailler davantage sur la mobilité, en envisageant des offres combinant séjour et déplacement en transports publics.»

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