Comment la Suisse se prépare au coronavirus

SuisseL’épidémie s’étend dans le monde. Le bilan atteignait 81 morts en Chine lundi soir. En Suisse, on attend les résultats de tests effectués sur deux patients à Zurich.

Ce lundi à Lucerne, les visiteurs chinois portaient un masque.

Ce lundi à Lucerne, les visiteurs chinois portaient un masque. Image: Keystone / Urs Flueeler

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La lutte contre le coronavirus s’organise. Notre pays est pour l’instant préservé par l’épidémie. Mais, selon la Confédération, on ne peut pas exclure l’apparition de cas isolés. Les HUG, qui hébergent le Centre national de référence pour les infections virales émergentes (CRIVE), jugent le risque d’importation modéré. Comment les choses vont-elles se passer si un malade apparaît? Patrick Mathys, chef de la section Prévention des crises de l’OFSP, a répondu dans le «Blick» que l’accent serait d’abord mis sur un diagnostic rapide et l’isolement des cas confirmés. Les personnes en contact étroit avec ces patients seraient aussi surveillées. Selon les estimations actuelles, l’incubation peut durer jusqu’à quatorze jours au maximum, la moyenne étant de trois à six jours.

Test développé à Genève

Le CRIVE a développé un test permettant ce diagnostic. Moins de dix prélèvements ont été effectués jusqu’à aujourd’hui aux HUG. Cette analyse est faite à partir d’un prélèvement naso-pharyngé (avec un long coton-tige introduit dans le nez) et les résultats tombent en moyenne après huit heures. Ceux des deux personnes de retour de Chine qui sont en quarantaine à l’hôpital de Triemli (ZH) étaient encore attendus lundi. Selon l’établissement zurichois, ces patients se portent bien et la suspicion qu’ils soient atteints est «très faible».

Ce test doit faire l’objet d’une prescription médicale. Il est destiné à celles et ceux qui souffrent de symptômes respiratoires, de fièvre ou de pneumonie d’origine indéterminée après avoir voyagé dans les zones concernées en Chine ou qui ont été en contact avec une personne infectée ou souffrant d’une pneumonie sévère d’origine indéterminée. «À l’heure actuelle, les seules transmissions d’homme à homme ont eu lieu à l’intérieur de familles ou de groupes très proches, par gouttelettes de salive. Tous les malades ont été infectés en Chine», précise le service des médias des HUG. Ceux-ci reçoivent de nombreuses demandes pour effectuer un test, mais la grande majorité sont injustifiées.

Quels sont les risques?

Il n’existe pas de vaccin contre les coronavirus. Il n’y a pas non plus de traitement, mais les médecins peuvent aider à combattre les complications. Le danger du nouveau virus dépendra de plusieurs facteurs, comme la gravité des maladies liées et sa capacité à s’étendre. Or il reste des inconnues. En ce qui concerne la gravité, elle se situerait à mi-chemin entre le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS, qui a fait près de 800morts dans le monde en 2003) et d’autres coronavirus qui causent un rhume. Mais on ne sait pas exactement où, précise le PrLaurent Kaiser, responsable du service des maladies infectieuses aux HUG, dans une interview à la RTS.

Selon la Confédération, il n’y a pas lieu d’appliquer pour l’instant à l’entrée de notre territoire des mesures semblables à celles prises dans d’autres pays. Berne déconseille de se rendre à Wuhan, la ville ayant été pratiquement mise en quarantaine. Pour les voyageurs dans les autres régions de Chine, plusieurs conseils sont disponibles sur le site internet de l’OFSP. La situation est toutefois rééxaminée en permanence et l’OFSP, qui va informer les médias ce mardi matin, demande désormais aux médecins de signaler dans les deux heures les cas d’infection suspectée aux Cantons et à la Confédération.

Suisses vivant en Chine

L’ambassade de Suisse et les consulats généraux ont contacté par écrit nos ressortissants enregistrés en Chine. Huit vivent à Wuhan. La moitié n’y sont plus, et les autres ne veulent pas quitter la ville, précise le Département fédéral des affaires étrangères (DFAE). Aucun malade n’est annoncé. Les entreprises helvétiques présentes en Chine ont aussi pris des mesures. Les voyages depuis ou vers ce pays ont été limités et les collaborateurs sensibilisés aux risques sanitaires. Selon l’ATS, Novartis encourage par exemple ses employés chinois à travailler depuis la maison.

Du côté des touristes, Hotelplan Suisse n'a pas de clients en Chine actuellement. «L'hiver n'est pas la haute saison pour se rendre dans ce pays. Les Suisses préfèrent y aller en été», précise sa porte-parole, Bianca Gaehweiler. Le TCS, lui, a reçu les appels téléphoniques de personnes en possession du livret ETI. Il n'y a pas eu de demande de rapatriement, mais quelques cas de gens qui étaient dans des pays proches de la Chine et voulaient y éviter un transit, ou d’autres souhaitant annuler un déplacement vers l’Asie. «Comme les voyages en Chine ne sont pas déconseillés pour l'heure, nous n'avons pas pu répondre positivement aux demandes d’annulation, poursuit le porte-parole Laurent Pignot. En revanche, notre cellule médicale leur a fourni des recommandations sur le comportement à adopter. Si un voyage devait concerner directement la région impactée, nous prendrions en charge la demande d’annulation ou d’évitement.»

Le tourisme est touché

Pour la Suisse, le virus a d’autres conséquences. Pékin a suspendu les réservations pour les voyages en groupe. Suisse Tourisme estime qu’au cours des prochaines semaines le nombre de visiteurs en provenance de Chine continentale chutera de 30 à 50%. Les effets de l’interruption des réservations et de voyages de groupes se feront surtout sentir dans les destinations prisées par ce type de clientèle chinoise, c’est-à-dire Genève, Zermatt, Interlaken, Lucerne et Zurich», détaille la porte-parole Véronique Kanel. Elle précise toutefois que les hôtes chinois représentent 4,5% de toutes les nuitées en hôtel et l’impact sera limité.


«Éviter la panique» et consulter selon certains critères

Lundi, les Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) ont confirmé qu’il n’y avait pas, à l’heure actuelle, de cas avérés ou de suspicions dans l’institution. Ni de personnes placées en quarantaine. Les HUG dévoileront mardi le dispositif spécial mis en place pour prendre en charge d'éventuels patients.

Car les autorités sanitaires sont sur le pont. Le Département de la santé indique suivre en permanence l’évolution de la situation avec le médecin cantonal, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), les HUG, l’AMGe (Association des médecins de Genève). Les informations disponibles sur leurs sites respectifs sont mises à jour en fonction de l’actualité. Le travail d’information vise les professionnels mais aussi le public. Alors que l’individu qui tousse et renifle commence à attirer des regards suspicieux, encore plus s’il est Asiatique, Jacques-André Romand, médecin cantonal, comme Michel Matter, président de l’AMGe, appellent au calme. «Nous sommes en pleine saison de grippe, il est normal que des personnes toussent. Il faut éviter le vent de panique. Ce n’est pas un état d’urgence comme lors de la grippe aviaire, durant laquelle nous avions déployé de grands moyens, en distribuant des médicaments notamment.»

Jacques-André Romand ajoute: «Nous ne savons pas encore grand-chose de ce coronavirus mais sa transmission semble fonctionner comme la grippe. Alors pour l’instant les mêmes précautions sont à appliquer.» Donc se laver régulièrement les mains, tousser ou éternuer dans son coude, éviter si possible tout contact étroit avec les personnes présentant des symptômes de maladie respiratoire. Les deux professionnels nuancent aussi les chiffres. «Le nombre de morts en Chine peut paraître impressionnant, mais il faut le mettre en perspective avec la taille du pays. Certaines villes comptent autant, voire plus d’habitants que la Suisse entière!» En cas de doutes, que faire? Il faut réunir deux conditions pour tirer la sonnette d’alarme: souffrir de symptômes respiratoires, de fièvre ou de pneumonie d’origine indéterminée et avoir voyagé en Chine dans les quatorze derniers jours ou avoir été en contact avec une personne infectée ou suspectée de l’être. Puis appeler son médecin traitant en priorité, voire le service du médecin cantonal et les urgences. Le Département de la santé demande de ne pas se rendre directement aux urgences mais d’attendre les instructions des professionnels de la santé. Les HUG insistent: «Il n’y a pas de quoi s'inquiéter si l’on tousse sans avoir voyagé. Il n’est conseillé de consulter un médecin qu’en cas de fièvre et de troubles respiratoires ET après un séjour en Chine.»

Enfin, on notera que l’aéroport de Genève n’a pas pris, pour l’instant, de dispositions particulières.

Créé: 27.01.2020, 22h39

Six questions autour du coronavirus

Quels sont les symptômes?

L’OFSP indique que Les premiers symptômes sont diffus et semblables à ceux d’une grippe saisonnière. Les symptômes ne sont pas spécifiques et se manifestent par de la fièvre, des courbatures et parfois des nausées et des diarrhées, suivies de toux et d’insuffisance respiratoire. L’inflammation pulmonaire est typique d’une infection grave. À l’heure actuelle, il semble que le nouveau virus touche principalement des personnes se trouvant dans la seconde moitié de leur vie.


Que faire en cas de doutes?

Si une personne a des doutes sérieux parce qu’elle a voyagé dans les zones concernées à l’étranger et/ou a eu contact avec des personnes revenant de ces régions, ou qu’elle souffre de symptômes respiratoires, de fièvre ou de pneumonie d’origine indéterminée après avoir voyagé en Chine ou après avoir été en contact avec une personne infectée ou suspectée de l’être, elle doit téléphoner à son médecin traitant en priorité, au service du médecin cantonal voire aux urgences. Attention: le Département de la santé demande de ne pas se rendre directement aux urgences mais d’attendre les instructions ou recommandations des professionnels de la santé.


De quoi parle-t-on?

Les coronavirus forment une vaste famille de virus qui sont à l’origine de diverses affections, allant du rhume banal à des maladies plus graves comme le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS).Fin décembre, un nouveau virus a été identifié au centre de la Chine, initialement dans la ville de Wuhan. Il vient du monde animal mais contamine l’homme. Il peut provoquer des maladies respiratoires comme une pneumonie, un syndrome respiratoire aigu sévère, une insuffisance rénale, voire la mort. Plus contagieux mais à priori pas aussi puissant que le virus du SRAS qui avait, au début des années 2000, causé la mort de quelque 800 personnes dans le monde.


Comment se transmet le virus?

On ne connaît pas encore l’efficacité de sa transmission, déclarait mercredi dans La Tribune de Genève Laurent Kaiser, chef du Service des maladies infectieuses aux HUG. Elle se ferait soit directement par des gouttelettes émises par une personne infectée (éternuements, toux, postillons) - auquel cas il faut être à 1,5 mètre au minimum - soit par aérosol, soit des particules qui restent en suspension. Le virus pourrait se transmettre avant l’apparition de symptômes.


Comment le traiter?

Un test de dépistage existe en Suisse, élaboré par les Hôpitaux Universitaires de Genève et sur délivré sur prescription médicale. Il est réservé aux patients qui cumulent symptômes respiratoires ou fièvre, et qui ont voyagé en Chine. Il n’existe pas de vaccin à l’heure actuelle mais on combat le virus comme on lutte contre une grippe sévère, soit en traitant ses complications avec des antibiotiques notamment.


Le taux de mortalité

Laurent Kaiser indiquait à la RTS dimanche que le taux de mortalité varie actuellement entre 1 et 14%. Tout en précisant que les chiffres changent d’heure en heure et que tant qu’on n’a pas une vision globale, impossible de préciser ce taux. A.T.

Pékin à cran

Le mystérieux virus de Wuhan a déjà tué au moins 81 personnes en Chine, selon le dernier bilan provisoire des autorités locales, qui redoublent d’effort pour freiner les risques de contagion. Vingt-neuf cas de contamination ont été confirmés dans une dizaine de pays, dont la France et les États-Unis, a annoncé de son côté l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui a corrigé lundi son évaluation de la menace, la qualifiant d'«élevée» à l'international et non plus de «modérée. «Il s'agissait d'une erreur de formulation et nous l'avons corrigée», a expliqué une porte-parole de l’organisation dont le siège est à Genève. Au total, 2825 cas (contre 2000 la veille) ont officiellement été recensés en Chine, alors que le nombre de cas suspects a doublé en l'espace de vingt-quatre heures. Il s’élève dés­ormais à près de 6000.

Des chiffres largement sous-estimés selon des scientifiques de l’Université de Hong Kong (HKU), qui ont mis en garde ce lundi sur une accélération de la propagation du coronavirus. Les gouvernements doivent prendre des mesures «draconiennes» pour restreindre les déplacements de population s'ils veulent endiguer la propagation du virus, déclarent ces chercheurs, qui estiment, sur la base de modèles mathématiques, que le nombre de personnes infectées est supérieur à 40 000. Le nombre d'infections pourrait doubler tous les six jours, pour atteindre un pic en avril et mai dans les zones déjà confrontées à une épidémie, a déclaré Gabriel Leung, responsable de l’équipe de la Faculté de médecine de la HKU, tout en reconnaissant que des mesures efficaces de santé publique pourraient diminuer le rythme de contagion.

Message reçu 5 sur 5. Pékin a adopté des mesures de confinement sans précédent. La métropole de Wuhan, berceau de l’épidémie, est coupée du monde, ainsi que presque toute la province de Hubei, où 56 millions de personnes vivent isolées. Lundi, le gouvernement chinois a également décidé de prolonger les congés du Nouvel An lunaire et de suspendre les voyages organisés en Chine et à l'étranger. Les services de bus ont été suspendus dans plusieurs régions du pays et Pékin a mis en place des dispositifs de détection de la température dans le métro, les gares et l’aéroport. Par ailleurs, Hong Kong a partiellement fermé ses frontières, la Mongolie a verrouillé tous les points de passage routiers avec la Chine. Les États-Unis et plusieurs pays européens ont annoncé le prochain rapatriement de leurs ressortissants de la zone de quarantaine.

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