En Suisse, les patients sont aussi des cobayes

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est un cas emblématique révélé dans notre enquête sur les «Implants Files» publiée la semaine dernière: un implant cardiaque très sensible reçoit une autorisation de mise sur le marché et est lancé en Suisse sans que des études approfondies ne prouvent son bénéfice à long terme. Les universités, les spécialistes et la presse célèbrent ce progrès. Par la suite, cependant, le dispositif est rappelé pour des raisons de sécurité et certains patients doivent être réopérés.

Il y a une incitation à utiliser des implants de moins en moins chers

Quand les journalistes demandent au fabricant en quoi consiste le problème, il répond sans laisser paraître le moindre regret. Il semble même euphorique: la procédure d’approbation rapide, telle que nous la connaissons en Europe et en Suisse, est une «force», écrit-il. Les expériences qu’il mène sur des humains «sont immédiatement prises en compte pour des améliorations futures».

La souffrance des personnes concernées devient ainsi le dommage collatéral de l’optimisation du produit. Les exemples choquants que le Consortium international des journalistes d’investigation a recueillis dans le monde entier ces derniers mois en témoignent.

Que faut-il faire? Il n’y a pas de réponse simple. À la suite d’un scandale concernant des implants mammaires défectueux, l’Union européenne a déjà adopté des règles plus strictes. Le Conseil fédéral, lui, vient de transmettre aux Chambres une révision de loi qui doit être mise en œuvre. Mais ces nouvelles règles sont critiquées par de nombreux experts.

Grâce à une forte pression de l’industrie, des organismes privés de certification continueront à délivrer les autorisations de commercialisation pour les dispositifs médicaux. Mais comme ils dépendent financièrement des contrats passés avec les fabricants, ils se trouvent dans un conflit d’intérêts classique.

La législation en cours d’élaboration aggrave encore la situation des patients en rendant la fabrication et les tests des implants plus onéreux, sans donner aux médecins et aux hôpitaux plus de ressources pour acheter les meilleurs produits. Des phases de test plus longues rendent les produits plus fiables, mais aussi plus chers. Or, des coûts plus élevés ne sont guère possibles pour les implants, car les prix sont plafonnés. En effet, les médecins et les hôpitaux ne reçoivent qu’une somme forfaitaire par cas pour une opération. Les augmentations de prix pour des implants mieux testés ne peuvent pas être répercutées sur les patients ou les caisses maladie. Au contraire, il y a une incitation à utiliser des implants de moins en moins chers.

Cette incitation est erronée: ce sont les implants défectueux qui entraînent des coûts exorbitants. Un système avec des produits mieux testés pourrait même s’avérer moins cher au bout du compte.

Sortir de ce cercle vicieux ne sera pas facile. Une chose est claire: la Suisse et l’UE doivent agir maintenant. Swissmedic et le Conseil fédéral doivent prendre des mesures pour rendre les produits plus sûrs et éviter les souffrances inutiles. (TDG)

Créé: 06.12.2018, 18h41





Retrouvez ici tous les invités de la Tribune de Genève La rubrique L’invité(e) est une tribune libre (3000 signes, espaces compris) sélectionnée par la rédaction. Avant d’envoyer votre contribution, prenez contact assez tôt à courrier@tdg.ch, afin de planifier au mieux son éventuelle publication.

La rédaction sur Twitter

Restez informé et soyez à jour. Suivez-nous sur le site de microblogage

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Brexit: Theresa May à Bruxelles
Plus...