Comment la Suisse doit faire face au terrorisme

SécuritéLe conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet plaide pour une meilleure formation des policiers.

Pierre Maudet, président de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police, plaide pour que les policiers suisses soient mieux formés aux nouveaux dangers djihadistes.

Pierre Maudet, président de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police, plaide pour que les policiers suisses soient mieux formés aux nouveaux dangers djihadistes. Image: Georges Cabrera

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Après l’attaque de Nice, le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, en charge de la Sécurité, plaide pour que les policiers suisses soient mieux formés aux nouveaux dangers djihadistes. Il appelle à une «formation spéciale antiterroriste». «L’agent qui arrive en premier sur les lieux doit pouvoir combattre un terroriste immédiatement. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre des commandos spéciaux», déclare-t-il dans la Schweiz am Sonntag.

En présence d’un tireur fou, les agents doivent ainsi être capables de le neutraliser et d’ouvrir le feu, avant que quelque chose de plus grave ne se produise. Les cantons de Genève, de Vaud et du Valais ont déjà modifié leur doctrine d’engagement en ce sens. «Mais cela ne suffit pas», poursuit le président de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police. «La formation des policiers doit s’adapter très rapidement aux exigences du terrain. Ils doivent savoir réagir à de nouvelles menaces, comme par exemple les ceintures explosives», détaille Monica Bonfanti, commandant de la police genevoise.

«Ce n'est pas réaliste»

«Pierre Maudet voudrait faire de tous les policiers des Rambo! Ce n’est pas réaliste», s’indigne le conseiller national Carlo Sommaruga. Le socialiste genevois, qui siège à la Commission de politique de sécurité du National (CPS-N), préfère pour sa part des «solutions viables et rapides», soit de petits groupes de policiers formés à intervenir dans des situations extrêmes et rapidement mobilisables.

Mais le socialiste est isolé. Egalement membres de la CPS-N, Hugues Hiltpold (PLR/GE) et Roger Golay (UDC/GE) appuient Pierre Maudet. «J’ai le sentiment que nous ne sommes pas prêts. Les policiers sont les premiers sur place. Ils doivent pouvoir réagir rapidement», analyse Hugues Hiltpold. Ancien gendarme à la retraite, Roger Golay renchérit: «La police doit s’adapter à toutes les nouvelles formes de menace. Elle est aujourd’hui bien formée pour répondre à des agressions directes, mais pas pour des menaces hybrides.»

Premiers intervenants

Expert en sécurité au Global Studies Institute de l’Université de Genève et collaborateur du chef du Département de la sécurité, Alexandre Vautravers estime que la proposition de Pierre Maudet relève de «l’évidence». «Tous les policiers, en tant que premiers intervenants, doivent être capables d’intervenir pour limiter le plus possible le nombre de morts. Cela ne veut pas dire qu’il faut révolutionner leur formation et leur donner les mêmes compétences que les forces spéciales. Ils doivent savoir riposter par le feu pour stopper un terroriste – à l’image d’un sauveteur qui n’a pas besoin d’être un spécialiste de la chirurgie mais doit être capable de stopper une hémorragie et de stabiliser la situation.»

Le spécialiste pointe les limites du fédéralisme en matière de sécurité. «Pour répondre à des situations exceptionnelles, l’échelle du canton ne suffit pas. Il faut trouver des solutions coordonnées, en homogénéisant les formations cantonales et les doctrines d’engagement.» Roger Golay estime qu’une réflexion nationale est nécessaire sur le terrorisme. «Aujourd’hui, chaque canton fait sa petite sauce. Il faut une politique nationale, un dispositif qui puisse être mis en place immédiatement, comme le plan Vigipirate en France. S’il y avait une vague d’attentats aujourd’hui en Suisse, les forces de police seraient totalement débordées.» Et de réclamer un meilleur équipement des forces de police et un renforcement des effectifs des services de renseignements. (TDG)

Créé: 17.07.2016, 21h54

A Genève la police appelle à la vigilance

Genève, qui abrite de nombreuses représentations diplomatiques, pourrait s’inspirer des propositions émises par des parlementaires français pour lutter contre le terrorisme. Nos questions à Monica Bonfanti, commandant de la police genevoise.

Quelles mesures ont été prises à Genève au lendemain de l’attentat de Nice?

Après les attentats de Paris du 13 novembre, nous avons relevé le dispositif général de sécurité, toujours en vigueur huit mois après. Il comprend notamment le renforcement de la sécurité à l’aéroport. Suite à l’attentat de jeudi soir à Nice, nous avons décidé de renforcer la sécurité sur les sites diplomatiques et consulaires français. Nous avons aussi pris en compte dans l’analyse les manifestations estivales.

Quelles mesures sont prévues pour les manifestations de l’été?

Lors des festivités du 1er Août et durant les Fêtes de Genève, la présence policière sera renforcée de manière visible dans le but, notamment, de réduire le temps d’intervention s’il y a un problème, et cela en lien avec d’autres partenaires, comme les agents de la police municipale. Nous faisons appel à la vigilance des citoyens pour nous signaler toute situation particulière. Nous sommes aussi en contact étroit avec les services de renseignements de la Confédération, qui analysent la situation pour la Suisse. Il ne faut pas être défaitiste.

Le degré de menace a-t-il évolué à Genève?

La menace reste diffuse à Genève, en raison des événements survenus chez nos voisins dernièrement, mais il n’y a pas de menace directe. Ces derniers mois, nous avons eu des contacts avec nos homologues parisiens et bruxellois pour tenir compte de leurs expériences, du point de vue de la sécurité, mais aussi sanitaire. Nous avons mis en place une formation continue qui prépare les policiers genevois à s’adapter à l’adversaire. Il est vrai qu’avec cette nouvelle menace, il y a une accélération des apprentissages. C’est un grand défi à relever.
Sophie Rosseli

Visas humanitaires mieux surveillés

Réagir sur le terrain aux attaques, mais aussi les prévenir en traquant l’arrivée éventuelle de djihadistes à travers la filière de l’asile. Les préoccupations sécuritaires ont poussé le Secrétariat d’Etat aux migrations (SEM) à augmenter le niveau de surveillance sur les personnes qui cherchent abri en Suisse.

Les demandes de visas humanitaires émanant de citoyens syriens ou irakiens seront examinées plus attentivement. Le SEM confirme l’information publiée par la «NZZ am Sonntag». Pour les personnes qui ont pu être blessées à la guerre, il a été démontré que «des vérifications approfondies sur place pourraient être indiquées pour des raisons de sécurité», explique le Secrétariat d’Etat. Pour cette raison, le SEM a examiné le processus d’octroi des visas humanitaires et décidé de suspendre durant quelques semaines la délivrance de ces visas aux personnes originaires de Syrie, précise-t-il encore.

Les examens approfondis sont menés parallèlement à la vérification effectuée par le Service de renseignement de la Confédération, auquel sont soumises les demandes de visas humanitaires. En Europe, seules les demandes déposées à Idomeni, en Grèce, ont été examinées, souligne Céline Kohlprath, la porte-parole du SEM.
J.MT/ATS

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