Les cyclistes romands boudent l’offre Publibike

MobilitéUtilisation trop compliquée, système peu fiable et coûteux: l’offre de libre-service la plus répandue en Suisse déçoit.

La station PubliBike à l’EPFL. Le réseau de Lausanne-Morges fait figure d’exception en Suisse romande: fortement aidé par l’antenne UNIL-EPFL, il enregistre une augmentation de 51%.

La station PubliBike à l’EPFL. Le réseau de Lausanne-Morges fait figure d’exception en Suisse romande: fortement aidé par l’antenne UNIL-EPFL, il enregistre une augmentation de 51%. Image: Philippe Maeder

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«10'000?francs pour rien», confie, amer, Kevin Meyer, responsable de la mobilité à Delémont (JU). La ville avait installé, il y a trois?ans, une station de vélos en libre-service Publibike à la gare. Depuis, le service n’a été que très peu utilisé. Au point de pousser les autorités locales, déçues et mécontentes, à le supprimer jeudi dernier.

A l’Hôpital de Nyon également, Publibike peine à convaincre. Son abandon est envisagé. «Sur les 747 collaborateurs travaillant à Nyon, six nous ont dit avoir utilisé ces vélos. C’est extrêmement bas et cela coûte trop cher», analyse Daniel Walch, directeur du Groupement hospitalier de l’Ouest lémanique, propriétaire de la borne.

Ces cas sont loin d’être isolés. Le système Publibike, installé depuis 2011 dans tout le pays, connaît un succès très mitigé. Les réseaux de Berne et des Lacs-Romont ont ainsi enregistré une baisse significative de 64% entre 2013 et 2014. Même constat du côté de Sion, qui affiche une diminution 33%, passant de 2543 à 1708 emprunts annuels.

Lausanne fait exception

Avec une augmentation de 51% entre 2013 et 2014, le réseau Publibike de Lausanne-Morges fait figure d’exception en Suisse romande. Mais il est fortement aidé par l’antenne UNIL-EPFL, qui fournit une grande partie de la clientèle. Chaque étudiant a en effet droit à 90?minutes gratuites d’utilisation par jour sur le campus. «Hormis les étudiants, seuls les touristes empruntent des vélos. Les amateurs ont déjà les leurs», explique-t-on à la Maison du vélo de Lausanne.

Voilà qui contraste avec le succès de Vélospot, une société concurrente lancée par la ville de Bienne en 2012. C’est cette offre qui s’étendra à Genève dès la fin de l’année (lire ci-contre).

Qu’est-ce- qui cloche avec Publibike? «L’accessibilité est trop compliquée. Il faut acheter un abonnement au préalable dans un point de vente, puis se rendre à la station pour pouvoir emprunter un vélo. Ce n’est pas très pratique, cela peut dissuader plus d’un utilisateur», constate Thierry Steiert, conseiller communal et directeur de la mobilité à Fribourg. Même son de cloche à Sion, Aigle ou encore à Renens. Tinetta Maystre, municipale de l’urbanisme à Renens, estime «qu’il faudrait un système de retrait direct par carte bancaire, comme à Lyon et à Paris». Ou une application pour smartphone, ajoute Elisabeth Ruez-Ray, municipale à Nyon.

Problèmes d'exploitation

Les soucis ne s’arrêtent pas là. Dans une lettre commune récemment adressée à Publibike, onze municipalités et institutions déplorent de nombreux problèmes liés à l’exploitation. Stations vides, bornes bloquées, vélos en mauvais état, le système a même, dernièrement, cessé de fonctionner pendant plusieurs jours sur l’ensemble de la Suisse romande. «Ce que la plupart des cosignataires regrettent, c’est le manque de suivi de la part de Publibike», affirme Julien Cainne, chef de service à la Direction de la mobilité de Vevey.

D’autant plus que le service coûte très cher. A Sion, par exemple, 100'000?francs sont consacrés, chaque année, à l’exploitation du réseau comptant sept stations. Somme équivalente à Fribourg. Un investissement qui n’est que partiellement compensé par les recettes. De plus, l’entretien des vélos est assuré par des associations locales, à la charge des communes.

Publibike se défend en notant une hausse des emprunts de 6% entre 2013 et 2014 à l’échelle nationale, passant de 160'000 à 177'687. «Nous avons planifié des rencontres que nous sommes en train de mener avec chaque mandataire. Le bikesharing est une prestation nouvelle qui est en constant développement vu sa jeunesse. Dans les deux prochaines années, de nombreux progrès technologiques ainsi que dans la qualité du service seront amenés», assure Katharina Merkle, porte-parole de l’entreprise.

A Renens, Tinetta Maystre résume le sentiment de plusieurs collectivités: «Nous ne voulons pas cesser notre collaboration avec Publibike. L’objectif est l’amélioration du système, pour permettre une intermobilité entre les trains, les bus et les vélos.» Une volonté que confirme le président du lobby cycliste Pro Vélo, Jean-François Steiert. «Il y a une réelle volonté des villes en matière de mobilité douce. Les Suisses sont intéressés par les vélos, il faut maintenant un service de qualité et global, qui soit compatible sur plusieurs villes. Aujourd’hui, Publibike reste trop coûteux par rapport aux prestations fournies», déplore le conseiller national (PS/FR).

Le Swisspass, lancé le 1er août, pourrait être une ébauche de solution. Lancée par les CFF, cette carte permet à ses détenteurs de se déplacer à l’aide de plusieurs moyens de locomotions, dont Publibike, ou encore Mobility, le système de carsharing. Le client peut désormais, en se connectant sur la plate-forme Publibike.ch, relier son abonnement directement à son pass. (TDG)

Créé: 04.08.2015, 15h29

Vélospot

Développé par la ville de Bienne depuis 2012, Vélospot s’étend désormais à d’autres villes telles que Neuchâtel, Le Locle et prochainement à Genève. Basé également sur un système d’abonnement, le réseau compte aujourd’hui 360 vélos en Suisse romande.

Munis de leurs cartes, les utilisateurs peuvent emprunter un vélo dans une station Vélospot puis le déposer dans une autre. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que le système rencontre un franc succès: +162% d’abonnés au Locle et?+?100% à Neuchâtel passant de 502 à 1004 entre 2014 et le premier semestre 2015. Les villes réfléchissent d’ores et déjà au développement, afin d’agrandir leurs réseaux.

Publibike

Lancée en 2009, la start-up Vélopass a été rachetée par le géant jaune CarPostal en 2012, devenant Publibike. Le principe est simple: chaque personne possédant un abonnement, coûtant entre 35 et 60?fr. par an, peut emprunter un vélo à une station et le déposer à une autre.

Avec 1200 vélos, traditionnels ou électriques, repartis sur 120 stations à travers la Suisse, notamment à Lausanne, Fribourg ou encore Berne et Lugano, Publibike est le plus grand réseau de bikesharing présent sur le territoire helvétique.

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