«Si la SSR joue sur la peur, «No Billag» sera acceptée»

Votation fédérale du 4 marsSelon un sondage, une majorité de Suisses voterait oui à l’initiative qui supprime la redevance radio-TV. Réactions.

Un deuxième et récent sondage donne l’initiative «No Billag» gagnante dans les urnes.

Un deuxième et récent sondage donne l’initiative «No Billag» gagnante dans les urnes. Image: LAURENT GILLIERON/KEYSTONE

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C’est un coup de semonce dans le paysage politico-médiatique. Selon un nouveau sondage, réalisé en ligne et publié dans la SonntagsZeitung et Le Matin Dimanche, 57% des Suisses interrogés approuvent l’initiative «No Billag». Seuls 34% s’opposeraient à la suppression de la redevance obligatoire en faveur des radios et TV publiques (SSR) et de radios et TV privées.

Le plus intéressant dans le sondage, c’est qu’environ 60% des Suisses ne croient pas à la disparition de la SSR si la redevance tombe. Nombre d’entre eux estiment qu’il subsistera une offre nationale et indépendante de programmes radio-TV. Cela va à l’encontre de l’argumentation de la direction de la SSR. Celle-ci répète sur tous les tons qu’il n’y a pas de plan B et que la seule issue consistera à liquider plus ou moins rapidement les médias du service public faute de financement. Son directeur, Gilles Marchand, persiste et signe. Il nous l’a confirmé ce dimanche (voir interview).

«Les gens n'aiment pas les menaces»

Philippe Nantermod, vice-président du PLR, trouve inadmissible cette attitude. «En ayant comme seul horizon la liquidation, les dirigeants de la SSR ne font pas leur boulot. S’ils continuent de jouer ainsi sur la peur, l’initiative «No Billag» sera acceptée en votation et ce sera la gueule de bois. Les gens n’aiment pas qu’on use de la menace.» Le conseiller national estime que l’initiative n’aurait aucune chance en temps normal. Mais au vu des sondages il constate que l’idée d’une redevance obligatoire est perçue de plus en plus comme un modèle obsolète.

Le conseiller national Manuel Tornare (PS/GE) ne cache pas son inquiétude. C’est en effet le 2e sondage, après celui de Médias Suisses en septembre, qui donne l’initiative victorieuse. «Ce serait un séisme pour la Suisse. Encore plus grave que le oui à l’initiative contre l’immigration de masse. Les gens ne se rendent pas compte des implications. Ce serait la porte ouverte aux chaînes privées bas de gamme avec un Cyril Hanouna à la sauce suisse. Adieu la cohésion nationale et bonjour à ces chaînes étrangères orientées comme le sont Russia Today (RT) ou Foxnews. En tant que patriote, je trouve cela extrêmement grave. Et je me battrai jusqu’au bout pour que le non l’emporte lors du scrutin du 4 mars.»

Appel aux réformes

On retrouvait ce dimanche cette même émotion sur les réseaux sociaux. Raymond Vouillamoz, ancien directeur des programmes de la Télévision romande, écrit au vu du sondage: «Il s’agit d’une forme de suicide collectif, car sans les chaînes de la SSR, la démocratie dépérirait. Plus d’infos en provenance de la Suisse romande. Plus de retransmissions sportives de nos équipes nationales. Plus de Darius Rochebin. Fini Mise au point, TTC, ABE, Temps présent.» Lui répondait à distance Daniel Hammer, l’ancien secrétaire romand de Médias Suisses, qui veut des réformes: «Il faut redonner à la SSR la taille qu’elle avait avant qu’elle ne devienne un mastodonte.»

Les carottes sont-elles cuites à trois mois du vote des Suisses? Loin de là. Une initiative part en général avec un résultat positif. Mais elle perd du terrain à mesure que le scrutin se rapproche. Il faut ajouter à cela qu’un sondage en ligne n’est pas forcément représentatif des votants. Il a tendance à favoriser les jeunes au détriment des seniors. Or ces derniers sont décisifs lors des votations.

Nicolas Jutzet, le président de «No Billag» en Suisse romande, ne crie d’ailleurs pas victoire et prend les résultats du sondage avec des pincettes. «À plus de 90 jours de la votation, rien n’est gagné. Nous devons transformer cet élan populaire en mobilisation dans les urnes.» (TDG)

Créé: 04.12.2017, 11h00

«Un plan D, comme démantèlement»

Le directeur
de la SSR, Gilles Marchand, réagit à chaud aux résultats du sondage.

– C’est le 2e sondage positif pour «No Billag». C’est alerte rouge à la SSR?

– C’est un signal qui montre que la population n’a pas encore fait le lien entre l’initiative et la fin des programmes. Car le paradoxe est que les gens indiquent en même temps apprécier les programmes.

– Les gens ne croient pas à votre argument de campagne que la SSR sera liquidée en cas de oui. Votre stratégie du quitte ou double n’est-elle pas dangereuse?

– Ce n’est pas une stratégie. C’est la stricte réalité. À nous de mieux l’expliquer. C’est à cela que servira la campagne. Et nous ne serons pas les seuls à l’expliquer. On ne peut pas financer en Suisse des programmes de radio et télévision en quatre langues sans financement public.

– N’est-ce pas léger de votre part, en tant que directeur de la SSR, de ne pas prévoir un plan B en cas d’acceptation de l’initiative?

– Lisez le texte de l’initiative s’il vous plaît. Un plan B est explicitement exclu. Nous devons prévoir un plan D. D comme démantèlement. Plus ou moins rapide, plus ou moins organisé. Il est totalement impossible en Suisse de financer avec le seul marché publicitaire une offre audiovisuelle de programmes généralistes en quatre langues. Quant à la vidéo sur demande, nous ne sommes simplement pas assez nombreux pour que cela soit réaliste d’en financer la production.

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