Le soutien à la culture profite aussi aux yodleurs

Conseil nationalL’enveloppe d’Alain Berset pour aider la création passe la rampe au parlement malgré l’opposition conservatrice. Deux visions s’affrontent.

Image: Keystone

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Pas touche à la culture. Le plan d’austérité financière de la Confédération n’aura pas de conséquences sur l’aide à la création, aux musées, à la formation musicale ou au cinéma. Après les Etats en mars, le Conseil national a accepté hier d’accorder 1,12 milliard de francs au «message sur la culture» pour les années 2016 à 2020. Soit une légère hausse de 3 millions par rapport aux années précédentes, avec une progression automatique de 3,4% par an.

L’UDC et quelques élus PLR exigeaient qu’on en reste aux dépenses antérieures, avec un budget de 976,7 millions sur cinq ans: «Nous ne demandons pas forcément de coupes. Nous voulons au moins que les dépenses restent au même niveau qu’en 2014», a plaidé l’UDC lucernois Félix Müller. Peine perdue, la majorité a suivi le plan d’Alain Berset.

L’aile droite conservatrice a contesté presque toute l’enveloppe: autant les 254 millions d’aide au cinéma que les 211 millions pour Pro Helvetia, les 174 millions pour l’encouragement à la création littéraire ou encore les 160 millions au Musée national. Seule la protection du patrimoine et des monuments historiques aurait mérité, selon le parti, une rallonge de 15 millions.

«Kazakhs plus discrets»
Le Nidwaldien Peter Keller repousse l’idée d’un concept général de la culture en Suisse. La culture dans notre pays est diverse, selon l’élu UDC: il faut donc laisser les cantons et les villes soutenir ce qui devrait l’être. «Je suis membre d’un club de yodel et il continuerait à exister sans ce message sur la culture, dit-il. La majorité de la culture populaire en Suisse est faite par des bénévoles dans des associations.»

Pour lui, il y a trop de lobbyistes culturels qui «chassent la subvention» à Berne. «A comparer, je dois dire que nos amis kazakhs sont plus discrets», lance-t-il, en allusion à l’affaire Markwalder. Réplique de Matthias Aebischer (PS/BE): «L’UDC réclame 650 millions de plus pour l’armée et 100 millions pour les paysans, dites-moi qui sont les chasseurs de subventions!»

Sensible au yodel
Alain Berset confie, très sérieux, être sensible au yodel. Il assure que la Confédération reconnaît toutes les formes de cultures, y compris le chant traditionnel: «En fait, nous sommes tous des lobbyistes de la culture, assène le ministre. Tout le monde a chanté dans un chœur, visité un musée ou lu un livre. Ayez le courage de me dire dans quel poste il faudrait couper ce budget!»

Couper dans la culture reviendrait aussi «à couper dans l’économie, selon Fathi Derder (PLR/VD). L’économie liée à la culture génère chaque année un chiffre d’affaires de plusieurs dizaines de milliards de francs.» Le secteur représente 260 000 emplois et plus de 3% du PIB.

La proposition de la droite conservatrice de renvoyer le paquet au Conseil fédéral a été balayée par 128 voix contre 65. La majorité a également écarté la demande de Mathias Reynard (PS/VS) d’accorder 1 million de francs aux librairies, lui préférant un soutien global à l’édition.

Isabelle Chevalley (VL/VD) aurait souhaité pour sa part tailler dans l’aide au Musée alpin suisse, à Berne. «Il perçoit une subvention de 66 francs par visiteur contre 2 francs par visiteur accordés à Ballenberg, c’est incompréhensible.» Toutes les subventions muséales seront revues de manière globale, répond le Conseil fédéral.

Ce débat a permis aux conseillers nationaux de rivaliser de citations. L’auteur le plus prisé hier était l’écrivain et ancien ministre français de la Culture André Malraux. Il a écrit que «la culture ne s’hérite pas mais se conquiert», a lancé Jean-François Steiert (PS/FR). «Une culture ne meurt que de sa propre faiblesse», a enchaîné le Genevois Manuel Tornare (PS), également inspiré par l’auteur de La condition humaine.

(TDG)

Créé: 03.06.2015, 10h27

Les sénateurs taillent au sécateur

Alors que le plan d’aide à la culture 2016-2020 sortait indemne du National, hier, le Conseil des Etats s’est montré intransigeant dans les coupes à faire dans le budget fédéral.

Ni l’agriculture ni les assurances sociales ne doivent échapper aux mesures d’économie, a estimé sa majorité. La Chambre des cantons se prononçait sur le reliquat du programme d’économies présenté par le Conseil fédéral en 2012 et déjà en partie intégré dans le budget 2015.

Formellement, le parlement doit se prononcer sur des coupes de 569 millions de francs pour 2016. Aucun sénateur n’a demandé de couper 3 milliards «à la hache», comme l’avaient réclamé en vain l’UDC et le PLR au National en mai. La Chambre du peuple avait alors renoncé à toucher à l’aide à la presse (50 millions), au taux d’intérêt de la dette de l’AI envers l’AVS (132,5 millions), à l’agriculture (56,7 millions) et aux subventions aux cantons pour la protection des biens culturels (700 000 francs).

Les sénateurs se sont montrés plus stricts en optant notamment pour une coupe de 30 millions dans l’agriculture et en soutenant la réduction, de 2% à 1%, du taux d’intérêt de la dette de l’AI. Les subventions aux biens culturels seraient aussi réduites. Le dossier retourne au Conseil national.

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