Passer au contenu principal

Sergio Rossi, l'esprit critique de la finance

Non conformiste, l’économiste tessinois s’illustre dans le débat sur l’initiative «Monnaie pleine». Portrait.

Pour Sergio Rossi, directeur de la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire de l’Université de Fribourg, «il faut changer la structure du système monétaire». Les banques, «plutôt que servir la spéculation, devraient servir l’économie réelle».
Pour Sergio Rossi, directeur de la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire de l’Université de Fribourg, «il faut changer la structure du système monétaire». Les banques, «plutôt que servir la spéculation, devraient servir l’économie réelle».
JEAN-PAUL GUINNARD

Rares sont les professeurs d’université en Suisse à bénéficier de l’aura médiatique de Sergio Rossi. Le directeur de la Chaire de macroéconomie et d’économie monétaire de l’Université de Fribourg parcourt le pays et les plateaux télé à la faveur, cette fois-ci, de l’initiative populaire «Monnaie pleine». Et il s’estime plutôt doué pour faire comprendre au commun des mortels ce qui se cache derrière cette proposition, soumise au vote le 10 juin prochain. «Si on ne permet pas aux gens de comprendre, il vaut mieux aller jouer au tennis plutôt que de participer à un débat.»

Charismatique, Sergio Rossi? À Fribourg, ses cours se concluent généralement sous les applaudissements. «C’est que je ne dois pas être si mauvais», sourit le professeur, né dans une famille modeste de Bellinzone. Son père, un employé des PTT devenu syndicaliste, est mort lorsqu’il avait 9 ans. Sa mère a alors quitté sa profession de secrétaire pour s’occuper de lui. Le Tessinois retourne encore tous les week-ends dans son canton où réside sa compagne.

Longtemps, Sergio Rossi a consacré toute son énergie à sa carrière académique. «Dans ce monde où il n’y a que des requins et des loups, je me suis appliqué à construire ma carrière et à publier le plus possible», explique-t-il.

Dans ce parcours, 2008 sera une année charnière. Il vient d’être promu professeur ordinaire à Fribourg après huit ans passés à faire la navette entre le chef-lieu sarinois et le Tessin, enseignant dans les deux cantons. Et tout à coup, la crise financière dite des subprimes éclate. L’avis de cet économiste non conformiste – hétérodoxe, comme il se qualifie lui-même – est alors de plus en plus sollicité. Et pour cause: Sergio Rossi rejette l’approche néolibérale. Il plaide en faveur d’un système financier au service de l’économie réelle. Une espèce rare dans les facultés.

«Pas la faute de Maurer»

«Au niveau académique, je suis sans doute quelqu’un qu’on essaie souvent d’éviter parce que je critique l’approche dominante.» Mais sur la scène médiatique, ça marche. Sergio Rossi s’invite dans le débat politique national en 2015, lorsque la BNS abandonne le taux plancher du franc suisse face à l’euro. En 2016, il prend position en faveur de l’initiative «Pour un revenu de base inconditionnel», qui sera rejetée par 77% des votants. Il est sollicité jusqu’en Corée du Sud pour des interviews à ce sujet.

Vulgariser, encore. Il parle d’un enjeu d’alphabétisation économique. «Il ne faut pas laisser l’économie aux mains des seuls technocrates. C’est un domaine qui a un tel impact sur la société! Et en tant que professeur, j’estime aussi que je dois rendre quelque chose au contribuable.»

Aujourd’hui, le Tessinois s’engage donc dans le débat sur «Monnaie pleine». «Ce texte, estime-t-il, a le mérite de vouloir éviter des crises systémiques en obligeant les banques à revenir à leur fonction originale. Plutôt que servir la spéculation, elles devraient servir l’économie réelle.»

Le système proposé aux Suisses n’a pourtant jamais été pratiqué. De l’avis du conseiller fédéral en charge des Finances, Ueli Maurer, l’expérience serait risquée et manquerait sa cible. «Il n’a pas compris, soupire Sergio Rossi. Mais ce n’est pas de sa faute. Il n’est pas spécialiste en économie monétaire.»

S’il a rejoint le camp de «Monnaie pleine» sur le fond, après s’être tout d’abord montré très critique, Sergio Rossi reste en désaccord sur la solution. Le professeur soutient une approche plus douce que celle des initiants. «Mais il est important de voter oui pour donner un signal», plaide-t-il. Voter n’est pourtant pas participer à un sondage. «C’est vrai, admet-il, mais l’initiative n’a aucune chance de passer la rampe. Si le oui atteint 25%, ce serait déjà une manière de faire comprendre aux banquiers et aux politiciens qu’on n’est pas à l’abri d’une crise systémique. La majorité l’emporte, mais elle n’a pas forcément raison.»

Un révolutionnaire?

La politique. Voilà un autre monde, qui, comme celui de l’académie ou de la finance, adule ou déteste Sergio Rossi. Le Parti socialiste tessinois l’a sollicité à trois reprises pour figurer sur sa liste au Conseil des États, en 2011, 2015 et 2019. Il a refusé. «Je n’ai pas les qualités pour cela. Je trouve que la plupart des politiciens sont intéressés par leur propre carrière.» Celui qui avoue ne pas savoir faire des compromis sur le plan académique aurait sans doute de la peine à les supporter en politique.

À 50 ans, sous son costume impeccable et ses airs affables, le professeur tessinois cacherait-il un révolutionnaire? Il hésite. «Je pense qu’il faut changer la structure du système monétaire.» Pour le reste, il faudra au préalable s’entendre sur la définition du mot révolution.

Cet article a été automatiquement importé de notre ancien système de gestion de contenu vers notre nouveau site web. Il est possible qu'il comporte quelques erreurs de mise en page. Veuillez-nous signaler toute erreur à community-feedback@tamedia.ch. Nous vous remercions de votre compréhension et votre collaboration.