Schneider-Ammann: réactions contrastées

Conseil fédéralSi le PLR est dithyrambique sur le bilan de son ministre au Conseil fédéral, la gauche tire à boulets rouges sur le ministre. La droite est plutôt satisfaite.

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C'était dans l'air depuis quelques jours, Johann Schneider-Ammann quittera le Conseil fédéral à la fin de l'année. Le ministre de l'économie avait annoncé ce printemps que cette législature serait la dernière pour lui. Dès l'anonce de sa démission, les réactions ont commencé de pleuvoir:

Dans son parti au PLR

Le PLR a déclaré officiellement que Johann Schneider-Ammann avait hissé la Suisse en tête de classement des pôles mondiaux d'Innovation et l'avait fait entrer dans l'ère numérique». Pour son parti, le Bernois s'est battu pour que les travailleurs suisses puissent préserver leurs places de travail et il s'est toujours engagé pour la paix sociale et le partenariat social.

Selon sa collègue de parti et grande favorite à sa succession, la St-galloise Karin Keller-Sutter, Johann Schneider-Ammann est connu au Parlement comme «un homme avec des qualités, des valeurs et des convictions» qu'il a toujours défendues. «Nous nous réjouissons du temps restant avec vous», a-t-elle déclaré.

Pour le vice-président du PLR, le Genevois Christian Lüscher, le Bernois est le meilleur ministre de l'Economie du monde. «L'économie se porte magnifiquement bien en Suisse, en grande partie grâce à ses actions et aussi à ses non-actions, soit ne pas faire de l'interventionisme étatique quand c'est inutile, et réunir les partenaires sociaux le plus souvent possible pour préserver la paix du travail», dit-il. «L'ensemble des ministres de l'économie de la planète signeraient pour un bilan tel que le sien. On a la prospérité et le plein emploi. On ne peut pas faire mieux».

Jacques Bourgeois, directeur de l'Union suisse des paysans a lui aussi réagi. Il salue la personnalité du Bernois: «c'est quelqu'un d'ouvert au dialogue, malgré le fait que nous avions rompu le dialogue sur la politique agricole après le vote sur la sécurité alimentaire il y a un an. Mais le dialogue avait repris et il était ouvert à la discussion, prêt à trouver des compromis», estime-t-il. Pour lui, Johann Schneider-Ammann était un bon ministre qui prenait à coeur l'emploi en Suisse. «Du reste, il ne s'est pas ménagé au cours de son mandat pour veiller à développer l'économie, notamment à l'étranger».

Pour l'UDC, un bon ministre

Johann Schneider-Ammann a été un bon conseiller fédéral PLR. Il a été le premier à faire un contrat avec la Chine, relève la conseillère nationale genevoise et vice-présidente de l'UDC Céline Amaudruz. C'est exceptionnel. Du point de vue de l'UDC, on a une réserve sur sa politique agricole et par rapport à l'UE. Plusieurs points nous ont déplu mais il faut reconnaître que d'une manière générale, il a bien servi les intérêts de son pays.

Le PS critique

Le président du parti socialiste Christian Levrat tient à ne garder que ce qui a le mieux fonctionné avec Johann Schneider-Ammann. «Il faut lui être reconnaissant d'avoir beaucoup promu l'apprentissage, et de l'avoir défendu à la fois en Suisse et à l'étranger. C'est le coeur du succès économique de la Suisse», souligne-t-il. «Il faut aussi relever son engagement pour les hautes écoles, notamment dans le cadre des discussions avec l'UE autour d'Erasmus et Horizon 2020, ainsi que ses multiples voyages à l'étranger avec des délégations économiques. Pour le reste, c'est de notoriété commune que j'ai des divergences politiques avec lui.»

Pour la conseillère nationale vaudoise Ada Mara, Johann Schneider-Ammann a reconnu lui-même qu'il avait mené son département comme une entreprise. Cela s'est fortement senti. Il a donc eu une orientation politique complètement économique, souligne-t-elle. «Politiquement, il ne me manquera pas. Par contre humainement, c'est quelqu'un que j'ai beaucoup apprécié».

Pour le Genevois Carlo Sommaruga, «c'est le premier lobbyste de l'industrie et de l'économie qui quitte ses fonctions», estime-t-il. «Depuis qu'il était au Conseil fédéral, il n'a jamais quitté sa casquette de chef d'entreprise. Il est le porteur du libre-échange et des accords bilatéraux dans une vision assez archaïque, à savoir de favoriser uniquement l'économie sans prendre en compte la question des droits humains et sociaux», critique-t-il. «Il était donc temps qu'il parte. Il faisait preuve de peu d'énergie et cela fera du bien aux institutions suisses. »

Les Verts très virulents

Je pense que Johann Schneider-Ammann a bien fait son travail pour ce qui est de la représentation des entreprises à l'étranger et de la promotion de l'économie d'exportation. Mais j'attends plus d'un ministre de l'économie, indique la conseillère nationale verte vaudoise Adèle Thorens. Il a été particulièrement peu visionnaire pour ce qui est de la numérisation de l'économie, son impact sur l'organisation du travail et sur les gens, critique-t-elle. «Il a aussi été très peu visionnaire sur le lien entre l'économie et l'environnement. Il fait partie des gens qui pensent que ce sont deux termes antinomiques», juge-t-elle. Il n'a jamais vu que demain c'est l'économie verte et qu'il faut accompagner les entreprises dans cette transition dans l'intérêt de l'économie. Enfin, il n'a pas compris le monde agricole, il l'a au contraire monté contre les autres secteurs économiques. C'est une grosse erreur de sa part.

«La démission du conseiller fédéral Schneider-Ammann ouvre la voie à une meilleure représentation des femmes au gouvernement», réagit le conseiller national vert zurichois Balthasar Glättli. Dans le même sens mais sur un ton humoriste, les Jeunes Verts ont posté un tweet: «Plus de femmes c'est bon pour la santé». La phrase rappelle la maladresse du ministre en matière de communication, en parodiant son discours de 2016, en tant que président de la Confédération, lorsqu'il avait déclaré «Le rire, c'est bon pour la santé!»

Engagement pour l'économie, selon le PDC

Le Parti démocrate chrétien remercie le conseiller fédéral sortant pour son engagement en faveur de la place économique suisse. Depuis 2010, Johann Schneider-Ammann s'est investi tant pour l'économie que pour la formation et la recherche relève un communiqué du PDC publié mardi. Son engagement a permis à la Suisse de maintenir sa force économique, notamment par la conclusion de plusieurs accords de libre-échange. Le PDC salue également l'attention que le ministre a porté à la culture digitale de la Suisse.

Economiesuisse salue

Economiesuisse met l'accent sur l'engagement dont Johann Schneider-Ammann a fait part, notamment dans la défense de l'économie de la Suisse. Dans sa prise de position, la faîtière souligne également le rôle du conseiller fédéral dans les questions de formation, de recherche et de développement.«On peut relever en particulier les mérites du conseiller fédéral en lien avec la formation professionnelle, les accords de libre-échange et la modernisation de la politique agricole», précise Economiesuisse. Sur Twitter, la faîtière de l'industrie des machines, des équipements électriques et des métaux Swissmem salue pour sa part l'«engagement acharné, convaincu et inspirant» du ministre de l'économie pour «le bien-être et les places de travail en Suisse».

Le directeur général de l'OMC salue l'action de Schneider-Ammann

Le directeur général de l'Organisation mondiale du commerce salue en Johann Schneider-Ammann un «bâtisseur de ponts». Celui-ci a toujours souhaité rendre le système multilatéral et l'institution «plus efficaces» et «plus équitables», dit Roberto Azevedo. «J'ai toujours admiré son approche analytique et tournée vers des solutions, face aux défis complexes et difficiles auxquels nous avons été confrontés», a -t-il affirmé. Il rappelle que, comme lui, le conseiller fédéral est ingénieur électrotechnique de formation.

Créé: 25.09.2018, 13h29

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