Schneider-Ammann arrive à dédiaboliser le Mercosur

Accord de libre-échangeLe ministre donne un nouveau souffle au projet. Le voyage en Amérique du Sud a calmé la fronde formée des paysans et des écologistes.

Johann Schneider-Ammann rentre d'une mission économique de sept jours en Amérique du Sud.

Johann Schneider-Ammann rentre d'une mission économique de sept jours en Amérique du Sud. Image: Keystone

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Johann Schneider-Ammann revient de loin. Au sens propre comme au figuré. Après sa mission économique en Amérique du Sud, le ministre a réussi à insuffler une nouvelle dynamique à l’accord de libre-échange avec le Mercosur (Ndlr: marché commun formé du Brésil, de l’Argentine, du Paraguay, de la Bolivie et de l’Uruguay) devenu la hantise des paysans.

«L’objectif n’était pas d’aboutir à une signature, a expliqué d’emblée Johann Schneider-Ammann devant les médias ce mardi. Mais de se confronter à des faits. Nous ne pouvons pas perdre de terrain face à l’Union européenne qui négocie aussi. Il est question de nos places de travail.» Et de rappeler que le Mercosur, c’est un marché de 260 millions de consommateurs. Une opportunité pour les PME, mais aussi pour les agriculteurs.

Le discours est connu, mais il a pris une nouvelle ampleur. Lors de sa conférence de presse, le ministre était flanqué de quelques-uns des 50 membres qui composaient sa délégation: les conseillers nationaux Kathrin Bertschy (PVL/BE), Andreas Aebi (UDC/BE) et Elisabeth Schneider-Schneiter (PDC/BL); le vice-président de l’industrie des machines Swissmem, Philip Mosimann, ainsi que le conseiller d’État jurassien Jacques Gerber. Une écologiste, un paysan, deux représentants de l’économie, et un autre des cantons. La conférence de presse avait tout d’un «plan comm’».

Une opération séduction nécessaire. Depuis la présentation en novembre du rapport qui doit guider l’évolution de l’agriculture, Johann Schneider-Ammann avait réussi à se mettre à dos l’Union suisse des paysans (USP). En préconisant moins de protections douanières et plus d’accords de libre-échange, le ministre était accusé de sacrifier la branche sur l’autel du libéralisme.

Des lignes rouges

«Mon canton représente parfaitement ce dilemme, a témoigné Jacques Gerber. Les PME jurassiennes ont besoin d’accords pour exporter. Mais nos paysans sont inquiets, car le Mercosur pourrait à lui seul fournir en viande tout le pays.» Il croit en une solution. «Personne ne veut déstabiliser le marché. Il faut définir des contingents et faire reconnaître nos produits labellisés.»

Un optimisme partagé par Andreas Aebi, agriculteur. «Certains doutes se sont envolés. Les exploitations du Mercosur sont cent fois plus grandes que les nôtres, mais si nous instaurons des lignes rouges, cet accord peut être supportable.» Philip Mosimann, qui officiait comme chef de la délégation économique, a rappelé le potentiel d’exportation qui pourrait aussi profiter aux fromages.

La caution «verte» a été apportée par Kathrin Bertschy. «Là-bas, la branche agricole cherche à s’inscrire dans la durabilité. Les partis écologistes que j’ai rencontrés imaginent qu’un accord de libre-échange avec la Suisse peut apporter une dynamique positive.» Du petit-lait pour Schneider-Ammann, qui ajoute que le Mercosur dispose de produits agricoles répondant aux normes suisses.

Le ministre de l’Économie aurait-il retourné la situation en sa faveur? «Ceux qui se sont exprimés l’ont fait à titre personnel, rétorque Jacques Bourgeois (PLR/FR), directeur de l’USP. Le dialogue a repris, mais il reste à voir quelle est la marge de manœuvre.» Il attend des précisions sur quatre points: les viandes de bœuf et de poulet, les céréales oléagineuses et le sucre. «Avant de dire si le deal est supportable, il faut savoir ce qu’il contient.»

Étiquetage sans faille

L’accord est loin d’être paraphé. Les partenaires ont achevé trois rounds de négociations. Une quatrième aura lieu en juillet. Et la pression populaire pourrait envenimer les choses. Le 23 septembre, le peuple se prononcera sur l’initiative des Verts «Pour des aliments équitables». De quoi thématiser le libre-échange, mais aussi ses travers.

«Les Verts ne sont pas contre les échanges commerciaux, mais veulent des règles du jeu équitables qui tiennent compte de l’environnement et des aspects sociaux, précise Adèle Thorens (Les Verts/VD). Il n’y a pas de liberté sans responsabilité. Des progrès ont peut-être été faits, mais des élevages de masse et des conditions inacceptables pour les travailleurs, ça existe encore dans les pays du Mercosur.» Dans ce combat, les Verts ont déjà reçu le soutien de Bio Suisse et d’Agora, qui représente les milieux agricoles romands. L’USP laisse la liberté de vote, «mais on sent une sensibilité pour ce thème», reconnaît Jacques Bourgeois. Pour que le consommateur fasse son choix en toute connaissance de cause, il exige un étiquetage sans faille.

Car il y a un élément qui ne change pas, estime Adèle Thorens. «Entre un bœuf qui a eu une belle vie en Suisse et un bœuf qui a eu une belle vie en Amérique du Sud, il vaut mieux consommer local que de faire venir de la viande produite à 10 000 km d’ici.» (TDG)

Créé: 08.05.2018, 21h35

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