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Les sapins du pied du Jura meurent par centaines

De Nyon à Yverdon, de nombreux résineux n’ont pas réussi à reprendre leur cycle ce printemps. Ce qui fait changer l’aspect des forêts.

Hécatombe parmi les sapins blancs, notre reportage à Rances au chevet des résineux décimés par le scolyte curvidenté.

Depuis la route qui longe le pied du Jura entre Vallorbe et Baulmes, le spectacle est désolant. La forêt couvrant les contreforts de la chaîne montagneuse est parsemée de taches orange: chacune d’elles révèle la présence de sapins blancs (Abies alba) morts ou en train de mourir. Et il y en a des centaines, peut-être des milliers. «Des arbres qui meurent en si grand nombre et à cette période de l’année, c’est du jamais vu», constate l’inspecteur cantonal des forêts, Jean-François Métraux. Le mal touche le pied du Jura, entre Nyon et Yverdon, mais aussi les secteurs secs des Préalpes.

Pour les hommes de terrain, le coup est dur à encaisser. «Ça fait mal, avoue le garde forestier Romain Nicole. On parle de réchauffement climatique depuis des années, mais là, ça devient concret.» Son supérieur, Pascal Croisier, inspecteur des forêts des arrondissements 9 et 20, confirme: «C’est un électrochoc. Jusqu’à cet hiver, on imaginait encore pouvoir produire une certaine quantité de résineux dans nos forêts. Mais il faut se rendre à l’évidence, nos habitudes vont changer.» Le problème est aussi économique, puisque le bois de résineux, en particulier celui de l’épicéa commun (Picea abies), aussi menacé, est le plus demandé par les scieries.

Facteurs multiples

Cette mortalité massive est le résultat de plusieurs facteurs s’alliant pour nuire: les sécheresses et les pics de chaleur qui affaiblissent les arbres, les coups de vent qui cassent des branches et les insectes, comme le bostryche, qui profitent de la situation pour proliférer et achever le travail. «De manière générale, depuis la tempête Lothar, en 1999, et la grande sécheresse de 2003, les écosystèmes sont fragilisés, explique Jean-François Métraux. La sécheresse de l’été passé a sans doute été le coup de trop pour ces arbres. Ils n’ont pas réussi à reprendre leur cycle ce printemps.»

Le scénario était craint par les responsables cantonaux, qui avaient mis en place une surveillance accrue dès la fin de l’hiver. Afin de détecter au plus vite les dégâts, des privés ont été engagés pour compléter le travail d’observation effectué en permanence par la septantaine de gardes forestiers. Le but? Éviter des accidents causés par des chutes d’arbres morts ou affaiblis et limiter la propagation des insectes en procédant à des abattages. Mais pas de manière systématique: pour favoriser la biodiversité, les arbres morts ne posant pas de problème particulier sont laissés debout.

Pour détecter les dégâts, les spécialistes observent la forêt. D’abord de loin, dans le but de repérer des groupes d’arbres dépérissants, «des ronds de bostryches», comme les nomme Romain Nicole. Puis de près, en cas de doute. «Des coulures sur les troncs, de la sciure au pied des arbres ou des pics s’acharnant sur les troncs sont des révélateurs de la présence d’insectes», explique le garde forestier.

Diversification obligatoire

La meilleure réponse aux phénomènes climatiques est la diversification des essences. Pratiquée dans les forêts vaudoises depuis une quarantaine d’années, elle s’est accélérée depuis Lothar. «Les faibles revenus tirés du bois ne permettent pas de procéder à des interventions curatives, explique Jean-François Métraux. Nous devons donc travailler avec la nature, en favorisant les repousses naturelles.» Mais, au lieu de dégager le terrain autour des jeunes plants de sapin ou d’épicéa, les bûcherons devront désormais s’habituer à favoriser des espèces plus résistantes à la sécheresse, en particulier le chêne.

Une seule chose est donc aujour­d’hui certaine, la typologie des forêts vaudoises va changer. L’inspecteur cantonal rappelle toutefois que ce n’est pas une première: «Les ormes ont presque complètement disparu de nos forêts en raison de l’arrivée de la graphiose (ndlr: une maladie parasitaire), avec les caisses en bois du débarquement. Actuellement, la chalarose (ndlr: un champignon venu des pays de l’Est il y a vingt ans) ravage les frênes. Et, en Valais, les pins ont largement disparu de la vallée du Rhône en quelques années à cause de la sécheresse et de la pollution.»

Dans le canton de Vaud, les forestiers surveillent d’ailleurs d’autres espèces avec inquiétude: des dégâts inhabituels ont été observés sur les pins sylvestres, pourtant résistants à la sécheresse. Et les hêtres, appelés aussi foyards, pourraient bien être les premiers feuillus à subir des dégâts importants. «La suite dépendra des précipitations de cet été. Si elles sont faibles, la situation pourrait rapidement devenir critique», avertit Jean-François Métraux.

«La forêt va s’adapter»

L’inspecteur cantonal s’efforce toutefois de rester positif: «Comme toujours, la forêt elle-même, en tant qu’écosystème, va encaisser puis s’adapter. La seule chose est que son évolution n’ira pas forcément dans le sens que l’on souhaite, à savoir produire du bois de construction ou assurer un rôle de protection dans les endroits escarpés.» Mais Jean-François Métraux l’assure, une sylviculture active, en particulier dans ces forêts protectrices ou productrices, permettra de maintenir l’essentiel des fonctions recherchées de nos forêts.

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