La santé est devenue le souci numéro un des Suisses

PréoccupationsLe peuple est prêt à un changement radical du système. Les initiatives du PDC et du PS sont plébiscitées indique un sondage Tamedia.

Les primes maladie standards des adultes – avec libre choix du médecin, franchise de 300 francs et couverture accident – ont grimpé de 158% en un peu plus de 20 ans!

Les primes maladie standards des adultes – avec libre choix du médecin, franchise de 300 francs et couverture accident – ont grimpé de 158% en un peu plus de 20 ans! Image: Azzurro Matto/E. Gastaldello

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Les Suisses en ont marre. La hausse continue des primes d’assurance-maladie prend de plus en plus de familles à la gorge. Cette inquiétude s’exprime sans ambiguïté dans un sondage réalisé par Tamedia (éditeur notamment de ce journal). Les coûts de la santé arrivent désormais en tête des préoccupations des Suisses, à quinze mois des élections fédérales. Pour 70% des personnes interrogées, toutes sensibilités politiques confondues, c’est le problème le plus urgent à régler. Par parti, seul l’électorat UDC continue à placer la migration juste devant la santé.

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«C’est l’expression d’un ras-le-bol», réagit Charles Juillard, vice-président du PDC. «Ça correspond à ce qu’on entend en permanence dans la rue», ajoute la conseillère nationale Rebecca Ruiz (PS/VD). La présidente romande de la Fédération des patients reçoit aussi continuellement du courrier de gens qui n’arrivent plus à payer leurs primes.

À droite, les réactions sont similaires. Isabelle Moret (PLR/VD), présidente de H +, la faîtière des hôpitaux, y voit une forme de désespoir de la part des familles qui craignent que les choses ne bougent pas à Berne. «Les Romands avaient déjà tiré la sonnette, ils sont désormais rejoints par les Alémaniques, qui voient eux aussi leurs primes grimper.» Jürg Stahl (UDC/ZH), qui a longtemps travaillé pour le Groupe Mutuel, ne se dit pas non plus étonné par ce classement. «Avec les chiffres de l’asile qui baissent, les préoccupations sociales prennent le dessus.» Derrière la santé, la prévoyance vieillesse arrive en effet en seconde position.

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Textes aux antipodes
Ce qui est plus surprenant toutefois, c’est que les Suisses semblent enfin prêts à monter aux barricades pour une réforme en profondeur du système de santé. Ainsi, l’initiative du PDC qui veut instaurer un frein aux dépenses dans le domaine de la santé est plébiscitée par 71% des personnes interrogées. Un oui se dégage toutes tendances politiques confondues. Mais ce n’est pas tout. L’initiative du PS qui veut plafonner à 10% du revenu disponible le coût des primes d’assurance-maladie recueille elle aussi une belle majorité (62%). À l’exception de l’électorat du PLR, l’idée séduit partout, même à l’UDC.

«Notre initiative se veut protectrice. Notre message est clair et facile à comprendre, détaille Rebecca Ruiz. Celle du PDC? On ne sait pas encore vraiment ce qu’elle va donner.» Piqué au vif, Charles Juillard corrige: «Nous voulons agir sur les coûts, là où se trouve la racine du problème. Le texte du Parti socialiste a tout d’un slogan. Il oublie simplement de dire le plus important: qui paiera la facture.» Pour Isabelle Moret, il n’y a pas un texte qui rattrape l’autre. «L’initiative du PS ne s’attaque pas au vrai problème qui est la hausse des coûts. Quant au PDC, il met le doigt juste, mais ne dit pas comment il veut corriger le système.»

Reste que ces deux propositions aux antipodes l’une de l’autre séduisent les Suisses, et avec des scores étonnamment hauts. Le contexte actuel y est pour beaucoup, estime Florence Bettschart, responsable politique au sein de la Fédération romande des consommateurs (FRC). «Alors qu’on évoque une nouvelle hausse de 4% des primes d’assurance-maladie l’an prochain, il n’est pas surprenant que la population se raccroche à des solutions, quelles qu’elles soient.»

Philippe Nantermod, vice-président du PLR, relativise ces résultats: «Chaque année, les primes augmentent, ce qui met les gens en colère. On leur proposerait dans un sondage une initiative pour l’abolition de la LAMal (loi sur l’assurance-maladie), qu’ils diraient oui aussi.» Il en est convaincu: une fois qu’on aura abordé ces deux textes dans le détail, le soutien va s’effondrer.

Urgence d’agir
Mais ce sondage ne prouve-t-il pas l’urgence d’agir? «Mais nous le faisons, rétorque Philippe Nantermod. Beaucoup de mesures sont sur la table. On travaille sur le montant des franchises, avec des rabais plus élevés pour les plus hautes, il y a aussi autour d’un financement uniforme entre ambulatoire et stationnaire.» Isabelle Moret abonde: «Il y a des solutions qui avancent en ce moment même au Parlement, mais ce sont des projets compliqués à expliquer.» Plus en tout cas que les deux initiatives sur la table.

Le beurre et l’argent…
Cet argument est repris par l’UDC Raymond Clottu. Le Neuchâtelois met toutefois en perspective les résultats de ce sondage avec ceux d’une étude d’Interpharma. Publiée il y a dix jours, cette enquête montrait notamment que la population était très contente du système de santé et qu’elle ne voulait rien changer. «Les Suisses veulent le beurre et l’argent du beurre. Ils s’énervent lorsqu’ils voient la hausse de leurs primes d’assurance-maladie, mais ne veulent pas renoncer à la qualité des soins. On peut apporter des corrections au système, mais il n’y a pas de remède miracle.»

Reste que son collègue de parti Jürg Stahl prend le signal donné par la population au sérieux. «Le politique doit agir avant qu’il ne soit trop tard.» Le risque, selon lui, c’est que les Suisses sous le coup de la colère acceptent des projets trop extrémistes, sans vraiment avoir analysé leurs conséquences. (TDG)

Créé: 29.06.2018, 07h05

Les primes maladies n'en finissent pas de grimper

Les primes maladie standards des adultes – avec libre choix du médecin, franchise de 300 francs et couverture accidents – ont grimpé de 158% en un peu plus de vingt ans! La progression a été de 4,6% par an en moyenne depuis l’entrée en vigueur de la loi sur l’assurance-maladie en 1996, selon l’Office fédéral de la santé publique (OFSP). Et ce n’est pas fini.

L’OFSP a annoncé une augmentation de 4% pour 2018 et le comparateur en ligne Comparis table sur une hausse similaire pour 2019. À ce rythme, les primes auront encore doublé d’ici moins de vingt ans, selon Felix Schneuwly, spécialiste chez Comparis. Cette prévision est partagée par Jérôme Cosandey. «Derrière cette croissance des coûts, il y a une croissance des prestations, liées notamment au vieillissement de la population», rappelle le futur directeur romand d’Avenir Suisse. Il souligne que 95% des primes sont liées aux prestations et 5% aux frais de gestion des caisses. «C’est surtout sur ces 95% qu’il faut agir pour faire baisser les primes.»

Une mesure actuellement débattue et préconisée par Comparis est le financement uniforme des prestations ambulatoires et stationnaires. En ambulatoire, les patients ne dorment pas à l’hôpital, ce qui coûte moins cher. Mais la facture est entièrement supportée par les assurances, et donc nos primes. Les prestations stationnaires, elles, sont prises en charge à 55% par les cantons. Le but est donc d’uniformiser le financement des deux.

Benjamin Keller

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