Sanctions: Moscou a failli acheter des navires suisses

SuisseLa Suisse s'apprêtait à vendre 13 bateaux de sa marine marchande à la Russie qui voulait s'en servir pour contourner les sanctions internationales.

L'un des bateaux qui aurait pu passer en mains russes.

L'un des bateaux qui aurait pu passer en mains russes. Image: Enzien Ship Management

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La débâcle de la navire marchande suisse a failli servir les intérêts de Moscou. C'est du moins ce que révèle un article de l'Aargauer Zeitung mercredi. Le journal explique en effet que la société suisse de transports maritimes Enzian Ship Management AG, alors en liquidation, a été sur le point de passer en novembre 2016 dans les mains de TS Investor AG de l'homme d'affaire estonien, Timo Sas. Le patron de Enzian Ship, Hans-Jürg Grunder, qui serait resté au conseil d'administration de sa société, aurait en effet voulu céder sa flotte à l'Estonien qui aurait accepté en contrepartie de reprendre les dettes de l'armateur suisse. L'affaire aurait ainsi pu sauver 12 navires garantis par Berne, et maintenir l'entreprise suisse à flot. Les contrats étaient prêts, et même le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann était intéressé par cette solution qui aurait évité des millions de pertes à la Confédération.

Derrière Sas, le Kremlin

Mais voilà. Tout a capoté après enquête approfondie sur Timo Sas. Car derrière l'Estonien, se trouvait Moscou et Vladimir Poutine lui-même, selon des experts qui ont établi des connexions entre TS Investor AG et le Kremlin via l'affaire des Panama Papers. Et le risque était plus que sérieux que la flotte suisse passe en mains russes.

Mais quel aurait été l'intérêt de Vladimir Poutine à reprendre les bateaux helvétiques, soit 4 pétroliers et 8 cargos? Ils auraient permis à la Russie de contourner les sanctions internationales dont elle fait l'objet. Les navires suisses, qui auraient navigué sous pavillon neutre, auraient ainsi pu transporter des armes, par exemple en Syrie, explique l'Aargauer Zeitung.

Camouflage parfait

Le camouflage aurait été parfait. D'autant plus que «Timo Sas est estonien, donc citoyen européen, et qu'il peut à ce titre se déplacer librement en Europe et éviter facilement des sanctions», explique un observateur au journal. «Il aurait même pu conclure des traités avec l'OTAN sur les transports militaires et les faire exécuter par la marine russe.» Selon cet expert, le plan consistait à faire opérer les navires via TS Investor, qui s'appelle désormais Helvetia Shipping. La société aurait été officiellement suisse avec des hommes de paille suisse au conseil d'administration.

Mais la Confédération a été prévenue en décembre 2016 de la manoeuvre ainsi que de la réputation douteuse de Timo Sas. Devant les risques d'un scandale international et de la colère des Américains face à ce contournement des sanctions, Berne et les banques ont alors exigé des preuves des activités de sa société et de l'origine de ses fonds. Des preuves qui n'ont jamais été fournies.

L'affaire a donc capoté et la suite, on la connaît. En juin 2017, le Parlement a dû débloquer 215 millions de francs pour le cautionnement d'urgence de 13 navires de la société suisse, qui ont été vendus à perte faute de pouvoir être exploités.

Créé: 17.01.2018, 10h35

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