Le risque de récidive du tueur pédophile est élevé

JusticeAu premier jour du procès du quadruple meurtre de Rupperswil, les experts excluent l’internement à vie. Malgré l’horreur.

Thomas N. fait face au Tribunal de district de Lenzbourg, mardi. Image: KEYSTONE

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Le silence s’installe dans une salle du Tribunal de district de Lenzbourg, à Schafisheim (AG). La tête baissée, l’auteur présumé du quadruple assassinat de Rupperswil fait face aux juges, mardi matin. Un jeune homme de 34 ans d’apparence soignée portant une barbe de trois jours. Thomas N. est accusé d’avoir extorqué puis égorgé, un matin de décembre 2015, une mère de famille, C.S., ses deux enfants et l’amie de l’aîné après avoir violé le cadet, 13 ans. Il a été arrêté cinq mois après les faits, alors que, selon le Ministère public, il s’apprêtait à récidiver.

«Sans l’intervention des autorités, nos clients ne seraient aujourd’hui plus en vie», s’émeut l’avocat de l’une des deux familles que ciblait Thomas N., à Berne et à Soleure. Toutes deux se sont portées parties civiles, comme le compagnon de C.S. et la famille de la petite amie. Ils sont assis à côté de celui qui a enlevé la vie à leurs proches. Le prévenu les évite du regard, la mine sombre, masquant son visage de la main. Le public retient son souffle.

Le crime ou le suicide

Appelés à la barre, deux experts psychiatriques dressent le portrait d’un cas exceptionnel. Atteint d’un trouble de la personnalité narcissique, présentant un déficit d’empathie, Thomas N. vivait dans un monde fantasmé. Après avoir raté toutes les études entreprises, le prévenu entretenait l’illusion de réussite auprès de sa mère, qui plaçait beaucoup d’attentes dans «l’intellectuel» de la famille. Il fabriquait de faux diplômes et faisait croire qu’il était doctorant. Mais l’argent commençant à manquer, Thomas N., perfectionniste obsédé par l’image qu’il renvoie, redoute que le château de mensonges qu’il a créé ne s’écroule.

Dans son esprit, le prévenu n’envisageait que deux possibilités, d’après l’expertise: commettre son crime ou se suicider.

Aux motivations financières se greffe l’envie d’assouvir ses pulsions sexuelles. Son attirance pour les jeunes garçons, Thomas N. en prend conscience très tôt. Il nourrit une addiction pour les sites pédopornographiques. Selon un expert, les sévices sexuels infligés à sa victime dénotent chez lui des tendances sadiques. Quant aux vidéos qu’il a filmées de ses abus, il les percevait comme des «trophées».

Les deux psychiatres affirment que le prévenu ne guérira jamais de sa pédophilie. Le risque de récidive est très élevé. Mais ils estiment que malgré tout, il est apte à suivre un traitement. Une thérapie n’a toutefois de chance d’aboutir que si elle dure «très, très longtemps», soit au moins dix ans, souligne un des psychiatres. Leurs conclusions excluent une mesure d’internement à vie, qui requiert que deux experts s’entendent pour dire qu’un accusé n’est pas curable.

«Je suis pédophile»

Au tour de Thomas N. de prendre la parole. D’une voix claire, maîtrisée, le prévenu répond calmement à toutes les questions. «Quelle est votre orientation sexuelle?» lui demande le juge. Silence. «La pédophilie.» Interrogé sur son crime, le prévenu dit avoir d’abord été motivé par l’appât du gain; l’attirance sexuelle pour le fils de C.S. a précipité le passage à l’acte. L’accusé assure qu’aujourd’hui ses fantasmes pour les garçons ne sont plus aussi forts. Il dit sa volonté de guérir, de réintégrer la société. Il fait acte de contrition, assure avoir hésité à passer à l’acte, réfute avoir voulu s’en prendre à deux nouvelles familles. «Y a-t-il des mots pour expliquer que quatre personnes sont mortes pour 11 000 francs (ndlr: la somme extorquée)? poursuit le magistrat. «Malade. Inhumain. Un homme normal ne fait pas cela», répond Thomas N.

Le procès se poursuit ce mercredi avec les plaidoiries. Le verdict est attendu vendredi. (TDG)

Créé: 13.03.2018, 22h06

Un plan macabre minutieusement préparé

C’est au printemps 2015 que naît dans l’esprit de Thomas N. l’idée de dérober de l’argent à des personnes, puis de les tuer. S’il jette son dévolu sur la famille de C.S., qui habite à une centaine de mètres de chez lui, c’est qu’il est attiré par son plus jeune fils, âgé de 13 ans. Au cours de l’été, il achète les armes du crime: un couteau de 30 cm, des liens, du scotch, du liquide inflammable et des sex-toys, détaille l’acte d’accusation. Il fait des recherches sur le garçon et sa famille. À dix reprises, il se rend, son sac à dos rempli de matériel, près de la maison de ses futures victimes. Il fait aussi en sorte de tomber «par hasard» sur sa proie. Chaque rencontre lui procure «un sentiment de joie».

Thomas N. fabrique ensuite une fausse carte de visite avec son ordinateur portable afin de se faire passer pour un psychologue scolaire. Il rédige aussi une fausse lettre qui évoque le suicide d’une élève pour cause de mobbing dans l’école de sa future victime. C’est grâce à ces documents que Thomas N. se fait accueillir, un lundi matin chez C.S., après le départ de son compagnon. Le macabre scénario suit son cours. Le prévenu menace le cadet avec un couteau, force sa mère à ligoter l’aîné et son amie, avant de l’envoyer chercher de l’argent à la banque. Il abuse ensuite sexuellement du garçon, photographie et filme le tout. Avant d’égorger un à un tous ses otages puis de bouter le feu à la maison. Il rentre chez lui, se douche avant de faire une promenade avec sa mère et ses chiens. Le soir, il va manger à Zurich avec des amis et joue au casino.

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