Ce qui va rester du débat sur l’initiative d’autodétermination

Votations fédérales L'UDC a été mise en échec. Mais les questions de souveraineté rebondiront très vite sur les migrations et sur l’Europe.

Andrea Huber, cheffe de file de la coalition contre l’initiative de l’UDC, jubile au côté de Regula Rytz, présidente des Verts .

Andrea Huber, cheffe de file de la coalition contre l’initiative de l’UDC, jubile au côté de Regula Rytz, présidente des Verts . Image: Keystone

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Elle n’en est pourtant pas à son coup d’essai. Mais c’est comme si à chaque fois la victoire tenait du miracle. La grande coalition gauche-droite, alliant société civile et patronat, a accueilli dimanche avec un grand soulagement et des cris de joie le non à l’initiative UDC «Pour l’autodétermination». Ce texte, qui voulait faire primer la Constitution suisse sur le droit international, a recueilli 34% des voix, soit un peu plus que la base électorale de l’UDC. Tous les cantons l’ont rejeté, massivement en Suisse romande, avec 75% de non dans le canton de Genève et 77% dans le canton de Vaud. La participation a atteint 48%.

Si les opposants à l’UDC ont sabré le champagne après une campagne fleuve, personne n’est dupe. Le vote de dimanche est interprété comme un signe d’ouverture des Suisses et un attachement aux institutions, mais pas comme un chèque en blanc. «C’est une superbe victoire, mais une victoire d’étape, souligne Cristina Gaggini, directrice romande d’EconomieSuisse. Nous travaillons déjà sur la bataille de Schengen (ndlr: la votation sur la directive européenne sur les armes à feu) et sur la réforme de la fiscalité des entreprises, qui arriveront au vote en mai.»

Et avant cela le combat cher à l’UDC du «qui décide pour nous» rebondira rapidement au parlement et au gouvernement. «Grâce à ce débat, nous allons pouvoir parler du Pacte pour les migrations de l’ONU au parlement», confirme la Genevoise Céline Amaudruz, vice-présidente du parti. En pleine campagne, la volonté du Conseil fédéral de ratifier ce traité non contraignant a en effet fait polémique.

Et les commissions compétentes ont tenu à porter ce pacte devant le parlement. En toile de fond, c’est la compétence du gouvernement en matière de politique extérieure qui se joue. «Pour moi, le vote d’aujourd’hui est le signe que nous ne devons pas avoir peur de discuter de traités internationaux, affirme la présidente des Verts, Regula Rytz. Mais il faut le faire franchement, sans faire peur aux gens comme l’a fait le PLR sur le Pacte pour les migrations de l’ONU.»

La conseillère nationale Isabelle Moret (PLR/VD) s’en défend: «Il s’agit d’un pacte assez peu compréhensible qui a suscité quelques craintes. Le parlement a su être à l’écoute des gens en s’en emparant.»

Avant l’Europe

Le débat sur l’autodétermination rebondira aussi rapidement au Conseil fédéral. Les négociations sur un accord-cadre avec l’Union européenne sont en effet à bout touchant. Vendredi prochain, le gouvernement devrait dire s’il juge le résultat politiquement suffisant ou pas. Et ce qu’il compte en faire. Pour Cenni Najy, chercheur à l’Université de Genève et spécialiste des questions européennes, il y a évidemment un lien entre le vote sur l’autodétermination et l’accord-cadre avec l’UE. «Ce faible soutien à l’initiative UDC peut être interprété comme un signal positif.» Pour Céline Amaudruz aussi, le lien existe. «Un oui nous aurait permis de nous positionner aujourd’hui déjà de manière claire contre le projet d’accord-cadre avec l’Union européenne. Mais dans ce dossier-là nous pourrions bien être rejoints par le Parti socialiste sur la question de la protection des travailleurs.»

Le silence gêné des ministres

En effet, selon des informations du «Tages-Anzeiger», le résultat des négociations techniques contiendrait des concessions tant sur les mesures d’accompagnement que sur la reprise de la directive européenne sur la citoyenneté, deux des lignes rouges du gouvernement. Sur ces points, la Suisse semble bien devoir lâcher de sa souveraineté si elle veut intensifier ses relations avec l’UE. Les Helvètes y seraient-ils prêts après leur vote de dimanche? «Je ne dirais pas que ce vote est un oui à l’Europe, estime le conseiller aux États Beat Vonlanthen (PDC/FR), mais je suis convaincu que l’on doit pouvoir confirmer cette ouverture au monde, de manière autodéterminée et en étant sûrs de nous.»

Isabelle Moret renchérit: «Le peuple dit aujourd’hui: nous faisons confiance à nos institutions, mais dans un certain cadre. Donc je pars du principe que cela vaut aussi pour l’Europe.» Allusion aux lignes rouges du Conseil fédéral? «Oui, précisément. Pour que la population suive dans un vote, il faut respecter la parole donnée», affirme la Vaudoise.

La prudence est encore plus forte pour la gauche qui, sur la protection du marché du travail, ne semble rien vouloir concéder à l’UE. «Ce vote ne dit rien par rapport à l’accord-cadre avec l’UE, si ce n’est qu’il y a consensus sur le fait que nous ne sommes pas une île, estime le conseiller national Cédric Wermuth (PS/AG). Mais, sur l’accord avec l’Union européenne, je doute que l’on retrouve la même coalition qu’aujourd’hui.» Au plus haut niveau, la gêne est encore plus perceptible. Questionnée sur son interprétation du vote des Suisses par rapport à un accord avec l’UE, l’attitude de la ministre Simonetta Sommaruga (PS) en a dit plus long que tous les discours. Tournant son regard vers son camarade président Alain Berset, elle n’a pipé mot. Et le Fribourgeois en a fait autant.

Créé: 26.11.2018, 07h28

La grande coalition anti-UDC savoure

Réactions

Les bras au ciel, Andrea Huber jubile. Il y a quatre ans, elle a fondé la coalition Facteur de protection D pour contrer l’initiative UDC «Pour l’autodétermination», persuadée que sur un tel thème une campagne de longue haleine était nécessaire. Devant les résultats, dimanche, elle se frotte les yeux: «Cela montre l’isolement de l’UDC dans sa tentative d’affaiblir les institutions et la démocratie et me donne beaucoup d’espoir pour la suite!»

À ses côtés, au stamm bernois des gagnants du jour, les cadres d’EconomieSuisse, engagés depuis deux ans dans cette campagne, semblent mieux respirer. La stratégie de la grande coalition contre l’UDC a une nouvelle fois fonctionné. «Il s’agissait d’agir tôt et que chacun, dans la coalition, avance avec des messages sur lesquels il est crédible», note Cristina Gaggini, directrice romande de la faîtière de l’économie.

Les partis soulignent aussi l’engagement de la société civile dans ce combat, dont le moteur remonte au vote anti-immigration du 9 février 2014. «Nous avons vécu depuis ce jour-là une repolitisation de toute une partie de la société. Et ce mouvement survit depuis quatre ans. Aujourd’hui, nous avons eu besoin de tous les partis, mais aussi de la société civile et de l’économie, pour gagner cette campagne contre l’UDC», souligne Cédric Wermuth (PS/AG). Pour Isabelle Moret (PLR/VD), «les gens sont conscients depuis le 9 février 2014 que les initiatives UDC sont dangereuses. Et ce vote est aussi signe de confiance envers la démocratie suisse et les institutions.» Dans un tweet, Roger Nordmann (PS/VD) estime même que «le populisme devient impopulaire».

Ne nous enterrez pas trop vite, rétorque l’UDC! Bonne perdante, la vice-présidente du parti, Céline Amaudruz, parle d’un résultat décevant. «C’est une défaite claire. Je la regrette pour mon pays, mais je respecte ce vote.» La Genevoise fait le bilan: «Il faut reconnaître que notre campagne a été un échec. Je n’étais personnellement pas convaincue de nos affiches et nous nous sommes un peu éparpillés. Lorsqu’on touche à des aspects juridiques, il est aussi plus difficile de faire passer un message visuel.»

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