Les recherches peuvent coûter cher aux familles des victimes

AvalanchePour les proches des disparus dans la coulée du vallon d’Arbi (VS), les coûts pèsent dans la poursuite des opérations.

D’importants moyens ont été déployés pour retrouver les quatre disparus. Un skieur manque toujours à l’appel.

D’importants moyens ont été déployés pour retrouver les quatre disparus. Un skieur manque toujours à l’appel. Image: DR

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Le corps d’une troisième victime de l’avalanche d’Arbi (VS) survenue vendredi a été retrouvé mardi. L’identification formelle est en cours, précise la police valaisanne, et on ne sait pas encore s’il s’agit du Français de 35 ans ou du Vaudois de 57 ans qui manquaient à l’appel. Ce week-end, deux de leurs compagnons d’infortune avaient déjà été découverts sous plus de 6 mètres de neige. Ressortissants français, ils avaient 20 et 25 ans.

Au moment de reprendre les recherches ce mardi, l’ambiance était pesante, le contexte difficile. De l’espoir, il n’y en avait guère plus. La neige est compacte, les quantités énormes et aucun des skieurs n’avait de détecteur de victime d’avalanche. Sept personnes et une dameuse ont œuvré toute la journée afin de dégager le malheureux. Pour retrouver la dernière victime, un point de situation a eu lieu mardi soir entre la famille et les secours. Faut-il continuer les recherches? Le choix est terrible. Car à la douleur d’avoir perdu un des leurs s’ajoute la question délicate des coûts d’une telle opération. «Nous présentons toujours plusieurs options aux proches car ce sont à eux qu’appartient la décision. Nous faisons le maximum. Pour nous aussi, c’est un échec lorsqu’on ne peut pas ramener une victime», confie Pascal Gaspoz, chef des guides pour la compagnie de sauvetage Air-Glaciers, qui participe aux secours.

Plus de 100'000 francs

Les articles de loi sont rarement réputés pour leur humanité. Passé un certain délai, les frais de recherche d’un disparu ne sont plus pris en charge par des assurances. Et selon des sauveteurs engagés sur ce qui s’avère être la pire avalanche de l’hiver, la facture totale se montera à plus de 100 000 francs. Cinq hélicoptères, des dameuses et surtout des dizaines de personnes – parmi lesquelles des conducteurs de chiens – ont été déployés sur place pour dégager les malheureux. L’essentiel de ce montant sera en principe à la charge des assurances. «Dans le cas de la Suva, ces frais de recherche sont pris en charge aussi longtemps que l’expérience montre qu’il y a une chance de survie», détaille Jean-Luc Alt, porte-parole pour la Suva. Pour une avalanche, on peut ainsi estimer que sont concernées les recherches lors des deux premiers jours, si l’on s’en tient à des situations exceptionnelles.

Dans tous les cas, mieux vaut être protégé correctement. Pour les personnes salariées, l’assurance-accidents de base couvre en principe ces montants. Mais pour celles soumises au seul régime de l’assurance-maladie de base, la LAMal prévoit que seule la moitié des frais, jusqu’à concurrence de 5000 francs par an, soit remboursée. Une somme largement insuffisante quand on sait que les coûts des opérations facturées pour une avalanche oscillent, en moyenne, entre 1000 et 50 000 francs. Des assurances complémentaires peuvent pallier cela de manière plus ou moins large. Puis, en dernier recours, ce sont dans certains cas les entreprises de sauvetage elles-mêmes qui supportent les frais, à condition d’en être un donateur. La Rega en compte trois millions.

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Jamais d’abandon

Reste la question de la responsabilité des victimes. Après chaque coulée meurtrière, une part de l’opinion estime ainsi «qu’il faudrait facturer le sauvetage aux inconscients» et pas à la société. La loi prévoit que les indemnités à la suite d’un accident peuvent être réduites en cas «d’une entreprise téméraire», mais ces cas restent extrêmement rares. «Cette diminution ne concerne de toute façon pas la prise en compte des frais de sauvetage», tempère Jean-Luc Alt. Pour les hommes dépêchés sur place, il ne s’agit à aucun moment de juger les victimes. «Les circonstances du drame ne pèsent pas dans la balance, ajoute Pascal Gaspoz. Il faudrait d’ailleurs se souvenir de la devise de notre pays: un pour tous, tous pour un.»

Dans l’analyse de la situation, le danger que représente l’opération pour les sauveteurs reste cependant décisif dans la poursuite ou l’arrêt des recherches. «Le but est d’abord de s’assurer que nous rentrions tous à la maison», souligne Pascal Gaspoz. Et si la famille devait finir par renoncer, faute de moyens ou pour toute autre raison, cela ne signifie pas que tout s’arrête pour autant.

«La police cantonale n’abandonne jamais et nos prestations sont gratuites», abonde Stève Léger, porte-parole de la police valaisanne. Des inspections régulières sont donc prévues si les recherches actives sont abandonnées. Une attitude également privilégiée par chaque pilote, patrouilleur ou sauveteur qui se trouverait dans les environs. (TDG)

Créé: 21.03.2018, 08h09

En chiffres

5000 francs: le montant maximum annuel pris en charge par l’assurance-maladie obligatoire pour les frais de sauvetage. Dans le cas d’une avalanche, la facture atteint souvent plusieurs dizaines de milliers de francs.

21 Le nombre de personnes tuées dans des avalanches en Suisse depuis le début de l’hiver. Un bilan comparable à celui des dernières années, même si la saison, vu les conditions en altitude, est loin d’être terminée.

Un itinéraire strictement balisé

Le secteur du drame prête à confusion. Si le vallon d’Arbi est bien traversé par une descente balisée et accessible facilement depuis les pistes de Verbier, les victimes s’en étaient écartées. L’itinéraire à skis suit en effet la gauche de la combe du vallon d’Arbi, tandis que l’avalanche a emporté les skieurs à l’autre extrémité, à droite (voir l’infographie). Le parcours est par ailleurs clairement indiqué et un panneau impose de suivre strictement le balisage en place. «Il s’agit de piquets disposés tous les 20 mètres dont il ne faut pas s’éloigner», rappelle Paul-Victor Amaudruz, chef de sécurité de TéléVerbier.
Au contraire du domaine skiable, cela signifie que s’y engager nécessite un certain niveau et de pouvoir y trouver des conditions de ski hors piste sans le danger inhérent à ce secteur: les avalanches. Si le danger est trop important, l’accès est fermé au moyen d’un large filet. Le jour du drame, il était ouvert et la coulée, malgré son ampleur, n’a pas atteint la zone sécurisée.

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