Les réactions après le Oui à l'initiative Minder

Votations fédéralesLes réactions de la scène politique et économique suisses après l'acceptation de l'initiative «Contre les rémunérations abusives».

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Les réactions ne se sont pas fait attendre dimanche après l'annonce du Oui massif des Suisses à l'initiative du conseiller aux Etats schaffhousois Thomas Minder «Contre les rémunérations abusives».

Thomas Minder
Thomas Minder s'est déclaré satisfait: «Je suis content que cette longue lutte soit terminée», a dit le conseiller aux Etats schaffhousois à la télévision alémanique SRF. Maintenant débute le combat pour l'application. «On sait bien combien le Parlement est divisé. Les Chambres fédérales ont marchandé durant des années autour de l'initiative et de son contre-projet, avant que l'objet ne soit soumis au peuple», a rappelé l'entrepreneur schaffhousois.

Economiesuisse
Economiesuisse prend acte de la victoire de Thomas Minder. «Cela n’est pas du tout une surprise, affirme Critina Gaggini, directrice romande de la faîtière des entreprises. La colère sur ce sujet grandissait dans la population depuis des années. La campagne s’est brutalement arrêtée avec l’affaire des bonus de Vasella. Nous faisons notre mea culpa mais nous ne pouvions pas gagner cette campagne.»

«Il s’agit maintenant d’appliquer l’initiative en restant fidèle au texte», a déclaré pour sa part le directeur d'Economiesuisse Pascal Gentinetta. Pour de nombreuses dispositions, l’objectif de l’initiative est «clair comme de l’eau de roche», par exemple en matière de vote électronique ou d’obligation de vote pour les caisses de pensions. «Mais il faut aussi veiller à ne pas ajouter des dispositions inadéquates.»

L'Union suisse des arts et métiers (USAM)
L’Union suisse des arts et métiers s’inquiète pour les petites et moyennes entreprises (PME). «Nous exigeons que les PME suisses ne soient pas encore entravées par des règlementations restrictives, par exemple un impôt sur les bonus», a dit son directeur Hans-Ulrich Bigler. Dans le tissu des PME, il n’y a pas de profiteurs, a-t-il ajouté. Il regrette les manquements de certains managers de grandes entreprises qui ont finalement abouti à une acceptation de l’initiative.

«La situation de la place économique suisse s’est assurément péjorée aujourd’hui», a ajouté Hans-Ulrich Bigler. Le directeur de l’USAM ne considère toutefois pas comme décisif le fait que l’initiative ne donne de nouvelles règles que pour les entreprises suisses cotées en Bourse et pourrait donc avantager des entreprises étrangères implantées en Suisse.

ETHOS
La Fondation suisse pour un développement durable Ethos «accepte le verdict des urnes», alors qu’elle défendait le contre-projet indirect à l’initiative Minder. Elle s’emploiera désormais à ce que les dispositions centrales de ce dernier soient reprises dans la loi d’application. Pour Dominique Biedermann, directeur d’Ethos, il est réjouissant qu’à l’avenir «les actionnaires suisses disposeront enfin de droits en matière de rémunérations des instances dirigeantes». Les dispositions contenues dans le contre-projet du Parlement étaient «mieux équilibrées en termes de gouvernance et plus efficaces que celles de l’initiative», souligne néanmoins Ethos.

Actares
«Même si le contre-projet proposait des améliorations sensibles, il lui manquait des éléments importants qui ne seront introduits que par l’initiative», constate Actares, actionnariat pour une économie durable. Il s’agit entre autres de l’élection annuelle obligatoire du conseil d’administration par l’assemblée générale ou l’interdiction stricte des parachutes dorés, primes de bienvenue et de fusion. L’association se dit convaincue «que le renforcement du droit des actionnaires décidé par le souverain renforce l’attractivité de la place économique suisse».

Le Parti libéral-radical suisse
«Le gouvernement ne doit pas tergiverser en mettant en place des groupes de travail ou en élaborant une ordonnance, mais il doit immédiatement proposer une loi d’application», a insisté la vice-présidente du PLR Isabelle Moret. Il peut se baser par exemple sur le contre-projet, qui reprenait 80% du contenu de l’initiative, selon la conseillère nationale vaudoise. Et d’ajouter que si le Parlement le veut, les choses peuvent aller vite. Le PLR soutenait le contre-projet indirect, notamment parce qu’il aurait permis de lutter plus efficacement contre les abus grâce au règlement des rémunérations. Isabelle Moret espère que ce point sera repris dans la loi.

L'Union syndicale suisse (USS)
«L’acceptation de l’initiative Minder ne résoudra pas le problème des profiteurs», à déclaré l'Union syndicale suisse (USS). Le net oui de dimanche traduit «la grande indignation» face aux «salaires vertigineux de certains managers» et aux «écarts toujours plus grands entre les salaires», souligne l’USS dans un communiqué. Mais l’acceptation de l’initiative ne permettra pas à elle seule de combler «l’énorme fossé» des rémunérations en Suisse. Pour que cela soit le cas, l’USS exige l’instauration d’un salaire minimum légal de 4000 francs par mois et à plafonner les rémunérations les plus élevées, comme le prône les Jeunes socialistes avec leur initiative 1:12. Pour l’USS, c’est là «le seul moyen avec un impôt sur les bonus» de corriger «une répartition des revenus toujours plus inégalitaire».

Caisses de pension
Les caisses de pensions sont directement touchées par l’initiative sur les salaires abusifs, puisqu’elles seront désormais obligées d’exercer leur droit de vote lors des assemblées générales. La branche craint que cette disposition entraîne une hausse des coûts. L’application de l’initiative doit permettre de lutter efficacement contre les abus en matière de salaires, «mais il faut en même temps faire en sorte que les charges supplémentaires soient maintenues le plus bas possible», a dit Peter Metzinger, porte- parole de l’Association suisse des institutions de prévoyance (ASIP). «Nous nous engagerons en faveur d’une solution praticable et qui optimise les coûts», a ajouté le porte-parole. Pour l’association, il n’est pour l’heure pas encore possible d’indiquer à quoi ressemblera cette solution. Selon les évaluations de l’ASIP, une caisse de pensions moyenne compte dans son portefeuille environ 50 à 100 actions suisses. Son directeur, Hanspeter Konrad, estime la charge de travail supplémentaire entre 150 et 300 heures par année si une institution de prévoyance s’occupe de tous les points de l’ordre du jour des assemblées générales de ces entreprises.

Roland Fischer (Vert'libéral, LU)
Après les derniers sondages, il fallait s’attendre à un tel résultat, a relevé le conseiller national vert’libéral Roland Fischer (LU) sur la télévision alémanique SRF. La campagne a été menée de manière très émotionnelle ces dernières semaines, selon lui. Dans ce contexte, il était difficile d’avancer des arguments factuels en faveur du contre-projet, estime le conseiller national. Les opposants à l’initiative n’ont pas réussi à convaincre le peuple des avantages du contre-projet, a ajouté Roland Fischer.

Urs Schwaller (PDC, FR)
Selon Urs Schwaller, une des raisons du succès de l’initiative, c’est que le Parlement a mis quatre ans pour adopter un contre-projet, en prolongeant deux fois le délai de traitement. «Ce n’était pas une heure de gloire pour le Parlement et cela a posé un problème de crédibilité», estime Urs Schwaller.

Le PDC était d’avis qu’il fallait opposer à l’initiative un contre-projet direct, de niveau constitutionnel, d’où l’idée d’imposer les bonus de plus de 3 millions de francs. Mais cette solution a finalement été rejetée par les Chambres. Pour Urs Schwaller, il faut arrêter de proposer des contre-projets indirects, car ce n’est pas assez clair pour les citoyens.

Le Parlement doit maintenant mettre en vigueur l’initiative, en restant le plus près possible du texte, insiste le démocrate- chrétien. Selon lui, un impôt sur les bonus, comme l’évoque le PS, n’a rien à faire dans le texte d’application. C’est une alternative et il faut désormais l’oublier. Le texte de Thomas Minder comporte déjà 24 dispositions, souligne Urs Schwaller. Le Fribourgeois, même s’il se refuse à peindre le diable sur la muraille, craint que cette initiative ne soit pas favorable à l’économie. «Elle n’aidera pas la place économique suisse ni les places de travail».

Thomas Aeschi, (UDC, ZG)
«La volonté du peuple doit être respectée» pour l’UDC Thomas Aeschi. Son parti va s’appliquer à ce que l’initiative sur les salaires abusifs soit mise en oeuvre aussi rapidement que possible. «Il faudra une année et demie à deux ans», estime le conseiller national zougois. Cela signifie que l’initiative devrait être ancrée dans la loi au plus tard début 2015.

L’initiative de Thomas Minder n’offre par contre aucune base légale pour une imposition des bonus chère au PS, estime Thomas Aeschi. L’UDC considère les échéances à venir pour limiter les salaires exorbitants, comme l’initiative 1:12, sereinement. L’agrarien ne pense pas que les Jeunes socialistes connaîtront le succès avec ce texte. Mais son parti va lancer la campagne sous peu.

(ats/SP/PC/nxp)

Créé: 03.03.2013, 16h03

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