Les rapports secrets de Crans-Montana accablent le clan Vitek

Crans-Montana (VS)Le milliardaire tchèque Radovan Vitek a-t-il floué les communes lors de sa prise de pouvoir sur les remontées mécaniques de Crans-Montana? C'est ce que pointent des rapports enfin rendus publics.

Radovan Vitek est propriétaire à 85% des remontées mécaniques de Crans-Montana.

Radovan Vitek est propriétaire à 85% des remontées mécaniques de Crans-Montana. Image: Dominic Steinmann

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La prise de pouvoir à 85% du multimilliardaire tchèque Radovan Vitek sur les remontées mécaniques de Crans-Montana n’a pas fini de faire couler de l’encre. Six mois après avoir exigé leur publication au nom de la loi sur la transparence, les cinq rapports secrets qui analysent cette opération nous sont enfin parvenus ainsi qu’à d’autres médias. Commandés par les trois communes de Lens, Icogne et Crans-Montana, ils se révèlent accablants pour le tycoon tchèque et son bras droit dans la station, Philippe Magistretti.

En substance, l’analyse rédigée par un cabinet genevois d’avocats confirme les informations que «Le Matin Dimanche» publiait en octobre dernier, à savoir que la prise de pouvoir était constitutive de potentielles infractions pénales parmi lesquelles l’escroquerie ou la gestion déloyale. Pour faire simple, pour passer de 65 à 85% de l’actionnariat Radovan Vitek s’est acheté à lui-même des actions d’une autre société gérant les parkings et restaurants de la station, à un prix nettement surévalué. La manœuvre, réalisée sans qu’elle soit annoncée au Registre du commerce, avait eu pour conséquence de diluer le poids des communes dans la société (passant de 26 à 11%) et, une fois le pot-aux-roses découvert, de faire perdre de la valeur aux actions et de mettre la société dans une situation de surendettement.

Liste de reproches

Pressé par les communes et par les faits décelés par les médias, Radovan Vitek avait fini par racheter les actions en décembre dernier se défendant toutefois de «reconnaître une faute» mais plaidant pour «un retour au calme». L’actionnariat des communes, en revanche, reste amoindri. Ces dernières, estimant malgré tout le préjudice réparé, avaient renoncé à intenter une action en justice, suivant les recommandations du rapport. Les auteurs invitaient en effet à la prudence, rappelant à plusieurs reprises que Radovan Vitek est «un poumon économique» dans la station et qu’une plainte contre lui reviendrait à perdre tout soutien. On se souvient à ce titre qu'un conflit financier avec les collectivités l'avait conduit, l'an passé, à fermer le domaine skiable durant deux jours.

Mais le dossier contient plusieurs détails qui en disent davantage sur les méthodes utilisées et qui noircissent encore le tableau. Il y est ainsi stipulé que Radovan Vitek et Philippe Magistretti ont «violé leur devoir de fidélité» vis-à-vis de la société de remontées mécaniques (CMA). Ils ont «fait passer les intérêts de CPI (ndlr : l’entreprise de Radovan Vitek avec laquelle il réalise ses opérations à Crans-Montana), avant ceux de CMA», étant tous deux au conseil d’administration des deux sociétés.

Pour les auteurs du rapport, ils ont également «sciemment et fautivement violé les dispositions légales protégeant les actionnaires», ont «dissimulé la valeur réelle des actions» et maintenus «les communes dans l’ignorance. » Ils avaient «pleinement conscience» de leurs actes et Philippe Magistretti n’a eu «de cesse que de tenter de minimiser les problèmes». Seul David Bagnoud, président de Lens et membre du conseil d’administration de CMA au moment des faits, est moins égratigné dans ces documents.

Enquête judiciaire en cours

Si ces rapports revêtent un intérêt certain aujourd’hui, c’est que l’affaire n’est pas close, loin de là. Car contrairement à ce que prédisait un dernier document commandé par les communes après les révélations du «Matin Dimanche», le remboursement n’a pas eu pour effet «de mettre fin à la procédure pénale avant qu’elle ne commence.» Celle-ci, qui trouve son point de départ dans cet article, est toujours en cours. Procureur général du canton du Valais, Nicolas Dubuis affirme que l’enquête en est «au stade de la procédure préliminaire. La police cantonale est en charge d’un mandat d’investigation avant ouverture d’instruction, décerné par le ministère public.»

Contacté, Philippe Magistretti dit ne plus vouloir se préoccuper du passé, et juge la page tournée. Sur le fond, il dénonce toutefois des rapports «truffés d’erreurs et d’inexactitudes» s’appuyant sur des éléments incomplets, «ce que les auteurs disent eux-mêmes.» Il est vrai que les experts admettent à plusieurs reprises être parvenus à leurs conclusions «moyennant la confirmation des éléments à disposition et sous réserve de motifs justificatifs voire d’exculpation.»

Mais pour le président de Crans-Montana Nicolas Ferraud, qui a été le seul à véritablement manifester l’envie de dénoncer cette affaire l’automne passé, les cinq rapports sont «très exhaustifs et très complets» et le fait que Radovan Vitek ait «remboursé l’argent» ne peut être que compris comme «un aveu.» Quant à la poursuite de l’enquête de Ministère public, il n’estime pas devoir la commenter. (TDG)

Créé: 24.04.2019, 21h32

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