«Des quotas et des plafonds pour limiter l’immigration»

Présidence des partis (4/4)Europe, retraites, burqa: la rentrée politique s’annonce chaude. tour d’horizon avec le président de l’UDC Albert Rösti.

«Il faut une analyse sérieuse de la situation avant d’embaucher un étranger.» Albert Rösti, conseiller national et président de l’UDC Suisse.

«Il faut une analyse sérieuse de la situation avant d’embaucher un étranger.» Albert Rösti, conseiller national et président de l’UDC Suisse. Image: JEAN-PAUL GUINNARD

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C’est une rentrée politique intense pour l’UDC. Isolé dans l’application de l’initiative «Contre l’immigration de masse», le parti lance parallèlement son combat contre l’accord institutionnel avec l’UE. Son président, Albert Rösti, admet également ses doutes sur l’état actuel de la réforme des retraites.

Il y a enfin une décision pour appliquer l'initiative «Contre l'immigration de masse». Pourquoi l'UDC s'y oppose?
Parce que le projet présenté ne correspond en aucune façon au mandat constitutionnel. En réalité, la volonté populaire a été ignorée. Les graves conséquences d'une immigration démesurée n’ont pas été prises en compte.

Les contingents sont donc une condition sine qua non?
Nous voulons une application stricte de l’article 121a. Tout d’abord, une véritable préférence nationale. On ne peut pas se contenter de publier les offres d’emploi une semaine avant dans les offices régionaux de placement. Il faut une analyse sérieuse de la situation avant d’embaucher un étranger. Comme cela ne suffira pas pour freiner l’immigration, nous exigeons des contingents et des plafonds.

Si le parlement persiste dans cette voie, vous lancerez le référendum?
L’UDC veut freiner l’immigration. Et nous allons nous battre pour que notre idée l’emporte. Néanmoins, si la solution finalement choisie permet de limiter quand même l’immigration, nous n’allons pas nous y opposer. Sinon, nous prendrions le risque de revenir à la situation actuelle. La ligne rouge, ce sont les mesures d’accompagnement. Cela signifierait une destruction du marché libéral du travail. Si les mesures d’accompagnement sont renforcées, alors oui, nous lancerons le référendum.

Franchement, c’est un peu la cacophonie…
C’est la faute des autres partis. Au lendemain du 9 février, les partis du centre droit affirmaient qu’ils voulaient respecter la volonté du peuple, et aujourd’hui ils ne veulent plus entendre parler de contingent! On cherche des mesures cosmétiques, des modèles alambiqués, mais la vérité c’est que les autres partis ne veulent pas réellement appliquer l’initiative.

Assumez-vous de faire tomber les Bilatérales?
Ce risque n’existe pas. On parle des Bilatérales comme du moteur à succès de la Suisse. C’est peut-être vrai, et – sur le principe – je les défends. Toutefois, si la Suisse a un problème avec la libre circulation des personnes, elle doit le résoudre. Franchement, nous sommes le troisième partenaire économique de l’UE après les Etats-Unis et la Chine. Bruxelles a tout intérêt à négocier avec nous sur la libre circulation des personnes. Si vous prenez les six autres accords, ils sont plutôt avantageux pour l’Union européenne. Elle perdrait beaucoup en cas de résiliation. Je doute vraiment que l’UE dénonce les Bilatérales.

Prochain combat sur l’Europe, l’accord institutionnel. Avec votre initiative «Contre les juges étrangers», vous serez à nouveau seul contre tous. Ça sera difficile…
Notre objectif, c’est de gagner. Et si on ne gagne pas, on aura au moins fait avancer le sujet. Comme président, je me suis posé la question de savoir si nous allions trop loin. Ce qui m’a convaincu, c’est un arrêté du Tribunal fédéral (TF) en rapport avec la libre circulation des personnes. Le TF estime que cet accord prime sur notre Constitution! En gros, le parlement peut faire ce qu’il veut, à la fin ce sont les juges qui décident. Franchement, ça ne va pas!

Votre texte est aussi une atteinte aux droits de l’homme.
Pas du tout. D’ailleurs, notre initiative précise que les dispositions impératives du droit international sont préservées. Dans les années nonante, le droit suisse et le droit international étaient sur le même niveau. Dorénavant, c’est systématiquement l’international qui prime. Nous voulons le corriger.

Le PLR et l’UDC ont brisé le tabou de la retraite à 67 ans. Est-ce que ce projet a encore une chance en votation?
Je suis pessimiste. Il ne faut pas charger le bateau, mais prendre les choses les unes après les autres. Il faut d’abord augmenter la retraite des femmes à 65 ans, après seulement, on peut discuter un mécanisme de hausse de l’âge de la retraite.

Faut-il revenir au projet du Conseil des Etats avec une hausse de l’AVS de 70 francs?
Non, l’AVS est déjà dans une situation difficile, il ne faut pas encore creuser le déficit. Et l’UDC est clairement opposée à une augmentation de la TVA pour financer une hausse des rentes. Il faudra sans doute – à terme – lier l’âge de la retraite à l’espérance de vie, c’est une question mathématique de dépense et de recette. Mais, encore une fois, il est trop tôt pour arriver maintenant avec ce projet.

Dans la question des langues, allez-vous défendre l’enseignement du français à l’école primaire?
Qu’un Alémanique apprenne le français et qu’un Romand apprenne l’allemand, c’est essentiel pour la cohésion nationale. Par contre je suis plus réservé sur la volonté de vouloir imposer un système d’enseignement. Pour moi, l’essentiel est que les élèves connaissent une autre langue nationale à la fin de leur scolarité. Qu’ils commencent l’apprentissage en primaire ou en secondaire, ce n’est pas si important.

Alain Berset menace d’intervenir, vous craignez une guerre des langues?
Alain Berset est allé trop loin, trop fort. On a fait d’une méthode d’enseignement une question politique. On ouvre une brèche dangereuse. J’espère que les cantons trouveront des solutions avant qu’on en arrive à une loi et un éventuel référendum. En ce sens, je salue la décision de la Thurgovie de revenir en arrière. Une votation laisserait des traces douloureuses pour la cohésion nationale. Au fond, aucun canton alémanique ne veut renoncer à l’apprentissage du français. (TDG)

Créé: 06.09.2016, 07h58

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