Les quinquagénaires accaparent le Parlement

ÉlectionsLes jeunes, les retraités et les femmes sont sous-représentés aux Chambres fédérales. A quelques mois des élections, ils revendiquent leur part du gâteau.

La majorité des élus sont des hommes dans la cinquantaine. Les jeunes et les femmes restent très peu représentés sous la Coupole.

La majorité des élus sont des hommes dans la cinquantaine. Les jeunes et les femmes restent très peu représentés sous la Coupole. Image: Keystone

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«Quand j’ai été élu au Conseil national, à 24 ans, le président du PDC Valais a réagi en disant que Berne n’était pas une cour d’école!» Mathias Reynard (PS/VS) a le verbe fort et le souvenir vif. Quatre ans après son élection, le benjamin du parlement a appelé hier à Berne avec la Jeunesse socialiste (JSS) à une meilleure représentation des jeunes sous la Coupole fédérale.

Alors que les 18-30 ans forment 16% de la population suisse, ils représentent 0,8% des élus fédéraux. «La sous-représentation d’une catégorie d’âge pose un problème de légitimité et de démocratie», affirme Mathias Reynard: des thèmes sont sous-traités, la perception des réalités peut être biaisée. «En changeant les mentalités, en montrant que les jeunes sont aussi capables, nous arriverons à avoir plus de jeunes élus», veut croire la Vaudoise Murielle Waeger, vice-présidente de la JSS.

Mais les jeunes ne sont pas seuls à être laissés sur le bas-côté politique. «La sous-représentation des jeunes et des gens âgés est tout aussi criante. 18% de la population est au-delà de l’âge de la retraite, contre seuls 4% des parlementaires», indique Jacques Neirynck (PDC/VD), le doyen du parlement.

Quant aux femmes, elles forment les 50,6% de la population suisse, pour 25,3% des élues en moyenne au parlement. En comparaison, il y a 37% de femmes au parlement danois. «C’est un réel problème! On devrait avoir au parlement la plus grande diversité possible», estime Claudine Esseiva, secrétaire générale des Femmes PLR, qui se réjouit néanmoins que la part de femmes aux Chambres ne cesse d’augmenter au fil des ans.

«Responsabilités partagées»

Epineuse, la question de la représentativité déficiente du parlement suisse trouverait son origine dans plusieurs phénomènes. Mathias Reynard parle de «responsabilités partagées».

Les partis jouent un rôle. La prime au sortant empêche un grand renouvellement du parlement fédéral. D’autant plus que certains élus s’accrochent à leurs sièges: «Le problème n’est pas l’âge des élus mais la durée de leur mandat», estime Mathias Reynard. Et comme les places sont chères, chaque formation a tendance à concentrer ses ténors sur ses listes principales. Pour les femmes et les jeunes, il reste souvent des listes ad hoc , qui servent davantage de bonne conscience que de tremplin électoral. «Je ne suis pas fan de ces listes, relève Claudine Esseiva. Le mieux est de proposer une diversité sur la liste principale.»

Un âge «idéal» en politique

En Suisse, il y aurait aussi une sorte de barrière mentale, un âge idéal en politique, soit entre 35 et 60 ans. «C’est étonnant. Prenez de Gaulle ou Adenauer: ils ont gouverné à un âge où en Suisse on ne gouverne plus», souligne Jacques Neirynck. Mathias Reynard abonde. «Un homme de 45-55 ans avec une carrière, une famille va inspirer davantage confiance. Les jeunes doivent en faire davantage pour prouver qu’ils sont compétents. Comme les femmes sans doute.»

Enfin, femmes et jeunes se déplacent généralement moins aux urnes. Malgré le fait que la moitié des jeunes se sentent concernés par la chose publique, ils «font moins confiance aux partis», comme le soulignait récemment Pierre Maudet, le conseiller d’Etat genevois et président de la Commission fédérale pour l’enfance et la jeunesse.

Pour Jacques Neirynck, en termes de sous-représentativité, il y a pire encore. «Combien y a-t-il d’ouvriers au parlement? Si on veut un parlement de milice, alors ne seront élus que des gens qui peuvent gagner leur vie autrement.»

La réflexion a alimenté une provocation d’un groupe de libres-penseurs fribourgeois qui a rédigé un projet d’initiative populaire: le texte propose la nomination du Conseil national par tirage au sort, pour sortir du schéma de l’homme quinquagénaire, élu pour douze ans.


«Aucun parlement au monde n’est représentatif»

Un parlement qui se fait le reflet de la société, une utopie? Le politologue Andreas Ladner pose les enjeux.

Le parlement fédéral est-il globalement représentatif de la population en termes de genres et de classes d’âge?

Non, mais aucun parlement au monde n’est représentatif de cette manière.

Est-ce problématique?

Il faut faire une distinction entre les personnes et leurs intérêts. C’est un problème si les intérêts des jeunes et des femmes ne sont pas représentés au?parlement. Mais, pour éviter cela, il n’est pas absolument nécessaire qu’il y ait davantage de femmes ou de jeunes sous la Coupole, mais que les politiciens élus à Berne se comprennent comme des représentants des intérêts de ces groupes. Même si je note au passage que ces derniers sont hétéroclites ( ndlr : une femme de gauche n’a pas les mêmes attentes qu’une femme de droite par exemple) . Mais, bien sûr, il y a d’autres raisons qui militent en faveur d’une meilleure représentation des jeunes et des femmes en politique: elle inciterait d’autres personnes de leur âge ou de?leur genre à s’engager, ce qui serait souhaitable.

Notre système de milice n’est-il pas fait pour avantager l’homme quinquagénaire?

On dit parfois qu’il est plus difficile pour les jeunes ou les femmes d’être élus parce qu’ils n’ont pas de carrière politique derrière eux ou de qualifications. Mais les partis s’investissent pour trouver des candidats féminins et jeunes. Or, c’est un fait: il y en a moins qui s’engagent peut-être par manque d’intérêt. On n’observe d’ailleurs pas une meilleure représentation politique des femmes au niveau communal. Elle est même moins bonne qu’au Conseil fédéral!

Et les seniors? Il semble paradoxal d’en trouver si peu en politique…

Oui, c’est un paradoxe que l’on retrouve dans les communes. Des personnes qui ont plus de temps libre, qui souvent cherchent un engagement, se retirent de la vie politique. C’est comme s’il y avait un âge de la retraite en politique, comme c’est le cas au niveau professionnel. On ne connaît pas cela dans d’autres pays. A nouveau, l’exemple compte. Si peu de politiciens sont actifs au niveau fédéral à 70 ou 80?ans, cela n’incitera pas d’autres seniors à s’engager.
L.BT. (TDG)

Créé: 29.07.2015, 07h35

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Il y avait plus de jeunes et de seniors en 1919

«Il y a de plus en plus de jeunes à Berne», entend-on souvent. A prendre avec des pincettes. En 1919, 21,2% des élus au Conseil national avaient entre 18-39?ans contre 18% aujourd’hui. En revanche, il est vrai que de 1939 à 1975, cette classe d’âge a stagné entre 4,6% et 9,3% des élus. A la même période, la?catégorie des plus de 60 ans connaissait son heure de gloire avec même 28% d’élus au Conseil national en 1959. Elle est ensuite retombée à 16% contre 18,5% en 1919. Aujourd’hui, c’est dans les sous-catégories que le manque de représentativité est le plus criant: les 18-30 ans représentent 16% de la population et occupent 0,8% des sièges au parlement. Quant aux retraités (18% de la population), ils forment 4% des élus sous la Coupole.

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