Le prédicateur biennois Abou Ramadan soupçonné de fraude à l’aide sociale

IslamismeL’imam, déjà accusé de discours haineux, aurait dissimulé des revenus de plus de 100'000 francs. Si les faits sont avérés, il risque d’être expulsé de Suisse.

Abou Ramadan, imam à Bienne.

Abou Ramadan, imam à Bienne. Image: RUBEN WITTENBACH

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Abou Ramadan, cet imam extrémiste de 66 ans à la barbe teinte de henné orange, refait parler de lui. Deux ans après avoir tenu des propos haineux envers les juifs, les chrétiens, les bouddhistes et les chiites à la mosquée Ar’Rahman de Bienne, l’exilé libyen vit toujours à Nidau, juste à côté, et touche une rente AI avec prestations complémentaires. Mais sa situation est de plus en plus précaire.

Déjà visé par une enquête pénale pour discrimination raciale, il a aussi été dénoncé par la ville de Nidau pour fraude à l’aide sociale. De 2003 à 2017, l’ancien agronome a perçu 590 293 fr. 95 de prestations financées par le contribuable, comme le montrent nos recherches menées conjointement avec le magazine Rundschau de la télévision alémanique SRF.

«Il joue la victime»

Après nos révélations sur le cas Abou Ramadan en 2017, le conseiller communal UDC de Nidau Roland Lutz avait promis de découvrir s’il avait bien droit à de tels montants. Depuis, le personnel des services sociaux a minutieusement examiné le compte bancaire du prédicateur. Ils ont trouvé des indices montrant que le Libyen leur aurait caché des revenus considérables.

Interrogé, le prédicateur ne veut pas s’exprimer sur les enquêtes en cours. Mais il souligne qu’il est en contact avec les fonctionnaires chargés de son cas et qu’il s’efforce de clarifier d’éventuels malentendus.

S'il avait déclaré ces revenus, comme le veut la loi, son aide sociale aurait dû être réduite. «Il a dit partout que nous le tourmentons, que nous l'avons dénoncé de manière injustifiée», commente Roland Lutz aujourd'hui. «Il joue la pauvre victime. Mais il ne l'est pas. »

Soupçons d'escroquerie

Le Ministère public de Berne-Seeland a ouvert une enquête pénale sur la base de la dénonciation de la commune, confirme Christof Scheurer, porte-parole du Ministère public bernois. Elle porte sur des soupçons d’escroquerie, respectivement d’obtention illicite de prestations sociales ou d’obtention de prestation en passant des faits sous silence. La présomption d’innocence s’applique.

C’est à partir de fin 2003, juste après sa demande d’aide sociale à Nidau, que débutent les mouvements inexpliqués sur les comptes d’Abou Ramadan. Il reçoit deux versements en liquide pour un total de 7200 francs, qui devaient financer une opération des yeux pour sa mère. Alors qu’il s’était engagé à annoncer tout changement dans sa situation financière, il ne parle pas de ces arrivées d’argent aux services sociaux.

L’opération de sa mère n’aura finalement pas lieu, prétendument par manque de fonds. En 2017, la cellule enquête de Tamedia avait aussi révélé qu’Abou Ramadan travaillait avec une société genevoise, Arabian Excellence, spécialisée dans les pèlerinages à La Mecque. Le prédicateur avait alors affirmé aux services sociaux de Nidau qu’il n’avait reçu aucun salaire pour ses neufs voyages de sept jours chacun, passés en partie dans des hôtels cinq étoiles. Mais l’enquête de la commune montre aujourd’hui que ses comptes ont reçu des virements de résidents du canton de Berne avec des remarques comme «service voyage» ou «voyage en Arabie saoudite».

Vidéo promotionnelle

Après 2009, les bénéficiaires de l’aide sociale à Nidau ont dû présenter des extraits de leurs comptes en banque aux autorités. Abou Ramadan a alors commencé à faire des versements à la Cornèr Bank de Lugano, un établissement connu pour ses cartes de crédit. Comme s’il cherchait à cacher ses revenus issus des pèlerinages en ne les versant plus sur son compte bernois. L’enquête du Ministère public bernois a déjà mis au jour une somme délictuelle de plus de 100 000 francs, chiffre qui pourrait encore augmenter.

Abou Ramadan a toujours affirmé qu’il cherchait du travail, mais que personne ne voulait l’engager. A Gléresses, charmant village surplombant le lac de Bienne, où il vivait avant de s’installer à Nidau, la commune lui avait proposé de travailler dans les vignes. Il avait arrêté après deux mois en raison de problèmes de santé. Des problèmes qui semblent s’être évanouis depuis : une vidéo promotionnelle de la société genevoise Arabian Excellence le montre en train de discourir et de prier lors du pèlerinage à La Mecque de 2019.

Un fidèle ordinaire?

Pour les étrangers vivant en Suisse, la fraude à l'aide sociale et l'obtention illégale de l'aide sociale sont des infractions qui, si elles sont prouvées, entraînent l’expulsion du pays pendant cinq à quinze ans. Abou Ramadan, dont le statut de réfugié a été révoqué à l'automne 2017 à la suite d'au moins douze voyages privés en Libye, détient toujours un permis C. S'il est reconnu coupable des crimes allégués, il sera expulsé. Le dernier renvoi forcé de Suisse vers la Libye a eu lieu en 2018.

La mosquée Ar'Rahman de Bienne où officiait Abou Ramadan. (Keystone)

Depuis son prêche haineux de 2017, la mosquée Ar’Rahman de Bienne a changé de direction. Abou Ramadan n’y viendrait plus que comme un fidèle ordinaire. On le reconnaît pourtant sur une vidéo où les dirigeants de la mosquée demandent des dons, à hauteur de 1,25 million de francs, pour empêcher la fermeture de leur lieu de prière. Abou Ramadan y apparaît sous un faux nom, mais il est présenté comme «prédicateur de la communauté» dans un fondu enchaîné. Pour convaincre les donateurs arabes, il décrit la mosquée biennoise comme un phare, qui montrera le droit chemin à des générations de musulmans suisses.

Créé: 04.12.2019, 06h59

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